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Si si, les livres Harlequin peuvent être féministes

Cécile Dehesdin, mis à jour le 19.03.2013 à 13 h 25

Lot de romans de la collection Les Historiques des éditions Harlequin / Guil2027 via Wikimedia commons

Lot de romans de la collection Les Historiques des éditions Harlequin / Guil2027 via Wikimedia commons

Pas toujours facile d'assumer son affection pour les romans type Harlequin. Surtout quand ce sont des romances historiques (Il est un pirate cruel. Elle est une jeune femme de la bonne société enlevée et forcée de devenir son esclave sexuelle jusqu'à ce qu'en fait, ils tombent amoureux. Il est un comte don juan. Elle est une jeune femme vertueuse et innocente qui se trouve compromise par un baiser, et est forcée de l'épouser, s'en suivent des scènes de sexe pas toujours très consenties, jusqu'à ce qu'en fait, ils tombent amoureux). Et surtout quand on est une femme –les lecteurs des romances sont principalement des lectrices– féministe, vus les stéréotypes qu'enchaînent souvent ces livres [1].

«Il est possible (et même nécessaire) d'aimer un media et d'être en même temps critique de ses aspects les plus problématiques ou pernicieux», comme le note Anita Sarkeesian à propos des jeux vidéo, ce qui rend d'autant plus intéressant l'article de Jessica Luther dans The Atlantic, qui revient sur la montée en puissance d'auteures de livres sentimentaux qui ont grandi avec le féminisme et l'insufflent dans leurs romans.

Les romans sentimentaux contemporains –y compris ceux se déroulant dans le passé– a de plus en plus d'héroïnes qui font passer leur carrière au même niveau que leurs relations amoureuses, trouvent des hommes qui les traitent comme leurs égales, et recherchent du plaisir sexuel.

La chose n'est pas toujours facile dans un genre et des codes aussi établis. La romancière Cecilia Grant résume ainsi le problème pour The Atlantic:

«Comment, tout en respectant le genre et en intégrant ses paramètres, puis-je écrire une histoire d'amour acceptable pour moi? Est-ce qu'il y a des tendances et des techniques intéressantes à détourner?»

Dans son premier roman, A lady awakened, l'héroïne de Cecilia Grant négocie ainsi avec le héros pour qu'il lui fasse un enfant, sans qu'elle recherche l'amour ou une intimité émotionnelle. Et c'est lui qui finit par la supplier de se marier.

Les romancières de cette nouvelle génération résument la façon dont le féminisme parcourt leurs livres: leurs héroïnes sont bien les héroïnes des livres, des sujets qui agissent, et non pas des objets attendant que des hommes prennent des décisions pour elles (même si leurs auteurs travaillent bien sûr avec les choix limités des femmes aux différentes époques qu'elles décrivent).

Et puis, leurs livres mettent au premier plan le désir et le plaisir sexuel féminin. Comme le note Jessica Luther, on y trouve aussi souvent des scènes désuettes que des scènes où le héros a hâte de faire un cunnilingus à l'héroïne, ce qu'on ne trouve pas avec une telle régularité dans le reste de la pop culture.

Pour la journaliste, un genre littéraire centré sur les femmes, écrit principalement par des femmes et pour des femmes ne peut pas être ignoré. Pour ceux et celles que le sujet intéresse, «RomanceNovelsForFeminist» est un blog qui lui est entièrement dédié.

C.D.

[1] Et je sais de quoi je parle, vu mon Billy rempli de chick lit –plutôt contemporaine, mais avec quelques emprunts aux pirates, comtes, et autres héros du passé. Retourner à l'article.

Cécile Dehesdin
Cécile Dehesdin (610 articles)
Rédactrice en chef adjointe
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