Capture d'écran du clip «Stay», de Rihanna
Rihanna vient de mettre en ligne deux clips pour sa ballade, Stay. L’un, avec son partenaire de duo Mikky Ekko, est plutôt standard, tandis que l’autre est une version «uncut», une vidéo en une seule prise de la pop star paraissant mélancolique et bouleversée dans son bain.
Dans cette dernière version, la caméra suit chacun de ses mouvements, zoomant parfois pour un gros plan sur les yeux noisette et tristes de la chanteuse.
Elle ne fait du playback sur sa chanson que vers la fin de la vidéo. Entre ces quatre minutes trente intense et sa performance étonnamment forte et pleine d'émotion aux Grammys ce dimanche 10 février, Rihanna espère-t-elle être prise plus au sérieux?
On devra probablement attendre de voir ce que contient son prochain album, qui sortira forcément plus tard cette année, pour le savoir. Que ces récentes prestations soient le signe d’un changement de direction ou pas, elle a, à tout le moins, tapé en plein dans une formule qui a fait ses preuves pour créer un très bon clip: une longue prise en gros plan sur un chanteur qui exprime ses sentiments donne généralement toujours un bon résultat.
Le zoom sur le visage d’un performer est l’un des plans clés du cinéma depuis les premiers jours du medium. Comme Cecelia Ager, la première femme critique ciné de Variety, s’extasiait à propos d’une certaine actrice suédoise:
«Greta Garbo meurt merveilleusement dans Le Roman de Marguerite Gautier. On peut vraiment la voir mourir, sentir le moment précis où son charmant esprit quitte son corps fascinant.»
Les réalisateurs de clips se sont rendus compte de ce potentiel il y a longtemps, et cela fait des décennies que certains des meilleurs et plus mémorables spécimens de ce format s’en sont tenus à une formule qui semble être infaillible.
Ci-dessous, nous avons choisi nos exemples favoris dans ce petit sous-genre. Est-ce qu’on en a raté? Est-ce que cette approche a parfois mal tourné? Dites-le nous dans les commentaires.
La plus vieille vidéo de notre liste, et l’une des plus efficaces. O’Connor passe de la colère à l’envie au désespoir, et on voit tout sur son visage petit et pale, parfaitement mis en valeur par le fond sombre et simple.
La chanson où Morrissette se confie –où elle dit à l’amour de sa vie qu’elle ne s’est «jamais sentie en aussi bonne santé avant / Je n’ai jamais voulu quelque chose de rationnel/ Je suis consciente maintenant»– est simple et épurée. Le gros plan en plan séquence du visage expressif de Morissette est désarmant, et convient parfaitement au ton de la chanson.
Radiohead a mis un peu de drame au sous-genre en ajoutant un casque et de l’eau qui grimpe. Mais la vidéo en plan séquence fonctionne principalement pour les mêmes raisons que nos autres favoris: le gros plan accroche et retient notre attention.
La plupart des gens se rappellent de cette vidéo pour la façon dont la caméra reluque le physique remarquable de D’Angelo. Mais le manager du chanteur, Dominique Trenier, à l’origine du concept de la vidéo, a dit qu’il voulait faire plus que titiller le spectateur. «Nous voulions qu’il soit capable de rentrer en contact avec la personne qui regardait la vidéo en tête-à-tête», a expliqué Trenier. Un objectif atteint grâce au regard séducteur que D’Angelo jette à la caméra.
Il y a de la peinture sur visage, une lumière intéressante, de la pluie, des étincelles dans ce clip –mais l’élément essentiel est un type, le chanteur James Murphy, qui nous regarde sans interruption à travers tout ça.
Les vidéos en gros plan peuvent aussi fonctionner avec des musiques rapides, comme le montre Cold War. C’est un gros plan unique de la chanteuse, Janelle Monae, dont le visage saisissant étreint la caméra –et pourtant on ne s’ennuie jamais. Est-ce qu’elle laisse parfois échapper le soupçon d’un sourire en nous défiant des yeux intensément? Peut-être. Et du début à la fin, quand une larme coule le long de son visage, la vidéo ne s’arrête pas d’être fascinante.
Aisha Harris
Traduit par Cécile Dehesdin
Dossiers : Rihanna, musique, clip, clips musicaux, gros plan





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"Rihanna espère-t-elle être prise plus au sérieux?"
Elle a participé à Take Care, une des meilleures chansons pop de la décennie; elle n'a pas besoin de plus pour qu'on la prenne au sérieux.
En 1922 Lev Koulechov a montré comment le montage cinématographique permet "de donner une intention dramaturgique à une image suffisamment ambiguë qui se nourrit de la couleur émotionnelle d'une autre à laquelle elle est associée." http://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_Koulechov
On a un phénomène comparable avec la musique (et pas seulement sur les gros plans de visage d'ailleurs).
Par ailleurs je pense qu'il y a quelque chose de transgressif et donc de jouissif dans le gros plan sur un visage. On a appris que dévisager quelqu'un, c'était mal élevé. :)
Gage l'a aussi utilisé un peu pour sa belle chanson "pardonne moi"
http://youtu.be/uuRG4IyZGGU
Il aurait fallu mettre dans cet article le clip de Duffy "Warwick Avenue" !! Il est finalement du même acabit de celui de Janelle Monae et de Rihanna avec comme but de faire passer une émotion, une douleur.
Celui de Duffy est particulièrement poignant également : on a beau être en mouvement, on reste focalisé en gros plan sur le visage de la chanteuse, sans voir le paysage défiler. Bon c'est symbolique de la fuite, ou d'un départ, mais bref, je pense qu'il aurait été judicieux de l'utiliser dans l'article !
“Le visage est seigneurie et le sans défense même. Que dit le visage quand je l’aborde ? Ce visage exposé à mon regard est désarmé. Quelle que soit la contenance qu’il se donne, que ce visage appartienne à un personnage important, étiqueté ou en apparence plus simple.Ce visage est le même exposé dans sa nudité. Sous la contenance qu’il se donne perce toute sa faiblesse et en même temps surgit sa mortalité. À tel point que je peux vouloir le liquider complètement, pourquoi pas ? Cependant, c’est là que réside toute l’ambiguïté du visage, et de la relation à l’autre. Ce visage de l’autre, sans recours, sans sécurité, exposé à mon regard dans sa faiblesse et sa mortalité est aussi celui qui m’ordonne : ” tu ne tueras point “. Il y a dans le visage la suprême autorité qui commande, et je dis toujours, c’est la parole de Dieu. Le visage est le lieu de la parole de Dieu. Il y a la parole de Dieu en autrui, parole non thématisée.
Le visage est cette possibilité du meurtre, cette impuissance de l’être et cette autorité qui me commande ” tu ne tueras point “.
Ce qui distingue donc le visage dans son statut de tout objet connu, tient à son caractère contradictoire. Il est toute faiblesse et toute autorité”. Levinas
Après Léon Gontran-Damas Christine Taubira a citer Emmanuel Levinas en clôture du débat sur le "mariage pour tous" : “Penser autrui relève de l’irréductible inquiétude pour l’autre. C’est ce que nous avons fait tout au long de ce débat.”