«Game of Thrones», la série que les traders adorent

«Game of Thrones» (HBO).

«Game of Thrones» (HBO).

Un ami Front de gauchiste récemment monté à Paris est persuadé que Game of Thrones est une métaphore parfaite de la compétition impitoyable des élites, basée sur le pouvoir, la séduction et le calcul politique. Son intuition est peut-être validée par un article de Quartz, qui interroge les financiers de Wall Street à propos de leur addiction à la série d’heroic fantasy de la chaîne HBO.

Alors que la troisième saison touche à sa fin, les passerelles entre les alliances à géométrie variable des Stark, Lannister et autres familles des sept royaumes et le monde impitoyable du grand capital sont de plus en plus évidentes. Comme les personnages tourmentés de la série, «nous changeons de loyauté tout le temps, car il s’agit de trouver le plus de bénéfices», explique ainsi un banquier d’affaires. «La leçon, c’est qu’il n’y a donc pas de véritable loyauté.»

Pour Brian DeChesare, fondateur du site Mergers & Inquisitions, la série ne parle que «d’intrigues politiques, de combats autour d’enjeux mesquins et de rancunes, de querelles familiales, de trahisons et de la manière de poignarder les gens dans le dos pour avancer. En d’autres termes, le quotidien de nos journées dans le monde de la finance».

Le fondateur d'Ironfire Capital, Eric Jackson, s’est amusé pour Forbes à dresser la liste des dix leçons de business et de management directement inspirées des situations dramatiques de la série. «Quand vous jouez au jeu du trône, vous gagnez ou vous mourrez. Il n’y a pas de compromis», comme le dit la reine Cersei dans le livre de George Martin qui a inspiré la série.

«Ne faites confiance à personne», met en garde Jackson, qui précise:

«De vieux amis influents, comme Robert Baratheon et Eddard Stark, peuvent soudainement être tués ou écartés du pouvoir et perdre ainsi leur capacité à vous protéger.»

Son autre conseil primordial: seuls comptent les liens du sang:

«Dans les affaires, nous faisons confiance au sang familial qui unit les membres d’une même grande école, ou ceux qui ont travaillé ensemble lors d’un premier job après leurs études. Quand de nouveaux PDG sont nommés —de même que les nouveaux souverains— une de leurs premières décisions est de renvoyer l’ancienne cour de lieutenants pour nommer leurs propres camarades en qui leur confiance est semblable à celle des liens du sang.»

Game of Thrones, la série des 1%? C'est un peu exagéré, mais elle jouit en tout cas d'une notoriété très au-delà de ses chiffres d'audience: après tout, le record d’audience du sixième épisode de la saison 3 est d’un peu plus de 5,5 millions de téléspectateurs abonnés à la chaîne HBO aux Etats-Unis, quand NCIS touchait quelques 20 millions d’Américains lors de la saison 2012-2013.

La comparaison est cependant limitée, puisque HBO est une chaîne de câble payante, sorte de Canal+ américain spécialisée dans la fiction. C’est surtout le ratio audience télévisée / téléchargement qui est impressionnant dans le cas de Game of Thrones: elle est téléchargée par quasiment autant de monde qu’elle a de téléspectateurs lors de sa diffusion.

Et les responsables de HBO assument depuis longtemps de «valoriser le buzz autour de leurs programmes au moins autant que les scores d’audience», selon Vulture. Stratégie payante: la série a gagné 1 million de fans entre mars et juin 2013. Conclusion de Vulture: «A l’image des dragons de Daenerys, Game of Thrones semble parti pour devenir bien plus gros.»

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