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Dictionnaire: Quand on y est, on y reste

Cécile Schilis-Gallego, mis à jour le 30.05.2013 à 19 h 38

Dans 100 ans, on dira encore «LOL»...

Aloès dictionnaire de Trévoux / Pierre Selim via FlickrCC License by

Aloès dictionnaire de Trévoux / Pierre Selim via FlickrCC License by

La bien-pensance, Michel Hazanavicius et le street-art ont-ils poussé dehors les nyctobates, tabloins et dondaines pour se faire une place dans le dictionnaire? Ces mots font en effet partie de la liste des nouvelles entrées des dictionnaires 2014.

Chaque année, une nouvelle édition du Robert et du Larousse est publiée et «le millésime» est présenté fièrement. C'est bien la seule opportunité de marketing dont disposent les dictionnaires avant de retomber dans l'oubli jusqu'à l'année suivante.

Si des mots font leur entrée chaque année, d'autres sortent-ils pour leur faire de la place? En réalité, les «plans culs» et les «choupinets» devraient continuer à faire partie du dictionnaire indéfiniment. Il semble qu'une fois qu'on y entre, on y reste. Carine Girac-Marinier, directrice du Larousse, explique:

 «Aucun mot n'est sorti cette année, c'est toujours comme ça, il n'y aucune sortie. Au contraire, il y a beaucoup d'ajout

Du côté du Robert, la non-suppression de mots est qualifiée de «philosophie». Isabelle Nelter, directrice marketing du Robert:

«On estime qu'ils ont tous une utilité, et qu'il y a un devoir de mémoire. Donc chaque année, le dictionnaire grossit

Des modifications à la marge

Aucune suppression donc? Pas exactement. Il y a bien quelques aménagements, mais ils sont anecdotiques, par exemple:

  • Lorsque l'orthographe d'un mot change de façon minime: «Pana Cotta», en deux mots, est devenu «Panacotta», conduisant à la suppression de la première orthographe.
  • Un anglicisme peut être supprimé si la version française du mot prend le pas sur l'autre. L'anglicisme «computer» a ainsi pu être remplacé par le mot «ordinateur» dans le Larousse.

«On s'attache beaucoup à l'usage. Si une graphie est encore utilisée fréquemment, on va la laisser, on va garder l'ancienne et la nouvelle,» précise Edouard Trouillez, lexicographe du Petit Robert. 

La plupart des changements importants n'ont cependant pas lieu lors des mises à jour annuelles (le Club d'orthographe de Grenoble en tient le listing, édition par édition) mais lors des refontes qui ont lieu tous les dix ou quinze ans. 

Conséquence: les dictionnaires grossissent un peu plus chaque année. C'est principalement au moment de l'édition que la taille de l'ouvrage va se jouer. La publication assistée par ordinateur permet de revoir l'éditing et des cahiers peuvent être ajoutés au nombre de pages initial. Les rédacteurs s'affairent également à faire de la place aux nouveaux venus en réécrivant et en rétrécissant certains articles. 

«Pendant un temps c'était un travail très précis: pour un caractère ajouté il fallait enlever un caractère pour que ce soit toujours de longueur égale, mais ça fait longtemps que ce n'est plus le cas», explique Edouard Trouillez. 

Le cas particulier de l'Académie française

Pas de millésime pour le dictionnaire de l'Académie française dont la dernière édition, la huitième, remonte à 1935. 

«Les mots éliminés sont des mots qui étaient déjà présentés comme vieillis dans la huitième édition du dictionnaire. Pour certains, ils étaient déjà notés comme vieillis dans la 4e édition [publiée en 1762]», souligne Patrick Vannier qui travaille depuis 2002 au service du Dictionnaire de l'Académie française.

Trois catégories de mots sont supprimés:

  • Des mots vieillis: des mots que l'on utilise plus, parfois depuis le XVIIIe siècle, et qui sont tellement spécialisés –des noms de métier par exemple– qu'on ne les retrouve pas dans la littérature française.
  • Des mots transparents: des mots que l'on utilise plus et dont le sens est évident à la lecture. Par exemple, le mot «abuseur», désignant une personne qui abuse, était dans la huitième édition mais ne sera pas dans la neuvième. 
  • Des adverbes totalement hors d'usage et qui ne correspondent plus à une réalité d'aujourd'hui.

Toutefois, le nombre de suppressions reste minime par rapport aux ajouts, comme l'explique Patrick Vannier:

«On y va vraiment avec des pincettes. Entre la huitième et la neuvième édition on introduira peut-être 25.000 nouveaux mots alors que les mots supprimés se comptent en centaines.»

C. S.-G.

Cécile Schilis-Gallego
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