«Spring Breakers», le film de la génération Britney Spears

Extrait de l'affiche de "Spring Breakers"

Extrait de l'affiche de "Spring Breakers"

Les chansons de la star bercent le nouveau film d'Harmony Korine qui emploie à contre-courant des jeunes actrices estampillées Disney, et ce n'est pas un hasard.

Vous vous souvenez quand Britney Spears avait pété un câble début 2007 et s’était rasé le crâne dans un salon de tatouage/coiffure de Los Angeles?

Avant d’attaquer une voiture de paparazzi à coups de parapluie quelques jours plus tard?

Eh bien Spring Breakers (sortie le 6 mars), c’est un peu comme si Britney avait décompensé pendant une 1h30 au milieu de The Grind, l’émission diffusée par MTV dans les années 1990, où des gens beaux et jeunes dansaient en se frottant les uns contre les autres sur des plages ou autour de piscines.

Britney Spears est un des ingrédients du nouveau film d’Harmony Korine. A la trentième minute du film, Faith, Cotty, Candy et Brit (!) chantent Hit me Baby one more time en se bourrant la gueule dans les rues de St. Petersburg en Floride pendant leur fameux Springbreak (les fans des actrices Disney sont toujours en état de choc après avoir vu Vanessa Hudgens et Ashley Benson fumer un bong dès la 3e minute).

Britney marque encore davantage la plongée vers le trash dans une scène absolument surréaliste (et qui m’a arraché un rire nerveux): Alien, un gangster white-trash interprété par un James Franco aux cheveux tressés et aux dents faussement argentées, est installé devant son piano blanc à côté de sa piscine. Les filles arrivent et lui demandent de leur jouer quelque chose qui les inspire et les exalte.

«Je vais vous chanter une chanson d’une des plus grandes chanteuses de tous les temps, répond Alien, un ange, s’il y en a jamais eu un sur cette Terre.»

Et là, James Franco entame Everytime, de Britney Spears, tandis qu’elles improvisent un ballet avec des Ak47 (oui). Il n’est pas vraiment nécessaire d’être un grand fan de la chanteuse pour se rendre compte que cette chanson n’est ni inspirante ni exaltante:

Franchement déprimante, Everytime est aussi un des clips les plus sombres de Britney, sorti en 2004. On y voyait la star harcelée par les paparazzi, blessée par l’un d’eux dans une mêlée, sombrer lentement dans son jacuzzi, du sang tachant l’eau du bain.

Quand Britney Spears s’était autocoiffée, elle avait expliqué qu’elle était «fatiguée que tout le monde [la] touche». Dans le film, le personnage de Faith, interprété par Selena Gomez, a justement une réplique où elle explique à ses amies qu’elle n’en peut plus qu’on la touche.

Faith dit aussi de ces vacances: «C’est plus que juste Springbreak, je cherche à voir s’il existe quelque chose de différent.» On peut tout aussi bien entendre Selena Gomez dire «C’est plus que juste ce film, je cherche à voir s’il existe quelque chose de différent», s’il est possible pour elle d’exister différemment, en dehors de ses rôles de gentille fille lisse (le grand problème de toutes les actrices Disney).

Britney Spears berce Spring Breakers et ce n’est pas un hasard. Lors de sa conférence de presse à Paris, lundi, Harmony Korine a expliqué qu’il aimait la star, qu’il appréciait ses chansons, et que celle qui avait commencé au club Disney avant de devenir la Girl Next Door préférée des Américains avait un rapport direct avec les actrices qu’il a choisies pour son film:

«Je pense que c’est aussi un personnage intéressant, une ancêtre en quelque sorte de cette idée, d’avoir un rêve pop, une fille typiquement américaine, qui prend en quelque sorte un chemin déviant. En plus, elle est une sorte de prédécesseur à ces actrices.»

Selena Gomez jouait dans la série Disney Les Sorciers de Waverly Place, Vanessa Hudgens dans la saga ciné des High School Musical, et Ashley Benson est toujours dans Pretty Little Liars. Dans Spring Breakers, Korine en fait ses icônes dépravées, sac à dos en forme de nounours et bière à la main, boucles d’oreille Hello Kitty et guns, fans de dessin animé au petit matin après avoir passé la nuit à prendre de la coke en dansant.

Engager ces actrices était «important» pour Korine[1]«Tout le monde les connaît sous un certain angle, elles ont un peu cette image Disney et je trouve très amusant de les pousser vers une autre réalité, vers quelque chose de plus sinistre, de plus fou.» C’était «intéressant sur un niveau conceptuel [parce que] dans la vraie vie, elles représentent le rêve, et une sorte d’idéologie pop»[2].

La manie du personnage interprété par Vanessa Hudgens de former des pistolets avec ses doigts en direction de ses amies et d’elle-même en lançant des «piou piou» dans un simulacre de coup de feu prend alors son double-sens. C’est la culture teen que Korine assassine, pour mieux la sublimer.

C.D.

[1] Il l'explique dans le dossier de presse du film.

[2] C'est ce qu'il disait lors de la conférence de presse parisienne.

Mise à jour du 22 février: l'auteure, pourtant fan de Britney Spears plus qu'il n'est raisonnable, avait écrit qu'Everytime est sorti en 2007. La chanson et le clip sont en fait sortis en 2004.