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Le lauréat du World Press Photo 2013 a-t-il retouché son cliché?

Robin Panfili, mis à jour le 14.05.2013 à 17 h 23

Photographie lauréate du World Press Photo 2013 / World Press Photo

Photographie lauréate du World Press Photo 2013 / World Press Photo

Dans une ruelle étroite, des hommes crient. D'autres pleurent. A bout de bras, ils portent de jeunes enfants décédés, enveloppés dans un linceul. Voilà la scène, immortalisée à Gaza par l’appareil du photojournaliste suédois Paul Hansen, après le passage d'un raid israélien, en novembre 2012.

Le cliché a fait le tour du monde, et pour cause, il a été récompensé par l’un des prix les plus prestigieux de la photographie de presse: le World Press Photo of the Year. Mais, à en croire Sebastian Anthony du site ExtremeTech, ce prix pourrait bien lui être retiré pour avoir été retouché. Une manipulation interdite par le règlement du concours.

Le site ExtremeTech reprend le travail de Neal Krawetz, un analyste spécialisé dans l’image, qui a examiné l’historique des métadonnées du fichier. Un procédé similaire à celui qui a permis de détecter les photomontages de propagande du régime nord-coréen rélevés par Slate.fr en avril 2013.

Sa théorie est simple: Paul Hansen aurait pris une rafale de photographies dans la ruelle et, se rendant compte que l'image la plus réussie était trop sombre, il a décidé d’y ajouter d’autres clichés et d’éclaircir les zones sous-exposées. Bizarre? Selon l’analyste, cela montre que la photo a été spécialement éditée pour le concours. L’autre stade de l’analyse porte sur l’étude du niveau d’erreur (l’ELA) où Neal Krawetz voit un éclaircissement non naturel de certaines zones, dont les visages.

Le photographe suédois s'est défendu de ces accusations sur le site News.com.au.

«Je n’ai jamais vu une de mes photographies aussi scrupuleusement analysée par quatre experts et différents jurés photographes dans le monde entier.»

Après des explications techniques pour réfuter les arguments de Krawetz, il simplifie:

«Pour dire les choses simplement, c’est le même fichier développé avec sa propre version. C’est la même chose que lorsque vous scannez des négatifs.»

Lorsque la décision a été prise de récompenser Paul Hansen, beaucoup d'interrogations portaient, elles aussi, sur le traitement de la photo. Le président du jury, Santiago Lyon d’Associated Press, avait alors affirmé:

«Nous sommes convaincus que les images sont conformes aux pratiques reconnues par la profession.»

Plusieurs affaires ont entaché le World Press Photo dans le passé. En 2010, l’un des lauréat de la catégorie Sport, Stephan Rudik, a été disqualifié pour avoir retouché un de ses clichés en effaçant un bout de pied sur sa photo originale. En 2013, Paolo Pellegrin a été épinglé par le prix Pictures of the Year International pour une photo mise en scène.

Robin Panfili
Robin Panfili (190 articles)
Journaliste à Slate.fr
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