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Trailer est-il? spécial Jess Franco, l'ibérique hyperactif

Alexandre Hervaud, mis à jour le 02.04.2013 à 16 h 06

Le réalisateur espagnol spécialisé dans le film de genre fauché est mort à l'âge de 82 ans, laissant derrière lui plus de 200 films improbables.

Vampyros Lesbos (DR)

Vampyros Lesbos (DR)

Au cours du XXe siècle, deux Franco ont fait régner la terreur de l'autre côté des Pyrénées. L'un avait pour (peu usité) prénom Francisco, mais se faisait plus souvent appeler Caudillo (guide) avant de casser sa pipe en 1975 après des années de dictature. L'autre Franco, célèbre réalisateur, qui vient de nous quitter à l'âge de 82 ans et qui sera bien plus regretté, c'était Jesús: amen.

Réalisateur de films cultes comme L'Horrible Docteur Orloff ou Vampyros Lesbos, on le connaissait plus sous le blase de Jess Franco, du moins quand il n'utilisait pas un de ses nombreux pseudonymes: des dizaines de faux noms ont marqué sa carrière, à en croire sa fiche Wikipedia espagnole, notamment... James Franco!

Traumatisé (en mal) assez jeune par la découverte aussi précoce que pénible sur Canal+ d'un de ses films, certainement pas le meilleur, votre serviteur a rapidement pris le parti d'éviter soigneusement toute sa filmographie, se contentant de lire à son sujet les fréquents papiers de Mad Movies consacrés au bonhomme.

N'espérez donc pas trouver dans cette chronique d'avis argumenté capable de trier parmi les quelques 200 (DEUX CENTS) films de Franco le bon grain de l'ivraie. Dommage, le père Franco ne méritait sans doute un tel boycott culturel.

Au même titre que le français Jean Rollin, disparu en 2010, il avait pour réputation de tourner rapidement des films d'exploitation à petit budget mixant érotisme, gore et scènes d'expositions lentes et improbables, le tout marqué par une fâcheuse tendance à abuser des commandes de zoom de caméras.

Prenez Dracula contre Frankeinstein (1971), par exemple, résumé ici par un montage publié sur YouTube par un fan:

Jess Franco, qui a tourné son lot de films coquins (dont le bien nommé La Fille au sexe brillant, ici décortiqué par un site de fan hispanophone), a par ailleurs dirigé notre Brigitte Lahaie nationale dans Les Prédateurs de la nuit, aux côté de Telly Savalas. La bande annonce d'époque (ah, cette VF magique!) se déguste comme une piquette miraculeusement changée en grand cru par un effet pervers du temps.

N'hésitant pas à tourner en dehors de son Espagne natale (et pas uniquement pour des raisons artistiques), Franco a aussi signé des films battant parfois pavillon allemand, à l'image du fameux Vampyros Lesbos, dont le trailer ci-dessus est proposé dans la langue de Goethe:

En 2008, la Cinémathèque française rendait hommage à Franco (qui reçut d'ailleurs cette année-là un Goya d'honneur, l'équivalent espagnol de nos César) à travers une rétrospective XXL: 69 films programmés! A cette occasion, Franco avait accordé à Ecran Large un bel entretien sur sa carrière, tandis que Jean-François Rauger de la Cinémathèque écrivait (PDF):

«L’œuvre de Jess Franco n’a été longtemps possible que parce qu’il existait des salles de quartiers. C’est à cette particularité de l’exploitation, à une époque où la consommation populaire du cinéma se repaissait de doubles programmes promettant de l’érotisme, de la terreur et de la violence, que l’on doit l’existence et l’évolution du cinéma de l’auteur de Gritos en la noche. C’est la logique de flux (deux nouveaux films chaque semaine) de ce que l’on appelle le cinéma-bis, les exigences de l’exploitation populaire, qui ont rendu possible l’art de Jess Franco et, paradoxalement, l’ont libéré de toute entrave.»

Le dernier film de Jess Franco, Al Pereira vs. the Alligator Ladies, est sorti en mars dernier dans quelques salles espagnoles, soit quelques semaines avant sa mort. Le metteur en scène, pas vraiment en pleine forme, apparaissait d'ailleurs dans le cadre de temps à autres:

Pas sûr qu'on puisse découvrir un jour cette chose sur grand écran. Nul doute, Franco le savait, puisqu'en 2007, lors d'un entretien à El Pais, il percevait bien la mainmise du home cinema et l'avènement de la VOD premium:

«Le cinéma va disparaître d'un moment à l'autre, même si le spectacle continuera. Celui qui est menacé, c'est celui dans la salle avec les lumières qui s'éteignent, le rideau qui s'ouvre et l'apparition du logo de la MGM sur l'écran.»

Alexandre Hervaud

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