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La check-list de Cannes 2013, jour 7: passéisme, pauvreté, split-screen

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 22.05.2013 à 14 h 09

CANNES, JOUR 7

20 films sont en compétition pour la Palme d'or du 66e édition du Festival de Cannes, qui sera remise dimanche 26 mai. Voici ce que j'ai entendu, vu et retenu du septième jour du Festival.

1. Cancans de Cannes:

Alerte météo:


Une fille sur la plage Orange

Donc l'humeur est bonne.

Ce mardi matin était projeté le dernier (du moins selon lui) film de Steven Soderbergh, Ma vie avec Liberace –dont on vous parlera très vite. Récit des amours du pianiste Liberace (Michael Douglas) avec son jeune amant Scott Thorson (Matt Damon).

Et l'on repense à l'autre film du Festival qui a parlé d'une histoire d'amour entre deux hommes: celui d'Alain Guiraudie, L'Inconnu du Lac.

C'est quand même marrant que le film de Soderbergh, qui met en scène deux folles dont il se moque un peu (pas toujours, et avec tendresse, mais dont il se moque quand même) ait été préféré pour la compétition à l'ovni brillant que représente le film d'Alain Guiraudie, où l'homosexualité du héros n'a rien d'incongru, ne représente pas l'étrange altérité.

Et on remarque que Thierry Frémaux a mis dans la section Un Certain Regard les films d'homosexuels, de femmes (puisque Bruni-Tedeschi est la seule femme en compétition tandis qu'elles sont nombreuses dans Un Certain Regard). Il a en revanche mis en compétition un film comme Liberace qui se moque d'homosexuels, un film comme Le Passé qui a été dit misogyne, un film comme Jeune et Jolie –très beau par ailleurs– dont le réalisateur, François Ozon, dit des conneries comme:

«Etre un objet dans la sexualité est quelque chose d’évident [pour les femmes], le fait d’être désiré, utilisé. Il y a une forme de passivité que les femmes recherchent.»

Et on se demande (je me demande) quelle vision exactement Thierry Frémaux cherche à donner du monde. Si ce n'est celle d'un monde dépassé.

2. Le gros morceau du jour

L'Italie était présente en force sur la Croisette, avec le film de Valeria Bruni-Tedeschi, mais aussi avec le nouveau film de Paolo Sorrentino (Il Divo, This must be the place): La Grande Bellezza. L'histoire de Jep Gambardella, ancien romancier, qui après avoir écrit un seul livre, est devenu journaliste, et s'est abymé dans les mondanités de la vie romaine. A 65 ans, il n'en est jamais sorti. Il erre, posant sur le monde un regard désabusé et tendre.

Dans ce film, il y a une réplique, d'un personnage qui joue une sainte ayant fait voeu de pauvreté, invitée à dîner sur la luxueuse terrase de Jep. On lui demande de raconter des choses, vieille croulante exotique qui se nourrit de racines et passe ses journées à aider des pauvres. Elle dit: «On ne parle pas de la pauvreté, on la vit.»

«Cette réplique résume le film», a expliqué Paolo Sorrentino en conférence de presse.

«Le film tente non pas de raconter mais d'exprimer une pauvreté, qui n'est pas une pauvreté matérielle, mais une pauvreté d'un autre genre.»

Une vacuité, incarnée par des personnages qui se mentent, la riche bourgeoise romaine qui ne sait que faire d'elle-même, a du mal à vivre. «Néanmoins il ne s'agit pas d'exprimer un avis négatif sur ces gens-là, mais de montrer ce qu'ils sont de manière générale, et qui finalement symbolise notre pays.»

Ce film a ravi les Italiens, manifestement heureux qu'on leur montre que rien ne va chez eux, mais aussi les Français. «Avec des accents felliniens, la caméra de Paolo Sorrentino nous emporte vers le paradis (perdu)», annonce Télérama. Le réalisateur «se métamorphose, exactement comme le film, lui aussi, se transforme. Sans jamais perdre de son ironie, Paolo Sorrentino passe insensiblement, irrésistiblement, de la démesure à la retenue. Et du profane au spirituel».

3. Il y avait aussi:

Le split-screen. James Franco s'est mis à la réalisation, en s'attaquant à un monument de l'écrivain américain William Faulkner: Tandis que j'agonise. On sent l'amour de la littérature, on sent la lecture intelligente et viscérale que Franco a faite du livre.

Mais on sent aussi qu'il a une obsession du split-screen, et c'est cool pour lui, mais c'est pas la peine de nous l'imposer pendant deux heures. Parce que l'on assiste donc au cheminement d'une famille pauvre dans le Mississippi, qui après la mort de la mère entreprend de la ramener sur une charette branlante dans son village natale, sur deux écrans. Quasi en permanence. C'est une histoire assez lourde comme ça, ce n'est pas la peine de nous la montrer en double. Et autant démultiplier l'espace par cet effet, quand on sent les personnages qui étouffent, quand il y a une tension entre différents personnages, quand il y a des oppositions entre eux, soit. Autant tout le temps, genre quand la rivière boue et qu'elle boue sur deux écrans, non, c'est un peu pénible.

N'empêche que James Franco était donc là, dans toute sa beauté resplendissante. Il a présenté son film. Il aime la France, c'est original.

4. Au menu du mercredi, jour 8:

«Ryaaaaaaan» est de retour. Et on se dit que c'est une sacrée année au niveau des hommes beaux présents au Festival. Quoi qu'il en soit, sa performance dans le nouveau film de Nicolas Winding Refn (Drive), Only God Forgives, est très attendue. Sera-t-il aussi beau talentueux en tueur qui dirige un club de boxe qu'en tueur pilote de voiture?

C.P.

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (740 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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