Culture

Vous envoyez en SMS l'équivalent d'«A la recherche du temps perdu»

Temps de lecture : 2 min

Le sondage a été effectué au Royaume-Uni par une compagnie d’assurance. Avec son portable et au cours de sa vie, un Anglais va envoyer près de 7,3 millions de mots via SMS. Ça ne vous dit rien comme ça, 7,3 millions de mots, mais si on le compare à ce qu’a pu écrire un des grands écrivains anglais du XIXe siècle, c’est presque deux fois les 15 romans écrits par Charles Dickens et ses 4 millions de mots.

Comment les sondeurs sont parvenus à ce volume? 2.717 personnes ont été interrogées, tous âgés de plus de 18 ans. La plupart d’entre eux «textotaient» régulièrement —14 messages par jour, et selon les propres estimations des sondés, une moyenne de 35 mots par SMS. Rapportés à l’espérance de vie outre-Manche, le calcul des sondeurs était Crystal clear: les Anglais textotent deux fois plus que l’auteur d’Oliver Twist.

Ça donnerait quoi pour la langue française? On a l’habitude de dire que le français est plus long que l’anglais, un tiers environ. Les 35 mots anglais deviendraient-ils 46 mots français? Pas forcément. Rachel Panckhurst, une enseignante-chercheuse en sciences du langage à l'université Paul Valéry à Montpellier a montré que les messages n’étaient jamais entièrement rédigés en écriture SMS, comme nous le rappelions l’an dernier, et étaient conçus comme un mélange entre le «parlécrit» et le français plus académique.

Et selon ses recherches, la longueur moyenne des SMS était de 66,4 caractères (espaces compris), soit bien en-dessous de la limite imposée des 160 signes longtemps en vigueur, ce qui donnerait une dizaine de mots. (Rappelons que l’essentiel des SMS envoyés comportent des listes de courses du type «N’oublie pas d’acheter une baguette» et des :-), et pas toujours de la littérature).

Les clients dits actifs envoient environ 240 SMS chaque mois; prenons une activité SMS totalement arbitraire de 600 mois —50 ans de vie— pour les besoins de la démonstration. Soit 240x66x600= 9,5 millions de signes. Et c’est exactement la longueur des sept tomes d’«A la recherche du temps perdu» de Marcel Proust.

«À l’instant où je mis en bouche la madeleine, je fus pris d’une étrange sensation» fait 67 signes… Une coïncidence?

JH

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