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Cinquante nuances de Bowie, ma compilation subjective

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 11.01.2016 à 11 h 12

Tentative d'anthologie entre singles vraiment indispensables, pépites moins connues, reprises et hommages à ses héros, versions alternatives...

Bowie en concert à Chicago, le 8 août 2002. Adam Bielawski via Wikimedia Commons.

Bowie en concert à Chicago, le 8 août 2002. Adam Bielawski via Wikimedia Commons.

Cet article a été publié en 2013 pour la sortie de l'album The Next Day. David Bowie est mort le 10 janvier 2016, à l'âge de 69 ans.

Longtemps, j'ai arrêté Bowie de bonne heure. Plus précisément au bout d'un trottoir sur lequel Denis Lavant courait comme un dératé dans Mauvais sang de Carax, «Modern Love» (pardon: «L'Amour moderne»), un single de 1983, en fond sonore.

Nous étions au tout début des années 2000, mais j'avais une excuse: je découvrais le morceau via le film, et seulement en même temps l'étendue de la carrière de Bowie (dont j'avais dû auparavant capter d'une oreille distraite quelques tubes à la radio ou sur des cassettes) via le best of Changesbowie. Une compilation sortie en 1990 et qui a longtemps été une de ses plus vendues (double disque d'or en France), mais qui avait deux défauts:

1) elle courait sur la période 1969-1984, oubliant l'avant (Bowie fête ses cinquante ans de carrière cette année, puisqu'il a abandonné ses études pour la musique à l'été 1963, année de son premier enregistrement studio connu), négligeant l'après (l'album Never Let Me Down –pour le coup, on ne peut pas totalement leur en vouloir ) et même le pendant (aucun titre de Pin Ups, du très bon Lodger et, sur la version CD, de Low, le meilleur Bowie!).

2) c'était une compilation. A première vue, la carrière de Bowie semble pourtant se prêter à merveille à l'exercice, avec son foisonnement de genres et d'incarnations, pop, glam, soul, new-wave, drum'n'bass... Une vision à courte vue: les artistes qui se prêtent aux plus belles compilations, au contraire, sont ceux dont la carrière est plutôt courte, la générosité en singles hors albums et B-sides proverbiale (domaine dans lequel Bowie est relativement pingre: il a souvent sorti en B-sides des morceaux des albums) et qui explorent, sur quelques années, toute les nuances d'une seule couleur musicale. Disons les Buzzcocks de Singles Going Steady, pour citer un exemple de compilations réellement indispensable.

Une compilation classique de tubes ou hits de Bowie, elle, ressemble à un enchaînement de prototypes, certains toujours stupéfiants trente ans plus tard (l'inégalable «Ashes to Ashes»), d'autres un peu usés par les écoutes («"Heroes"») ou d'un niveau inférieur aux albums dont ils sont extraits («The Jean Genie», «Ziggy Stardust»...). C'est un peu comme visiter une expo Picasso avec une seule toile par période.

En 2002, douze ans après Changesbowie, EMI a ensuite ce qui est devenu la deuxième compilation la plus vendue de l'artiste, Best Of Bowie, disque de platine un peu partout et au tracklisting différent pour chaque pays selon les titres qui y avaient le mieux marché. Un objet froid comme la mort sous une laide pochette moderniste.

La sagesse collective ne marche pas pour Bowie: les deux seules compilations acceptables sont celle que concocterait le maître lui-même (David, si tu me lis, mon anniversaire est fin juillet) ou celle que chacun se fait, beaucoup pour lui, éventuellement un peu pour les autres.

Voici la mienne: cinquante titres issus, petite contrainte volontaire, de cinquante disques différents (albums, singles, BO, compilations...) disponibles sur Spotify.

Des singles, mais seulement quand c'est nécessaire. Du David pop kinksienne des middle-sixties, des non-singles sublimes extraits des chefs-d'oeuvre des seventies («Lady Grinning Soul», «Always Crashing in the Same Car», «Sons of the Silent Age» ou «Word on a Wing», ma chanson préférée toute période), des versions en italien ou en allemand, des reprises en pagaille (Easybeats, Springsteen, Brel, Pixies, Velvet, Scott Walker, Beach Boys), des hommages (Brecht, Prokofiev) et même un ou deux mauvais titres (la BO du film Labyrinth) pour se rappeler que même les génies ont leurs mauvais moments.

Bref, une ascension de Bowie par les faces A et B à la fois, exercice hyper-subjectif mais où chacun pourra peut-être piocher un titre qu'il ne connaissait pas ou mal -de même que, sans certaines compilations étranges, ou encore sans le Bowie compilé par DJ Lynch, Anderson ou Tarantino, «I'm Deranged», «Queen Bitch» ou «Cat People» n'auraient sans doute pas intégré la mienne.

Ah, j'allais oublier: en fait, la compilation ne compte pour l'instant que quarante-neuf titres. La dernière place est pour un morceau de The Next Day, l'album que Bowie sort ce lundi 11 mars. Un beau disque un peu fatigant (la faute notamment à un mastering agressif) et où émergent pour l'instant pour moi une poignée de ballades (le single «Where Are We Now?» et «You Feel So Lonely You Could Die») et de mélodies efficaces («Valentine's Day», «If You Can See Me», «I'd Rather Be High»). Et pour vous?

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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