CultureCulture

Cannes 2013: Les stars en culotte courte

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 17.05.2013 à 15 h 44

Plusieurs très jeunes stars ont éclaté depuis le début du Festival. De quoi épater Spielberg?

Elyes Aguis et Jeanne Jestin entourés de Berenice Bejo et Tahar Rahim, à l'affiche de «Le Passé», à Cannes, 17/05/2013. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Elyes Aguis et Jeanne Jestin entourés de Berenice Bejo et Tahar Rahim, à l'affiche de «Le Passé», à Cannes, 17/05/2013. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

CANNES JOUR 3

Cette 66e édition du Festival de Cannes, présidée par Steven Spielberg, fait honneur au réalisateur d'E.T., qui a mis au centre de ses films tellement d'enfants, et qui a lancé les carrières de plusieurs d'entre eux.

Entre jeudi et vendredi, deux films ont été présentés, à la Semaine de la critique et en sélection officielle, qui mettent en scène des petits qui sont promis, si un peu de chance s'en mêle, à être bientôt de grands acteurs. Et dont les premiers rôles nous reviendront alors en mémoire comme ceux de Christian Bale dans L'Empire du soleil, ou de Drew Barrymore dans E.T. (on se rappellera aussi de la merveilleuse audition d'Henry Thomas pour le rôle d'Elliott).

Dans Suzanne, le très beau film de Katell Quillévéré, qui raconte la façon dont une jeune fille dévie de sa trajectoire, voulant être libre à tout prix, quitte à tout briser sur le chemin de cette liberté. On suit l'héroïne (Sara Forestier) sur plus de vingt-cinq ans. Au début du film, ce sont donc deux enfants qui jouent son rôle et celui de sa soeur Maria (Adèle Haenel). Dans une scène bouleversante, les deux enfants expliquent au père, qui les élève seul, qu'elles ne sont pas allées à la cantine à midi, elles ont oublié de manger.

Le père (François Damiens) s'énerve, et la petite Fanie Zanini, née en 2005, castée par Ophélie Gelber et Manon Pinsky, offre une performance éblouissante. Il lui demande de confirmer qu'elles n'ont pas mangé à la cantine. Elle ne sait plus; elle répète qu'elle ne sait plus, et dans ses yeux qui se brouillent, ses cernes qui rosissent sous les larmes, le tremblotement de sa lèvre, elle restitue tout le tumulte, immense, d'un enfant de cet âge face à la colère d'un papa.


A droite Fanie dans L'Homme qui rit.

Le petit bout d'1m20 en est déjà à son deuxième film (après L'Homme qui rit), et c'est sans compter les clips, publicités...

Débutants

Ce sont en revanche des acteurs plus débutants que l'on a vus dans Le Passé, nouveau film très émouvant d'Asghar Farhadi (Une séparation). Elyes Aguis et Jeanne Jestin, «deux enfants très vifs, très coquins. Ça n'a pas été facile de travailler avec eux sur un plateau, mais ils sont très intelligents», juge le réalisateur.

Elyes Aguis est Fouad. Un petit garçon en colère qui n'arrive pas à trouver sa place dans sa nouvelle famille recomposée.


Elyes Aguis dans Le Passé

Sa colère retenue, cette ténacité, qui construisent un personnage d'enfant capricieux mais sensible, en souffrance, sont aussi les éléments qui avaient séduit le réalisateur. «Un agent de casting faisait faire des essais à des enfants», a-t-il expliqué en conférence de presse.

«Aucun ne me satisfaisait. Et puis un jour, j'ai vu Elyes Aguis parmi les enfants qui assistaient à ces essais. Je suis allé lui parler, son visage m'intéressait. Mais lui ne me parlait pas, il refusait de me répondre, de faire ce que je voulais. Et c'est cet entêtement qui m’a convaincu que c’est lui que je voulais.»

Jeanne Jestin est Léa, fille de la compagne du père de Fouad. Elle incarne la petite soeur de l'adolescente qui est au coeur de l'histoire (formidable Pauline Burlet), ne supporte pas le nouveau compagnon de sa mère et fait gicler le passé. La petite soeur est trimbalée dans cette histoire, assiste aux cris, voit les adultes furieux se débattre dans leurs erreurs et leurs angoisses et ne comprend que des bribes.


Jeanne Jestin dans Le Passé

Et Jeanne Jestin a adoré jouer ce rôle: «C'était super bien», confie-t-elle à Slate. «C'est mon deuxième rôle et c'était fatiguant parfois, mais c'était vraiment une expérience géniale. J'ai adoré faire ce film et j'espère vraiment que j'en ferai un autre. C'est mon rêve de devenir actrice», glisse-t-elle avec aisance.

On oserait presque ajouter que Le Passé, en plus d'être déjà en bonne tête des pronostics pour la Palme (et ici, et ici) ne peut que gagner des points auprès du président du jury en évoquant l'enfance et en mettant en avant deux jeunes acteurs en culotte courte. Steven Spielberg pourrait se reconnaître dans cette conception du réalisateur: «Je suis incapable de faire un film dans lequel il n'y ait pas d'enfant. îl me semble que leur présence ouvre l'atmosphère du film aux émotions et aux affects.»

C.P.

Suzanne, de Katell Quillévéré avec Sara Forestier, Adèle Haenel, François Damiens et Fanie Zanini (1h30). Pas de date de sortie annoncée pour le moment

Le Passé, d'Asghar Farhadi avec Bérénice Bejo, Tahar Rahim, Ali Mosaffa, Pauline Burlet, Elyes Aguis et Jeanne Jestin (2h10). Sortie le 17 mai 2013

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (740 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte