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La check-list de Cannes 2013, jour 2: Biactol, prostitution et cavale

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 17.05.2013 à 15 h 18

Photocall de l'équipe de «Jeune et Jolie» © Festival de Cannes.

Photocall de l'équipe de «Jeune et Jolie» © Festival de Cannes.

CANNES, JOUR 2

20 films sont en compétition pour la Palme d'or du 66e édition du Festival de Cannes, qui sera remise dimanche 26 mai. Voici ce que j'ai entendu, vu et retenu du second jour du Festival.

1. Cancans de Cannes:

Cette journée avait ce visage-là:

Celui de Marine Vacth, mannequin, désormais actrice éblouissante dans Jeune & Jolie, de François Ozon. Elle joue une jeune femme de 17 ans qui découvre le sexe un été et entend découvrir davantage. Elle se prostitue, couche avec des hommes plus âgés. Explore. Et tout le monde susurrait sur la Croisette: «Putain, qu'est-ce qu'elle est belle.»

Elle n'avait pas l'air de le savoir, si timide en interview. Chaque fois qu'un journaliste lui posait une question, sur les marches ou en conférence de presse, elle avait l'air de retenir ses mots ou ses larmes —c'en était franchement gênant. On a mieux compris quand elle a répondu (en conférence de presse) que ce qui la touchait le plus chez son personnage, c'était «ses silences, la distance qu'elle met avec les autres».

2. Le(s) gros morceau(x) du jour

Les gros morceaux étaient à la fois le film de François Ozon, formidable, et celui de Sofia Coppola, qui l'était beaucoup moins. Mais tous deux avaient une même odeur de Biactol et d'absolu: un goût d'adolescence. Dans une très belle scène de Jeune et Jolie, des lycéens récitent «Roman», de Rimbaud. Les premiers vers —«On n'est pas sérieux, quand on a 17 ans»— vont aussi à ravir à The Bling Ring, dont le gang adolescent pillant les maisons de stars à Los Angeles n'a manifestement pas fait preuve de beaucoup de sérieux.

Mais la star de ce film a pour réputation, elle, d'être fort bien rangée. Emma Watson, dont Will Self se moquait gentiment dans le New York Times en relevant qu'elle répétait à l'envi être «chanceuse», l'a encore redit en conférence de presse. Puis elle est sortie avec une cohorte de fans l'acclamant.


(Sur la vidéo, le type qui tend un truc à Emma Watson, c'est un papa qui avait promis à sa fille de donner un dessin de sa part à Hermione. Donc il essaie de dire en anglais «Emma, it's for my daughter». Je vous raconte pas le soulagement après. Je ne sais pas s'il aurait osé rentrer chez lui sans avoir accompli sa mission.)

3. Il y avait aussi:

Suzanne. Le film de Katell Quillévéré (Un Poison violent), qui faisait l'ouverture de la Semaine de la Critique aurait pu, lui aussi, faire sien les vers de Rimbaud. Car ce n'est pas très sérieux, à environ 17 ans, de tomber enceinte et de garder l'enfant. Ce n'est pas très sérieux surtout, quelques années plus tard, de tout laisser tomber parce qu'on est amoureuse. De tout plaquer pour un gangster à la bouche pulpeuse. Mais c'est parfaitement romanesque.

Applaudi chaleureusement par des spectateurs aux yeux humides (pour la première fois de ce Festival), Suzanne fait la chronique d'une vie, celle de son héroïne (Sara Forestier, exceptionnelle), sur 25 ans. Le film raconte la façon dont Suzanne dévie de la trajectoire modeste, grise, tracée par son père, suivie par sa soeur. La façon dont l'adolescence la lance sur un chemin plus violent, mais beaucoup plus fort.

«Ce portrait d’une jeune femme d’aujourd’hui et de sa sœur (Sara Forestier et Adèle Haenel sont magnifiques) se révèle à la hauteur de son ambition, qui est très grande», écrit Pascal Mérigeau dans Le Nouvel Obs. «Katell Quillévéré réussit un magnifique récit de vie, tout en mouvements», écrit Laurent Rigoulet dans Télérama.

Cette journée cannoise a parlé d'adolescence, mais elle a aussi parlé de femmes fortes. La jeune femme avide de découvrir le sexe dans Jeune & Jolie, celle avide de découvrir la vie dans Suzanne. A défaut de voir assez de femmes réalisatrices en compétition, le Festival présente au moins des femmes réalisant leurs fantasmes dans les films.

4. Au menu du vendredi, jour 3:

Asghar Farhadi, réalisateur acclamé d’Une Séparation, a posé ses caméras en France, face à Tahar Rahim et Bérénice Bejo, pour Le Passé.

C.P.

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (741 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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