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Kanye West, un Yeezus sombre et puissant

Forrest Wickman, mis à jour le 16.06.2013 à 13 h 03

Le nouvel album de Kanye West a fuité samedi soir.

BET Awards 2010 à Los Angeles. REUTERS/Mario Anzuoni

BET Awards 2010 à Los Angeles. REUTERS/Mario Anzuoni

Alors qu'on croyait justement que le Yeezus de Kanye West n'allait jamais fuiter – Yeezy aurait pris des précautions spectaculaires pour protéger son nouvel album, en transportant ses mixes dans des mallettes blindées Pelican ou sur des disques durs sécurisés par lecteurs biométrique – il est arrivé samedi après-midi sur Internet, soit quelques jours avant le 18 juin, date de sa sortie officielle.

A part des aperçus de «Black Skinhead» et de «New Slaves» au Saturday Night Live, et quelques projections de par le monde (lundi, des amis et journalistes triés sur le volet ont eu droit à une session d'écoute privée), on ne savait pas grand chose de ce disque.

Mais aujourd'hui, tout a changé et les auditeurs découvrent un album sombre et abrasif, plus ou moins dénué de tube commercial. West est connu pour puiser des sons dans l'air du temps et leur donner une tout autre dimension et voici qu'il surfe sur la récente vague dance électro pour la marier à de l'indus, de la trap music et aux sons qui ont fait son succès.

Dans «Blood on the Leaves», il sample «Strange Fruit» sans aucun fioritures, le colle sur un beat trap et conclut par un solo vocodé qui rappelle 808s and Heartbreak ou «Runaway» sur My Beautiful Dark Twisted Fantasy. Mais «Bound 2» reste le seul titre qu'on pourrait vraiment coller dans l'un de ses deux ou trois premiers albums, avec ses samples vintage soul et pop, provenant cette fois-ci de la chanteuse  Brenda Lee («Sweet Nothings») et du groupe Ponderosa Twins Plus One («Bound»).

A d'autres endroits, ce sont les nombreux collaborateurs de Kanye, issus des quatre coins du monde musical actuel, qui se font entendre. Sur «Hold My Liquor», le jeune rappeur (17 ans) de Chicago, Chief Keef, s'occupe d'un couplet – vocodé, dans la droite ligne de son aîné – avant que Justin Vernon de Bon Iver ajoute son falsetto et soit accueilli par un nappe de guitares à la Daft Punk. (Et cela même si le duo house français n'aurait en réalité produit que quatre autres chansons).

D'autres titres sont si rugueux qu'ils donnent l'impression d'avoir été produits par le groupe hip-hop indus Death Grips: sur «I Am a God», le gras des basses semble tiré tout droit de «Come Up and Get Me».

La comparaison avec Death Grips permet de rendre la colère et l'agressivité des paroles. Ce n'est pas par hasard si Kanye mentionne le sketch de Dave Chapelle sur Rick James: quand on le prend par son mauvais côté, on dirait qu'il cherche à envahir toutes les maisons américaines et à s'essuyer les pieds sur le canapé.

L'agressivité a sans doute davantage sa raison d'être quand il cite la privatisation des prisons ou la violence à Chicago – il rend les coups. A ce jour, Yeezus est peut-être son album le plus ouvertement militant et, dans l'esprit, le plus afro-américain – même si, quand il parle des femmes, son agressivité se mue trop souvent en misogynie.

Si vous arrivez à mettre tout cela de côté, musicalement, l'album reste indéniablement fascinant – surtout dans la première partie, qui sonne à la fois tout à fait actuel mais aussi, une fois de plus, avec un temps d'avance sur tout le reste. Quand Kanye dit dans «Send It» qu'on a rien vu de mieux depuis «In The Club» de 50 Cent, difficile de lui donner tort.

Forrest Wickman

Traduit par Peggy Sastre

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