Culture

Météo pourrie: existe-t-il une danse du soleil?

Temps de lecture : 2 min

Oui, mais pas pour faire venir le soleil.

REUTERS/Lirio Da Fonseca
REUTERS/Lirio Da Fonseca

La France a froid, la France a peur, la France a peur de continuer à avoir froid tout l’été.

Entre deux partages déprimants de la carte météo de la fin mai 2012 par rapport à la fin mai 2013, et l'annonce qu'il faudra sans doute attendre septembre ou octobre pour avoir du beau temps, nous nous sommes posés une question, un peu désespérés: on a tous déjà entendu parler des danses de la pluie de certaines tribus d’Indiens d’Amérique, mais existe-t-il une danse du soleil pour nous sauver?

Oui et non. Il existe bien des danses du soleil, mais elles ne sont pas destinées à faire venir le soleil, contrairement à ce que leur nom indique.

Il faut dire que ce nom est déjà un raccourci. A la fin du XIXe siècle, les Indiens des Plaines pratiquent ardemment la «Wiwanyank wacipi» ou «danse-qui-regarde-vers-le-soleil», communément appelée danse du soleil, explique la professeure de culture américaine de l'université Clermont-II Anne Garrait-Bourrier dans son article Spiritualité et fois amérindiennes - Résurgence d'une identité perdue [PDF], publié en 2006.

Cette danse «symbolise le sacrifice de la chair et de l’esprit au grand mystère de la création», et vénère le soleil, qui représente le Grand Esprit, le Dieu créateur unique en lequel croient les Indiens, écrit-elle.

Il existe de nombreuses variantes de cette danse, nous explique par mail Laurent Jérôme, professeur d’anthropologie à l’université du Québec à Montréal, mais aussi des éléments récurrents et une caractéristique commune:

«La danse du soleil est avant tout une cérémonie du renouveau, un rituel célébrant la renaissance et visant à maintenir l’ordre et l’équilibre du cosmos.»

Elle était extrêmement controversée chez les blancs, poursuit Anne Garrait-Bourrier dans son article, «car elle nécessite la mutilation des corps de ceux qui dansent, elle fut longtemps interdite et donc pratiquée en secret à l'extérieur des réserves».

Cette interdiction a ajouté une dimension politique et identitaire à ce rite culturel et religieux. De nos jours, le rituel de la Danse du Soleil est célébré tous les ans par plus d’une vingtaine de groupe amérindiens des Plaines américaines et canadiennes, autour du solstice d’été, précise Laurent Jérôme. Elle est «importante parce qu’elle est l’une des expressions de la résistance des peuples autochtones, qui se sont réappropriés des savoirs et des pratiques autrefois interdits», ajoute-t-il.

Quant à la danse de la pluie, certaines tribus d’Indiens d’Amérique –généralement celles situées dans les parties les plus sèches des Etats-Unis– la pratiquaient fin août, pour appeler la pluie le reste de l’année ou le temps d’une saison, explique l’American Indian Heritage Foundation sur son site.

Laurent Jérôme prend l’exemple des Hopi (Arizona et Nouveau-Mexique):

«Toutes leurs activités se structurent autour des cycles agricoles et la crainte des Hopi est de ne pas réussir à faire venir la pluie qui fertilise les sols et permet de mener une bonne vie.»

C’est en partie à cause de cette crainte de la famine et de la sécheresse qu’ils maintiennent aujourd’hui encore le rituel kachina, «ayant pour fonction principale de faire venir la pluie et de garantir d’abondantes récoltes mais aussi longévité, santé et prospérité».

Conclusion de Laurent Jérôme:

«On voit donc que la crainte n’est pas de manquer de soleil dans ces régions, mais bien de manquer de pluie!»

C.D.

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