Culture

Cannes 2013: Julie Maroh, auteure de «Le Bleu est une couleur chaude», critique la «sacralisation de la femme» dans «La Vie d'Adèle»

Temps de lecture : 2 min

Dessin extrait de la couverture de «Le Bleu est une couleur chaude» de Julie Maroh, chez Glénat.
Dessin extrait de la couverture de «Le Bleu est une couleur chaude» de Julie Maroh, chez Glénat.

«Ce qui est sorti de la pellicule de Kechiche me rappelle ces cailloux qui nous mutilent la chair lorsqu’on tombe et qu’on se râpe sur le bitume»: voilà ce que pense Julie Maroh de La Vie d'Adèle, adapté de sa propre bande-dessinée, Le Bleu est une couleur chaude.

Le film, qui vient de recevoir la Palme d'or, n'existerait pas sans elle, mais il n'est pas son oeuvre à elle. Elle livre sur son site ses impressions, ses sentiments:

«C’est un film purement kéchichien, avec des personnages typiques de son univers cinématographique. En conséquence son héroïne principale a un caractère très éloigné de la mienne, c’est vrai. Mais ce qu’il a développé est cohérent, justifié et fluide. C’est un coup de maître.»

Sa véritable réserve porte sur le traitement des scènes de sexe entre les deux jeunes femmes, incarnées à l'écran par Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux. Julie Maroh précise qu'elle est lesbienne et explique que le plateau en manquait manifestement, car les scènes de sexe (louées par la critique) ne lui semblent pas fidèles à la réalité qu'elle connaît:

«Je comprends l’intention de Kechiche de filmer la jouissance. Sa manière de filmer ces scènes est à mon sens directement liée à une autre, où plusieurs personnages discutent du mythe de l’orgasme féminin, qui… serait mystique et bien supérieur à celui de l’homme. Mais voilà, sacraliser encore une fois la femme d’une telle manière je trouve cela dangereux.

En tant que spectatrice féministe et lesbienne, je ne peux donc pas suivre la direction prise par Kechiche sur ces sujets.

Mais j’attends aussi de voir ce que d’autres femmes en penseront, ce n’est ici que ma position toute personnelle.»

En conclusion, la bédéaste revient sur le manque supposé de reconnaissance de Kechiche à son égard en remerciant «tous ceux qui se sont montrés étonnés, choqués, écœurés que Kechiche n’ait pas eu un mot pour [elle] à la réception de cette Palme» et en expliquant que le réalisateur, s'il l'a remerciée hors caméras sur la Croisette, ne l'avait pas du tout tenue informée du déroulement de la production du film ces dernières années.

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C.P.

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