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Le top 6 des erreurs scientifiques dans «Star Trek»

Phil Plait, mis à jour le 19.06.2013 à 13 h 52

Dans science-fiction, il y a «science». Mais aussi «fiction». Le problème, c'est quand l’intrigue tourne autour d’une erreur scientifique ou quand telle ou telle technologie n’est pas utilisée de manière cohérente.

Star Trek Into Darkness

Star Trek Into Darkness

Je suis un fan de base puissance galactique de Star Trek (les preuves de mon addiction abondent) et je le suis depuis que je suis tout gamin. J’ai adoré le film sorti en 2009, enfin, presque (voir plus bas) et j’ai adoré toutes les séries et tous les films de Star Trek à des degrés divers (à l’exception de Star Trek V: The Final Frontier, mais bon, hein, on est d’accord, non? On est d’accord)

Malgré cela, en tant que scientifique, je ne peux m’empêcher de remarquer que depuis toujours, Star Trek s’aventure dans des territoires scientifiques qu’on qualifiera de risqués. Que les choses soient claires: le voyage à une vitesse supra-luminique, le voyage dans le temps, les téléporteurs, le traducteur universel et tous ces trucs ne me posent aucun problème. Chaque genre utilise des effets, des trucs et dans le domaine de la science-fiction, un de ces trucs, c’est la présence de technologies avancées dont nous ne pouvons pas expliquer le fonctionnement aujourd’hui. C’est super et tant que cela reste cohérent au sein de l’histoire, ça me va très bien.

Ce qui me dérange, c’est quand l’intrigue tourne autour d’une erreur scientifique ou quand telle ou telle technologie n’est pas utilisée de manière cohérente. Imaginez, par exemple, que l’on découvre une fontaine de jouvence dans un épisode. Il vaudrait mieux s’assurer de disposer d’un élément permettant d’expliquer que tout le monde n’ait pas rajeuni dans les épisodes qui suivent. Vous voyez le topo?

Quoi qu’il en soit, ce qui suit constitue les erreurs scientifiques qui me dérangent le plus dans Star Trek. Je répète encore que j’adore la série et que je n’ai RIEN à voir avec le vendeur de Comics des Simpsons, je ne voudrais donc pas que vous vous imaginiez que je suis du genre à me poser devant chaque film ou chaque série en attendant la bonne vieille erreur afin de m’en délecter et de les dégommer avec gourmandise sur des forums ou en public à grands coups de pistolets-lasers et de logorrhées pontifianto-prout-prout-gna-gna. Pour être honnête, j’ai été comme ça, mais ça va mieux.

Un peu mieux.

Si ça peut aider quelqu’un, je me suis un jour lancé dans une bataille de Trekisme avec Wil Wheaton, qui jouait Wesley Crusher dans Next Generation. J’ai perdu, sans gloire. Il m’a enfoncé sur le terrain des cristaux de dilithium et de la propulsion. Cette expérience humiliante a fait de moi un homme neuf et plus indulgent.

Sauf pour ce qui suit. Car mon indulgence a malgré tout les limites. Alors revêtez vos combinaisons et à vos postes de combat. Nous risquons d’entrer en collision avec (tatatiiiin!)... LA SCIENCE!

1. Voyager: Distorsion 10

Dans les séries plus tardives, comme dans The Next generation (TNG) et Voyager, la vitesse de distorsion (Warp speed en VO) est exponentielle et Warp 10 représente, littéralement, une vitesse infinie. Dans un épisode de Voyager baptisé «Threshold» (Le Seuil), l’équipage découvre une manière d’aller au-delà du Mur de distorsion (Warp 10). Je ne vois pas bien comment il est possible d’aller plus vite qu’une vitesse infinie, mais laissons cela de côté pour le moment.

Des tests sont effectués et une navette, pilotée par Tom Paris, parvient à franchir le mur de distortion et se retrouve simultanément dans tous les points de l’univers ce qui, si on admet encore une fois l’idée d’une vitesse infinie, fait à peu près sens.

Seulement voilà: ce voyage provoque des mutations chez Tom Paris, caractérisées par des apparitions et disparitions d’organes ce qui, on peut le comprendre, le rendent un peu dingue. Il décide donc d’enlever la jolie capitaine Janeway –évidemment– et vole une navette dans l’espoir de repasser à nouveau le mur du warp.

Ce coup-ci, Paris et Janeway deviennent des lézards, s’accouplent, ont des petits, sont retrouvés par l’équipage du Voyager puis bombardés de protons afin que leur ADN mutant soit détruit et qu’il retrouvent leur forme originale.

Oui, hein? Pour être franc, je viens de rédiger le dernier paragraphe et je n’ai juste AUCUNE explication rationnelle à fournir. Alors on va juste dire qu’aller au-delà de Warp 10 est une très très mauvaise idée et on va passer à autre chose.

2. La Grande Barrière (de Cora)

Dans le second épisode pilote de la série originale («Where No Man Has Gone Before»,«Où l’homme dépasse l’homme», finalement diffusé comme troisième épisode de la série, NdT), l’Enterprise rencontre une barrière énergétique à la limite de la galaxie. Scintillante, rose et pourpre, elle est présentée comme impénétrable et dans les épisodes qui suivent, on raconte qu’elle interrompt toutes les communications.

Le problème, le voilà: dans la vraie vie, il est parfaitement possible de voir d’autres galaxies que la nôtre. Cela signifie donc que la lumière peut traverser la barrière, mais il semblerait qu’au XXIIIe siècle, notre évolution nous a poussé à abandonner la lumière. Un truc du genre.

Ça me gêne aux entournures. Si la galaxie était entourée d’une barrière rose, normalement, il serait possible de la voir depuis la Terre. En plus, les géantes rouges entreraient en collision avec elles. Dans ce même épisode, on apprend que les gens dotés de perception extrasensorielle même minime voient ce pouvoir démultiplié par la barrière, qui en fait de véritables dieux. Pourtant, dans un épisode plus tardif de la série, ils traversent la barrière sans aucun effet secondaire. Ils ont peut-être viré de l’équipage toutes les personnes capables de réussir autrement que par pure chance l’expérience des cartes de Zener?

Et puis soudain, dans Star Trek V, elle devient une barrière au centre de la galaxie, mais qui n’existe pas vraiment parce que Dieu y habite, ou une entité du même acabit.

Là, je me dis que les gens qui sont en train de me lire et qui ne connaissent pas l’univers de Star Trek doivent se dire que je suis devenu fou. C’est peut-être le cas, mais soyez sans crainte! Il est possible de soigner mon cerveau grâce à la technologie des Téléporteurs.

3. Réparer des trucs grâce à la technologie du Téléporteur

Dans Star Trek, les Téléporteurs sont des machines fiables qui permettent souvent à un personnage de sortir d’une situation délicate ou d’éviter de s’y trouver plongé.  De nombreux épisodes tournent autour de cette machine ou l’utilisent dans l’intrigue. C’est très bien, jusqu’à un certain point, mais pour une raison qu’on s’explique mal, chacune des avancées liées aux téléporteurs découvertes au fur et à mesure des épisodes semblent oubliées à peine le générique de fin terminé.

Dans un épisode de TNG intitulé «Unnatural selection» («Sélection non-naturelle»), le Docteur Pulaski (photo) est infectée par une maladie qui altère son ADN et qui lui fait très rapidement prendre de l’âge. Elle est sur le point de mourir de vieillesse quand le capitaine Picard réalise qu’il pourrait utiliser le Téléporteur pour la soigner. Ayant remis la main sur un échantillon de son ADN prélevé avant qu’elle ne soit infectée, ils l’utilisent comme filtre et réparent ainsi son ADN.

Cela fonctionne (ah!?) et permet au docteur de récupérer son apparence première, celle qui était la sienne quand elle a pour la première fois mis les pieds à bord.

Si l’on met de côté le fait qu’elle n’aurait logiquement pas dû retrouver sa jeunesse –votre ADN actuel n’est pas une carte détaillée de votre apparence actuelle, coupe de cheveux comprise– le premier problème, c’est que ce téléporteur peut donc fonctionner comme une véritable fontaine de jouvence. Il suffit de sauvegarder un échantillon de votre ADN de quand vous étiez jeune (pour moi ça sera 25 ans –merci!) et dès que vous commencez à vieillir, vous grimpez dans un téléporteur et Zap! Vous êtes de nouveau jeune. 

Hé, mais vous pourriez même changer votre ADN! Bon, alors, moi, je voudrais un peu plus de cheveux, tirant plus vers le roux et aussi quelques centimètres de plus. J’aime beaucoup mon apparence actuelle, mais je ne serais pas contre quelques... modifications?

4. «Alors ils vous balancent des objets. Et ils vous griffent»

Puisqu’on parle d’ADN, voilà un autre point important de l’univers Star Trek: les procréations inter-espèces (ce qui est, honnêtement, un oxymore). Dans l’univers de Star Trek, les races extraterrestres peuvent se reproduire entre elles (sans doute avec une aide technologique). Spock est un hybride humain-vulcain.

Mais cela semble pourtant peu crédible. Et voilà pourquoi: nous avons 98% d’ADN commun avec les chimpanzés, et nous ne pouvons pourtant pas croiser nos gènes par le biais de la procréation. Nous avons pourtant évolué sur la même planète que les chimpanzés, avec, de surcroît un ancêtre commun, il y a quelques millions d’années de cela.

Même si l’on accepte l’idée qui apparaît dans un épisode de TNG baptisé «The Chase» («La Traque») dans lequel des extraterrestres auraient, il a fort longtemps, répandu leur ADN dans notre quadrant –ce qui explique pourquoi tant d’espèces ont un aspect humanoïde– au bout de quelques millions d’années, les changements de codes génétiques entre les différentes races extraterrestres feraient passer un couple composé d’un humain et d’un chimpanzé pour un couple 100% compatible sur OK Cupid. Et si, malgré cela, de tels croisements pouvaient fonctionner, le Pon farr risque d’être un peu compliqué avec des humains. La fécondation in vitro apparaît plus logique.

Et ne me parlez même pas de relations sexuelles avec un Klingon. C’est le genre de trucs qui vous mène aux urgences, direct.

5. C’est juste une Phase

D’accord, je vais ici clairement violer la règle instituée en début d’article, quand j’expliquais que j’ignorais les erreurs scientifiques tant qu’elles n’affectaient pas la cohérence de l’univers.

Qu’arrive-t-il aux personnages qui sont frappés par un phaseur réglé sur «tuer»?

Dans la série, ils brillent et puis... ils ne sont plus là. Pouf! Ils ont disparu.

C’est pas logique. Si le phaseur est une arme hautement énergétique (ce qui est mentionné à plusieurs reprises dans TNG), il vaporiserait les cibles. Cela provoquerait une immense explosion; on chauffe quelqu’un à des températures extrêmes, et cela devrait donc, a minima, provoquer un nuage de vapeur (toute l’eau de votre corps est vaporisée) d’une violence rare. Toutes les personnes présentes dans un rayon de 10 mètres devraient subir d’atroces brûlures. (Sans compter que ce serait un merveilleux ustensile pour sécher le linge en un rien de temps.)

Les effets réels du phaseur ne sont pas très clairs, en fait. Peut-être qu’il vous projette ailleurs, dans un autre espace temps, un truc du genre. Cela semble bien cruel pour une fédération si pacifique.

Comme je l’ai déjà dit, c’est pas non plus la mort du petit cheval. Mais ça continue (encore et encore) à me déranger.

[UPDATE: Après avoir posté cet article, mon vieil ami Rick Sternbach, qui a travaillé sur les aspects graphiques de TNG et qui est responsable d’une bonne partie de l’ambiance et des inventions technologiques de la série m’a contacté. C’est lui qui a rédigé le manuel de technologie de TNG et particulièrement la section consacrée aux phaseurs et peut donc être considéré comme une autorité en la matière. Il m’a confirmé qu’en effet, le phaseur réglé sur «tuer» disperse les particules de la cible «ailleurs», sans doute dans le sous-espace. On ignore ce qui lui arrive spécifiquement, mais il est probable que cela n’est pas très agréable. Cette réponse me satisfait, ne serait-ce que parce qu’elle sous-entend que j’avais vu juste! Je remarque par ailleurs que cette idée a été élaborée longtemps après la diffusion des séries originales et qu’elle constitue donc une tentative assez réussie d’explication des mécanismes des phaseurs (jusqu’à leur nom) et constitue donc une explication logique.]

6. Une question d’échelle

Le film Star Trek sorti en 2009 était plutôt réussi (j’en ai parlé à sa sortie) et introduisait de nouvelles technologies dans l’univers. Bon, OK, le coup de la «matière rouge» m’a moi aussi dérangé, mais dans le scénario, elle n’est après tout qu’un effet de l’intrigue et je veux bien admettre son existence.

Le truc qui m’a quand même gêné, c’est quand «notre» Spock se trouve sur Delta Vega et qu’il voit la planète Vulcain absorbée par un trou noir. Cela peut paraître anodin... mais pour un astronome, c’est un péché cardinal.

Le problème, c’est la distance. A moins que Delta Vega soit une lune de Vulcain (or, dans la série originale, Spock affirme que Vulcain n’a pas de lune), cette planète est bien trop éloignée pour apparaître autrement que comme un point dans le ciel. Et ça, c’est en admettant que les deux planètes font partie du même système solaire; au-delà, même l’étoile de Vulcain serait trop éloignée pour être visible (Delta Vega est présentée, dans la série originale, comme une planète éloignée avec d’importantes ressources en lithium.)

C’est le genre d’erreurs scientifiques qui, bien que je me soigne, tendent à me faire décrocher du film. Je suis certain que la majorité des spectateurs n’y a pas même fait attention. Mais pour un astronome comme moi, c’est comme se voir servir un bol de gagh froids.

L’aventure continue

Je pourrais multiplier les exemples. Les feux de plasma, les explosions d’étoiles qui stérilisent des galaxies, des inversions de champs, les téléporteurs qui transforment les gens en enfants, les humains transformés en araignées, en lémuriens ou en poisson... la liste est longue.

Mais il y a aussi beaucoup de choses correctes dans Star Trek. Les téléphones cellulaires à clapet, les propulseurs ioniques ou les disquettes sont autant de choses que la série a anticipé et un premier exemplaire de tricorder médical est à l’étude.

Mais ma prédiction favorite est, en fait, tacite: la galaxie est remplie de planètes. Personne n’en savait rien dans les années 1960; même à l’époque de la sortie de TNG, nous n’avions connaissance que de quelques planètes orbitant autour d’autres étoiles. Nous savons à présent que de très nombreuses étoiles ont des planètes et que les planètes seraient peut-être plus nombreuses que les étoiles dans la galaxie

Voilà donc un point sur lequel les auteurs de la série ne se sont pas trompés. Je préfère une galaxie remplie de planètes et peut-être de vie à une galaxie vide et creuse. Star Trek m’a inspiré quand j’étais enfant et a nourri mon intérêt pour la science et les extraterrestres; je pense que cela n’est pas un hasard si je suis devenu astronome.

Star Trek et d’autres séries m’ont motivé. Star Strek, comme d’autres œuvres de SF, regorge d’aventures, de déplacements d’une planète à une autre à la recherche de nouvelles civilisations et nous montre des gens travaillant de concert et pacifiquement pour atteindre un objectif commun. Voilà un portrait plutôt radieux du futur, un futur dans lequel nous quitterons cette planète pour nous aventurer dans les profondeurs de l’espace. Peut-être que nous ne rencontrerons jamais des extraterrestres comme nous, mais l’idée de tenter de le faire est enthousiasmante.

Et voilà sans doute pourquoi, malgré ce que pourrait laisser croire le ton sarcastique de cet article, les erreurs scientifiques qui parsème la série ne me dérangent pas plus que ça. Au final, le portrait qui s’en dégage est suffisamment grandiose pour que tout cela n’importe peu.

Comme Kirk pourrait le dire, tout ce dont nous avons besoin, c’est de conserver l’esprit d’Enterprise.

Phil Plait

Traduit par Antoine Bourguilleau

Les photos de l'article sont issues de Memory Alpha

NDLE: article écrit par Phil Plait juste avant la projection de Star Trek Into Darkness, voilà pourquoi il ne parle pas du dernier opus.

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