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Décès d'Arpad Miklos: pourquoi tant de suicides dans le porno gay?

Les raisons de son suicide, survenu à New York dans la nuit de dimanche à lundi, sont toujours inconnues mais pour un acteur psychologiquement solide comme Arpad Miklos, l'acte prend valeur de symbole dans une industrie en pleine révolution.

L'acteur américain Michael Lucas en 2006. REUTERS/Eliana Aponte

Le suicide touche toutes les couches de la société et en septembre dernier, ces décès sont même devenus la première cause de mort par blessure aux Etats-Unis, devant les accidents de voiture. Les annonces de décès dans le porno prennent toujours une dimension particulière. Depuis plusieurs mois, le rythme des disparitions semble s'accélérer dans le business du sexe américain.

Il y a moins d'un mois, le réalisateur de film John Bruno mettait fin à sa vie, à la surprise de tous, même des studios Raging Stallion et Falcon pour qui il travaillait. Il y a un an, c’était Roman Ragazzi. Et le 3 février 2013, c’est le célèbre acteur Arpad Miklos qui a mis fin à ses jours. À chaque fois, des personnalités importantes et admirées, en quelque sorte des symboles.

On peut ajouter Erik Rhodes, décédé d'une crise cardiaque en juin dernier, à cette liste funèbre tant les décès par «crise cardiaque» peuvent refléter la radicalisation du sexe gay à travers des pratiques de plus en plus répandues comme le slam, cette technique qui consiste à s'injecter diverses drogues pendant des marathons sexuels qui durent le week-end. C'est ce que l'on appelle les «plans chem» sur les sites de drague.

De plus, la tentation vers une sexualité gay moins protégée du VIH se généralise avec, en France et hors du milieu porno, une exposition au sperme de plus en plus répandue, accélérant les risques de contamination d'IST, d'hépatites et de VIH. Au point que l'association Aides demande officiellement, depuis quelques jours, la vente en France du Truvada, la seule combinaison antirétrovirale approuvée aux Etats-Unis pour prévenir la contamination par VIH.

Arpad Miklos, de son vrai nom Peter Kozma, était Hongrois et avait été découvert par le réalisateur Kristen Bjorn, qui a révélé un grand nombre de stars du porno gay international. Ancien biologiste, il était un actif giver, le genre d'acteur qui s'occupe de son partenaire, qui l'amène à l'orgasme (ce qui l'a rendu très populaire sur le site d'escort rentboy.com où il vendait ses services pour 200 dollars, un tarif abordable vu sa célébrité).

La personnalité d'Arpad était toujours «positive». Même dans les scènes hard, il se montrait toujours souriant, facile à vivre. Dans le porno moins hard, il était connu pour «faire l'amour» à ses partenaires, d'ailleurs il a partagé sa vie pendant plusieurs mois avec un autre grand acteur désormais plus ou moins retiré, Collin O'Neal.

Arpad était donc à part, il faisait partie de ce club restreint d'acteurs qui «marchent toujours», infaillibles, une valeur sûre. Après une très longue série de grands films pour les studios Titan, Hot House et Falcon, sa carrière était clairement arrivée à un sommet.

Les raisons de son suicide sont toujours inconnues mais pour un acteur psychologiquement solide comme Arpad Miklos, l'acte prend valeur de symbole dans une industrie en pleine révolution. Les grands studios parviennent toujours à produire des films importants, mais le porno amateur décide désormais des règles et du contenu, ce qui n'était pas le cas avant, où l'on est sans cesse sollicité pour des scènes sans capotes et où les clients des sites de drague exigent de plus en plus des pratiques non protégées.

Arpad Miklos était un acteur généreux, qui s'engageait aussi pour des associations LGBT. Le suicide dans son appartement new-yorkais, survenu dans la nuit de dimanche à lundi, met un nouvel accent sur la difficulté de vieillir dans un milieu où l'âge est un couperet sans appel. Après 45 ans, que l'on soit un acteur porno prestigieux ou un simple gay lambda, la vie semble s'arrêter. Les gens ne vous regardent plus. On est «past the limit».

Si le phénomène du suicide chez les jeunes LGBT est bien documenté, les problèmes de vieillesse chez les personnes LGBT restent largement sous-évalués, surtout à un moment où l'actualité gay se concentre surtout sur des problématiques de personnes en bonne santé, comme le mariage pour tous. Et si des acteurs aussi stables qu'Arpad Miklos se donnent la mort, cela renvoie à chacun d'entre nous les questions essentielles qui touchent à la vieillesse, à la solitude, à un monde où même la performance n'est plus suffisante.

Didier Lestrade

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