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75% de réussite: les résultats de nos pronostics (presque) scientifiques pour les César 2013

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 23.02.2013 à 10 h 42

Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva dans «Amour» de Michael Haneke.

Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva dans «Amour» de Michael Haneke.

Trois de nos quatre pronostics se sont vérifiés lors de la soirée des César 2013, vendredi 22 février: les prix du meilleur film, du meilleur réalisateur et de la meilleure actrice sont effectivement allés à Amour, Michael Haneke et Emmanuelle Riva. En revanche, nous avions prévu que Denis Lavant remporterait le César du meilleur acteur pour sa performance dans Holy Motors, et c'est Jean-Louis Trintignant qui a gagné (c'est donc seulement la 10ème fois que le César du meilleur acteur revient à un acteur jouant dans le César du meilleur film).

***

En 2011, nous avions eu bon à 100% (applaudissements). En 2012, à seulement 50% (grimace). Pour la troisième année consécutive, nous vous proposons nos prédictions (quasi-)scientifiques sur les vainqueurs des quatre principaux César.

L'idée n'est pas de nous mettre dans la tête («Tiens, et si j'étais Gérard Depardieu?») des 4.200 jurés de l'Académie, ni de faire part de nos propres souhaits (disclaimer: je n'ai même pas vu Amour, notamment), mais de tenter de deviner les vainqueurs en nous fondant –avec la pointe de subjectivité, voire de mauvaise foi, inhérente à toute analyse de statistiques– sur une analyse chiffrée des lauréats passés pour en tirer des lois récurrentes. Qui donnent parfois des résultats surprenants (si Patrick Bruel remporte le César du meilleur acteur, on ouvrira un cabinet de voyance) et sont évidemment faites pour être démenties... Autant dire qu'on vous conseille de ne pas parier votre salaire sur nos choix avec vos amis.

NOTRE PALMARÈS

Meilleur film: Amour, de Michael Haneke.
Meilleur réalisateur: Michael Haneke.
Meilleur acteur: Denis Lavant (Holy Motors).
Meilleure actrice: Emmanuelle Riva (Amour).

NOTRE PALMARÈS ALTERNATIF

Meilleur film: Amour, de Michael Haneke.
Meilleur réalisateur: Benoît Jacquot (Les Adieux à la reine).
Meilleur acteur: Patrick Bruel (Le Prénom).
Meilleure actrice: Noémie Lvovsky (Camille redouble).

Comment nous sommes parvenus à ces prédictions pour les César du meilleur film et du meilleur réalisateur

Procédons par élimination. Depuis la création des César, en 1976, seul Camille Claudel a remporté celui du meilleur film sans que son réalisateur Bruno Nuytten soit nommé de son côté, en 1989. Pas de chance donc pour Le Prénom, dont les réalisateurs, qui s'y sont pourtant mis à deux, ne sont pas nommés (ainsi que pour Stéphane Brizé, puisque jamais un metteur en scène n'a gagné le César du meilleur réalisateur sans que son film soit nommé dans la catégorie «meilleur film»).

Le film vainqueur compte généralement plus de nominations (en moyenne près de 9 contre 7) que les autres films nommés, ou a fait plus d'entrées en salles (le score médian[1] est de 2 millions d'entrées pour le film vainqueur, contre 1,2 pour les perdants). Il est très rare que le film qui rafle la mise fasse à la fois figure de petit poucet de la catégorie en termes de nominations et d'entrées en salles –on n'en compte aucun dans la sélection cette année.

Au niveau des genres, les films d'époque ou reconstituant des faits historiques se taillent généralement un joli succès aux César, de même que ceux réalisés par un cinéaste étranger (Losey, Polanski, Scola, Arcand l'ont emporté, par exemple). Ce qui est plutôt de bon augure pour Les Adieux à la reine et Amour.

Pour départager ces deux films, nous nous sommes intéressés aux autres prix qu'ils ont reçus. Celui de Benoît Jacquot a reçu le Louis-Delluc, distinction dont le lauréat est souvent nommé aux César, mais pas forcément gagnant: «seulement» dix films ont réussi le doublé, le dernier étant Un Prophète de Jacques Audiard.

Amour a lui remporté la Palme d'or, le Golden Globe et le Bafta du meilleur film étranger: autant de distinctions qui, prises isolément, ne lui assurent pas le succès aux César, mais qui, quand on y ajoute une nomination pour l'Oscar du meilleur film (comme avant lui, Tess, Le Pianiste ou The Artist, tous César du meilleur film), dessinent un assez net favori.

Dans 70% des cas, le César du meilleur réalisateur va à l'auteur du César du meilleur film –la dernière fois que ce n'était pas le cas, c'était en 2011 avec Des hommes et des dieux et The Ghostwriter. Si l'Académie décide de séparer les prix, on peut imaginer une paire Amour/Benoît Jacquot.

Comment nous sommes parvenus à ces prédictions pour les César du meilleur acteur et de la meilleure actrice

C'est quoi, le portrait-robot du vainqueur du César du meilleur acteur ou de la meilleure actrice?

  • 47 ans en moyenne pour les hommes, 38 ans pour les femmes.
  • Venu(e) accompagné(e) à la soirée (les chances de gagner sont d'environ 1 sur 3 quand le long métrage est nommé pour le meilleur film, et de seulement 1 sur 10 quand il ne l'est pas).
  • Souvent nommé pour la première fois (deux ou trois fois plus de chances de l'emporter).
  • A fréquemment porté à l'écran le nom d'un personnage réel (Gainsbourg, Séraphine, Mesrine, Camille Claudel, la reine Margot, Van Gogh, Talleyrand...).
  • Et parfois gagné un prix d'interprétation à Cannes ou une récompense à l'étranger.

Mixons tout ça et c'est Denis Lavant qui se détache, devant Patrick Bruel et Jérémie Rénier –une formule qui n'avantage pas du tout Jean-Louis Trintignant, pourtant donné comme favori (mais le César du meilleur acteur n'est revenu que neuf fois à un acteur jouant dans le César du meilleur film –peut-être parce que les jurés considèrent que l'acteur est «inclus» dans le César du meilleur film et «panachent» leur vote?).

Chez les femmes, c'est Emmanuelle Riva qui sortirait la première (sa nomination pour l'Oscar de la meilleure actrice et sa victoire aux Bafta l'avantagent nettement), devant Noémie Lvovsky, qui, si elle l'emportait, serait la première à remporter le César de la meilleure actrice pour un film qu'elle a réalisé, et Léa Seydoux.

J.-M.P.

[1] Que nous avons préféré au score moyen, démesurément gonflé par quelques cartons à plus de 10 millions d'entrées (Trois hommes et un couffin, Les Visiteurs, Intouchables) nommés pour le César du meilleur film. Revenir à l'article

A (re)lire, les critiques de Jean-Michel Frodon:

 

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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