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[VIDEO] Depardieu: «Maurice et Guillaume, je les emmène avec moi en Russie, en Belgique...»

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 20.02.2013 à 18 h 31

L'acteur était à Paris lundi soir pour rendre hommage à Pialat, à qui la Cinémathèque consacre une exposition et une rétrospective.

Ces dernières semaines, on l'avait surtout vu exilé fiscal à Néchin, nouveau citoyen russe ou potentiel ministre de la Culture de Mordovie. Mais Gérard Depardieu vient de nous offrir un beau moment de cinéma cette semaine: pas dans Turf (on l'avoue, on ne l'a pas vu), mais à l'occasion d'un discours prononcé à la Cinémathèque française, lundi 18 février, lors de l'ouverture d'une exposition et d'une rétrospective consacrées au cinéma et à la peinture de Maurice Pialat.

En une dizaine de minutes, l'acteur a rendu hommage au cinéaste disparu il y a dix ans, et qui lui a offert quatre de ses plus beaux rôles (Loulou, Police, Sous le soleil de Satan, Le Garçu):

«Avec Maurice, j'avais le privilège de rire, beaucoup. Je me suis jamais fait chier avec lui. J'ai toujours été surpris. Et en même temps on était un peu comme deux animaux, avec un regard implacable sur les autres. On était pas forcément gentils, mais on était certainement pas méchants.

Tous ses films sentent l'amour, la tendresse, la paternité, l'existence et puis surtout cette humanité incroyable qu'il avait, et la monstruosité aussi. Alors forcément, quand on est monstrueux, on est certainement parfois pas aimable.»

Evidemment, on pourrait dire de ce moment que Depardieu, «on le préfère comme ça». Sauf qu'il s'agit sans doute du même Depardieu, entier, impudique et à fleur de peau, que celui que l'on a vu au coeur des débats fiscaux français ces dernières semaines. Témoin ces quelques mots sur la mort:

«J'ai vu deux personnes en colère dans leur bière: il y avait le visage de Maurice, qui restait humain et en colère, et puis le visage de Guillaume, mon fils, qui était aussi pareil, en colère. Je dois dire qu'après leur mort, j'ai fait la gueule à Dieu pendant longtemps. J'ai vu plein d'amis qui sont partis –François Truffaut, Jean Carmet, ma mère, mon père, plein de gens, qui étaient libérés, heureux, Barbara aussi, mais les deux seuls qui me restent dans ma tête, dans mon âme, c'est eux deux, la même colère. C'est-à-dire qu'ils n'étaient pas tout à fait morts.»

Ces morts, «je les transporte avec moi, en Russie, en Belgique. Jamais je m'ennuie avec eux», ajoute ensuite l'acteur, suscitant les rires de la salle. Autour de lui étaient présents Costa-Gavras et Serge Toubiana, les responsables de la Cinémathèque, Sylvie Pialat, la dernière épouse du cinéaste, son fils Antoine (dont Depardieu est le parrain et qui, dans une interview publiée ce mercredi par Libération, dit que l'acteur est un des rares à qui il fait «une totale confiance»), le président de Gaumont Nicolas Seydoux et Sandrine Bonnaire.

Et aussi «celui qui manque, Daniel» (Toscan du Plantier, producteur de quatre Pialat, mort lui aussi il y a dix ans), à qui Depardieu a également rendu hommage. Le Figaro, qui était présent à la soirée, ajoute que deux anciens ministres de la Culture, Jacques Toubon et Christine Albanel, étaient là, mais pas Aurélie Filippetti, qui avait dénoncé une «désertion» de l'acteur mi-décembre.

J.-M.P.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (942 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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