Double XCulture

«Sauve-moi!»: le cliché de la demoiselle en détresse dans les jeux vidéo décrypté

Cécile Dehesdin, mis à jour le 12.03.2013 à 11 h 19

Exemple d'une demoiselle en détresse (capture d'écran de la vidéo d'Anita Sarkeesian)

Exemple d'une demoiselle en détresse (capture d'écran de la vidéo d'Anita Sarkeesian)

Anita Sarkeesian est une grande fan de jeux vidéo. Mais, comme elle l'explique au début de sa vidéo YouTube dédiée au cliché de la «demoiselle en détresse» dans ce loisir, «il est possible (et même nécessaire) d'aimer un media et d'être en même temps critique de ses aspects les plus problématiques ou pernicieux».

La jeune femme, créatrice de Feminist Frequency, une websérie qui explore la façon dont les femmes sont représentées dans la pop culture, a donc décidé de mettre au point plusieurs vidéos pour s'intéresser plus particulièrement aux représentations des femmes dans les jeux vidéo. L'Internet étant Internet, cela n'a pas plu à un certain nombre d'utilisateurs, qui ont mené une campagne de harcèlement en ligne contre son site, sa chaîne YouTube, et sa page Wikipedia (via des menaces de viol, des mèmes sexistes, un jeu vidéo où on pouvait la frapper...).

Mais l'Internet étant Internet, de nombreux autres ont été dégoûtés par ces pratiques, et ont fait exploser le compteur Kickstarter de la page qu'Anita Sarkeesian avait créé pour financer son projet. Elle cherchait à la base à récolter 6.000 dollars pour cinq vidéos sur cinq représentations stéréotypées des femmes dans les jeux vidéo (l'argent devait servir à l'achat de centaines de jeux, d'équipement pour filmer, etc), elle a finalement obtenu près de 160.000 dollars grâce à plus de 6.000 personnes.

Grâce à tout cet argent, Anita Sarkeesian fera plus d'une dizaine de vidéos d'une vingtaine de minutes. Elle peut se dédier entièrement au projet et a engagé une assistante, elles ont acheté plus de 300 jeux et projettent de publier une vidéo par mois.

La première, donc, se consacre à la figure de la demoiselle en détresse.

Elle est sous-titrée en anglais (et on peut faire passer les sous-titres en français), et Madmoizelle a transcrit toute la vidéo ici. Anita Sarkeesian y explique que ce stéréotype existait déjà bien avant les jeux vidéo, mais qu'il est particulièrement utilisé dans ce genre de média: la femme –généralement un membre de la famille ou l'objet de l'amour du héros– devient une demoiselle en détresse quand elle est kidnappée/pétrifiée/possédée par un démon. La demoiselle en détresse par excellence reste la Princesse Peach, de Mario. Elle apparaît dans 14 jeux de plateforme de Super Mario Brothers et se fait kidnapper dans... 13 d'entre eux. 

Anita Sarkeesian dénonce le procédé comme une facilité scénaristique pour donner un but à la quête du héros (et donc au jeu vidéo en question). La demoiselle en détresse n'est finalement qu'un objet dans cette quête. Une autre demoiselle très célèbre est bien sûr Zelda, qui passe son temps à être kidnappée/maudite/possédée/changée en pierre ou autrement déchue de tout pouvoir (même si Anita Sarkeesian précise que de temps à autre elle a droit à un rôle plus actif, quelque part entre Damoiselle et bras droit du héros, puisque le trope de la demoiselle en détresse est quelque chose qui arrive à un personnage, pas sa définition du début à la fin).

La blogueuse féministe n'est pas la seule à s'interroger sur les rôles stéréotypées attribués aux femmes dans beaucoup de jeux vidéo. Récemment, un père gamer a ainsi créé un patch (correctif) pour permettre à sa fille de jouer avec une femme pour sauver un garçon, plutôt que le contraire.

Un autre père a lui aussi récemment modifié Donkey Kong –cité dans la vidéo d'Anita Sarkeesian– pour que Pauline cesse d'être une demoiselle en détresse et devienne l'héroïne qui doit sauver... Mario!

C.D.

Cécile Dehesdin
Cécile Dehesdin (610 articles)
Rédactrice en chef adjointe
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