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Dr House, diagnostic de fin (5)

Alcoolisme, Alzheimer, Ascaridiose et Asexualité. Que peut faire la médecine? Les diagnostics sont là et les traitements n’existent pas. «Au suivant!» Eh bien non. Ici nous sommes dans un service hospitalier de rêve. Ici on écoute les malades et leurs proches. Ils ont tant et tant de choses à nous dire. Ici les lits tachés de sang sont de profonds divans. Ici on ne parle pas d’argent. Bienvenue au Princeton-Plainsboro Teaching Hospital.

Dr House, épisode 9 saison 8.

Attention, cet article contient des spoilers et raconte certains passages des épisodes 9 et 10 de la saison 8 de Dr House

Aujourd’hui, le claudicant est comme mou du genou. Les patients oublient souvent que leur médecin peut avoir des vagues à son âme. Ils ne savent pas que, comme les acteurs, les docteurs se doivent de cacher leurs sombres humeurs. A cette nuance près qu’on ne parle pas de vous dans les journaux. Et, à la fin, personne généralement n’applaudit dans la salle d’attente.

Comment vous remonter le moral quand un Alzheimer vous est annoncé? Mieux: quand c’est le malade en personne qui, couvé par sa moitié comme le sont tous les Alzheimer, annonce lui-même le diagnostic de la maladie dont il souffre? Ceci est contraire à tout ce que l’on vous en enseigne dans les amphithéâtres puisque le signe pathognomonique de l’Alzheimer est l’anosognosie. La chose est bien connue en France depuis que le secret médical concernant un chef d’Etat français a une fois encore été violé. Anosognosie? On se souvient peut-être des explications alors fournies sur Slate.fr. On y parlait d’une addiction qui allait devenir célèbre.

Retour aux Amériques et à Better Half, injustement traduit par Oubli de soi. Ainsi donc le jeune Andres Tavares déclare de son propre chef qu’il souffre d’un Alzheimer (variante: de l’alzheimer) puisqu’il est désormais admis que l’on peut faire l’économie du terme maladie. De nos jours, on ne souffre plus de l’affection en elle-même mais du nom de celui qui l’a –généralement le premier – découverte. C’est là un signe que la fatalité regagne du terrain.

La vérité est, bien sûr, ailleurs

Question: pourquoi hospitaliser dans un centre d’excellence un patient souffrant de la maladie d’Alzheimer? Il y a pour eux des établissements spécialisés. On invoque ici le fait que ce malade devient violent. Argument de peu de poids: les établissements susnommés sont précisément spécialisés pour prendre en charge cette douloureuse complication.

La vérité, comme souvent, est ailleurs. Le nouveau contremaître hospitalier en chef Eric Foreman (Lucien-Jean Baptiste en langue française) entend enrôler ce nouveau malade dans une expérience: tester les vertus d’un nouveau médicament anti-maladie d’Alzheimer; c’est là une situation réelle et fréquente puisque les quatre spécialités actuellement utilisées sont inefficaces et potentiellement toxiques.

Mais une fois encore la simili-perversité du Dr House (nourrie de propos racistes) servira la double cause de la vérité vraie et de la médecine triomphante. Nous n’en dirons pas plus pour ne pas spolier les ayants-droit de cette série. Ce serait d’ailleurs assez complexe puisqu’il faudrait raconter une sarabande médicale faite de Brésil, de football et de discussions sans fin à visée diagnostique. Dévoiler aussi un secret de fleuriste, une astuce de balayeur, qui permet de donner plus longtemps une apparence de vie aux fleurs coupées. Il est vrai que l’acide acétylsalicylique n’est rien d’autre qu’un extrait d’écorce de saule (Salix) dont se servaient notamment (pour calmer leurs fièvres) les sages Peaux-Rouges.

On voit aussi House enquêter en parallèle sur un l’étrange cas d’un couple présentant une atonie à la fois sexuelle et radicale. Présentant et non souffrant de cette double libido totalement à plat. Asexualité revendiquée et ne demandant pas à être traitée. Que faire devant un couple composé d’un homme et d’une femme en âge de procréer et s’aimant profondément mais sans s’accoupler? Rien selon Wilson. Tout selon House. A commencer par chercher la pathologie sous-jacente. Et, surprise, elle existe. Ici c’est à la fois organique et cérébral. Où l’on en viendrait presque à proposer que des dosages sanguins de prolactine masculine soient effectués avant que l’autorisation soit donnée aux hommes (et aux femmes) de pouvoir s’allonger sur un divan.

Vous prendez bien une aspirine?

La psychanalyse freudienne n’a pas sa place au Princeton-Plainsboro. Pour autant, un nom est mis sur la maladie et la guérison est annoncée. Où l’on découvre qu’une femme peut aimer son compagnon avec une telle intensité qu’elle en vient à revendiquer elle aussi un droit à l’asexualité. Ce qui peut apparaître assez réconfortant mais mériterait sans doute quelques explications complémentaires.

Retour à l’Alzheimer et brillante démonstration de l’actualité d’une vieille formule pour carabins. Elle laisse clairement entendre que le commerce du tabac ne protège pas contre le mal syphilitique. Ses termes fleuris pourront choquer les âmes sensibles et les buralistes. Rassurons-nous, ils ne visent qu’un objectif pédagogique.

House-Holmes a débusqué le syndrome de Reye, cette passion cachée des internistes. C’est un tableau assez rare et souvent mortel. Il est ainsi nommé en mémoire de R. Douglas Reye (1912-1978). Ce médecin australien ne fut certes pas le premier à comprendre que l’aspirine n’avait pas que des vertus. Mais il fut le premier à y attacher son patronyme. Le malade brésilien reparle à sa femme. Elle songe au miracle. C’en est un, mais il n’est pas total. L’Alzheimer demeure. La suite n’est pas dite.

A ce stade, on regrette de devoir consommer par paquets de deux les épisodes de la saison terminale. L’articulation médiane du membre inférieur du claudicant est toujours empreinte d’une inquiétante mollesse.

Runaways (La fugueuse) traite de l’asthme et de l’alcoolisme, d’un père qui n’est pas le bon ainsi que d’une mère et de sa fille vivant à front renversé. On connaît, au moins depuis Proust sinon Flaubert, les vertus de l’asthme. House doit aussi compter avec une otorragie droite. Est-ce la raison pour laquelle il se protège les deux tympans lors de la séance de tir aux pigeons (d’argile)? Suit une course de tortues, puis l’inexplicable refus du contremaître de passer une partie de son temps libre avec une beauté par ailleurs mariée à un homme (dont elle dit qu’il est) consentant pour que sa moitié se sépare de temps à autre de lui.

Tout cela pour finir sur un improbable diagnostic d’ascaridiose et un petit documentaire (in vivo et répugnant) sur le pauvre Ascaris lumbricoides. On pourra y voir la démonstration qu’aux Etats-Unis les ennemis parasites intestinaux viennent encore assez souvent du sud du pays. Entre-temps un évènement: House ne se drogue plus. Il fume avec Wilson un cigare allumé avec un billet de cent dollars gagné lors d’un pari sur l’asexualité. Métaphore? Son confrère noir a signé pour qu’il ne retourne pas en prison en cas de nouvel écart. House est enfin sur le chemin de sa guérison. C’est dire si la fin approche.

Jean-Yves Nau

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