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Cannes 2013: le débat sur l'exception culturelle s'invite sur la Croisette

Temps de lecture : 3 min

Aurélie Filippetti et Jean-Pierre Marielle à Cannes le 15 mai 2013. REUTERS/Eric Gaillard
Aurélie Filippetti et Jean-Pierre Marielle à Cannes le 15 mai 2013. REUTERS/Eric Gaillard

CANNES, JOUR 6

Lundi 20 mai au matin, une conférence sur l’exception culturelle se tenait à Cannes, «l’endroit le mieux placé au monde pour savoir à quel point cette exception culturelle a été un bienfait pour le cinéma français, européen, mais aussi pour les échanges internationaux», a précisé la ministre de la Culture Aurélie Filippetti. Le monde du cinéma, très inquiet, l’accueillait au sein d'un panel d’invités venus répéter que mettre en cause l’exception culturelle européenne et française, c’était mettre en danger le cinéma, sa diversité et la culture en général.

La question est de savoir si, dans le cadre de l’ouverture de négociations sur de nouveaux accords de libre-échange avec les Etats-Unis, l’Union européenne mettra sur la table les industries culturelles, qui bénéficient actuellement d’un statut particulier.

Exception historique

Depuis 1948 et la signature des accords du GATT (accords de libre-échange sur les tarifs douaniers et le commerce, imposant une non-discrimination entre les exportateurs étrangers et les producteurs nationaux), des clauses de sauvegarde différencient l’audiovisuel des céréales ou des voitures, instaurant ainsi une exception culturelle.

Les Etats-Unis ont tout intérêt à ce qu’elles disparaissent, afin d’exporter leurs films sans subir une discrimination par rapport aux producteurs locaux en Europe. L’audiovisuel européen a tout intérêt à préserver cette exception qui, en France notamment, impose aux chaînes de télévision de diffuser et d’investir dans des oeuvres françaises et européennes.

Seulement, le président de l'exécutif européen, José Manuel Barroso, qui voit en cet accord de libre-échange une manière de doper la croissance européenne en l’arrimant à la croissance américaine, voudrait bien mettre cette exception culturelle sur la table pour appâter les Etats-Unis.

«La rivière sans retour, et sans Marilyn Monroe»

Et servir d’appât, les industries culturelles le prennent plutôt mal. Pascal Rogard, directeur général de la SACD et président de la coalition française pour la diversité culturelle, très en verve, a dénoncé:

«La Commission a voulu séduire les Etats-Unis, et pour les séduire, il fallait commencer un numéro de striptease: se déshabiller. Elle a commencé avec les OGM, les industries de défense, et désormais l’audiovisuel, très important pour les Etats-Unis, car c’est l’un de leur plus forts secteurs d’exportation.»

Récemment, répondant aux inquiétudes européennes et notamment françaises, Barroso avait expliqué: «On ne doit pas à notre avis exclure le secteur audiovisuel des négociations avec les Etats-Unis, mais, en même temps, on doit rendre clair que l'exception culturelle n'est pas négociable.» Mais pour Pascal Rogard, ce discours est «d’une hypocrisie totale»:

«Il faudra m’expliquer comment on protège l’exception culturelle si on la négocie. Et s’il y a un engagement de libéralisation, c’est sans retour. S’il y a une catastrophe pour l’audiovisuel européen, le cinéma européen, on ne pourra pas revenir en arrière. C’est la rivière sans retour, et sans Marilyn Monroe.»

Chris Dodd, ancien candidat américain à l’investiture démocrate et désormais directeur de la Motion Picture Association of America —association interprofessionnelle américaine qui défend les intérêts des plus grands studios hollywoodiens— était présent également. Gentiment malmené par le discours de Pascal Rogard, il a souligné qu’il respectait l’exception culturelle mais qu’il ne fallait pas l’exclure des négociations:

«Je pense qu’avoir un pays aussi impliqué dans l’audiovisuel est bénéfique, non pas seulement pour la France mais pour l’audiovisuel dans le monde. Mais si l’on commence une négociation par enlever des éléments de la négociation, ça ne peut pas marcher. J’ai confiance dans le fait que les négociateurs vont maintenir l’exception culturelle. Mais il serait irréaliste de penser que les Etats-Unis peuvent accepter que l’Europe ne mette pas tout sur la table».

Il n’a pas convaincu grand monde.

«Quand tout le monde faisait les mêmes films, personne n’en achetait»

L’Américain vraiment applaudi fut Harvey Weinstein, invité surprise amené par Michel Hazanavicius et une délégation de cinéastes.

«J’aime le cinéma et faire du business avec le cinéma», a rappelé le producteur et distributeur de The Artist aux Etats-Unis. «Je comprends les deux points de vue, mais maintenir la diversité culturelle, c’est mieux pour le business. Quand à une époque en Italie, tout le monde faisait les mêmes films, personne n’en achetait. Nous voulons que les réalisateurs fassent des films avec leur culture, leur identité.»

Les ministres du commerce européens devront se prononcer le 14 juin prochain sur le mandat de négociation de la Commission européenne.

C.P.

Charlotte Pudlowski Rédactrice en chef de Slate.fr

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