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Cannes 2013: pour Costa-Gavras, «si l’Etat arrête d’aider le cinéma, il n’y aura plus de cinéma»

Temps de lecture : 2 min

Alors que se tenait une conférence sur la préservation de l'exception culturelle, le réalisateur de «Z», «L'Aveu» et «Missing», très mobilisé contre sa remise en cause, a répondu à nos questions.

Costa-Gavras à Cannes, le 18 mai 2013. REUTERS/Régis Duvignau.
Costa-Gavras à Cannes, le 18 mai 2013. REUTERS/Régis Duvignau.

CANNES, JOUR 6

Palme d'or en 1982 pour Missing, connu pour ses films engagés (Z, L'Aveu), Costa-Gavras fait partie des réalisateurs français mobilisés sur le sujet de l'exception culturelle. Celui qui est également le président de la Cinémathèque française a répondu aux questions de Slate sur le sujet.

Quel est l’enjeu principal de ces négociations pour vous?

— C’est surtout un problème de qualité des films. Plus il y a de diversité et plus il y a de bons films.

Si la Commission européenne n’exclut pas l’exception culturelle des négociations, on va voir dans quelques années une uniformité totale des films. Si l'on supprime non seulement les subventions de l'Etat, mais aussi l’obligation pour les chaînes télévisées de coproduire, de diffuser des oeuvres françaises et européennes, beaucoup de films ne pourront plus se faire. Si l'on supprime la chronologie des médias, les films seront fragilisés.

C’est tout cela que les négociations veulent casser. C’est ce qui arrive malheureusement aux Etats-Unis depuis quelques années. On ne fait plus que des films d’action les uns après les autres. Hollywood a fait des films extraordinaires, mais ils en font de moins en moins.

Il y a pourtant un cinéma indépendant qui existe aux Etats-Unis, sans le système d'exception culturelle que nous avons.

— Mais qui voit ces films? Ils ne sont pas à l’affiche aux Etats-Unis. Des dizaines, des centaines de films indépendants sont tournés, mais très peu d’Américains y ont accès. C’est nous, en Europe, qui y avons un meilleur accès.

Mais il y a eu le Nouvel Hollywood par exemple, du vrai cinéma d'auteur, et sans la protection de l'exception culturelle.

— C’était une autre époque, il y avait eu une crise à Hollywood, et puis le cinéma était le seul spectacle, il n’y avait pas la concurrence des autres médias qu’il y a aujourd’hui. Depuis il y a des milliers de spectacles, les centaines de chaînes télévisées, Internet…

En Europe et en France, si l’Etat arrête de participer au cinéma, de l’aider, il n’y aura plus de cinéma. D'ailleurs on croit qu’il n’y a pas de politique culturelle aux Etats-Unis, mais le gouvernement américain défend beaucoup son secteur audiovisuel.

Pourquoi les Etats-Unis insistent tellement pour que l'on inclue le secteur audiovisuel dans les négociations de libre-échange?

— L’audiovisuel est la première industrie d’exportation qu’ils ont. Ils défendent simplement leurs produits, c’est normal.

Mais nous devons défendre les nôtres, les protéger et convaincre les Américains de ne pas leur nuire. Ils vivent sur cette philosophie du libre échange, et dans cette philosophie, les plus forts, les grands studios américains en l’occurrence, écrasent forcément les plus faibles —les réalisateurs indépendants.

Vous êtes optimiste sur la possibilité d'exclure l'exception culturelle des négociations sur le libre-échange?

— Ca va être difficile. Mais les cinéastes sont avec nous, y compris les cinéastes américains. Beaucoup m’ont appelé, il y en a même qui ont signé la pétition [de réalisateurs européens pour défendre l'exception culturelle, ndlr].

Je parlais avant-hier avec John Landis qui me disait «Je suis avec vous!». Scorsese nous soutient aussi complètement, de même que Coppola. Et je suis sûr que Spielberg aussi. Ils sentent que le cinéma doit être divers.

Propos recueillis par C.P.

Charlotte Pudlowski Rédactrice en chef de Slate.fr

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