Bridget Jones est de retour –et on est bien content

Bridget Jones

Bridget Jones

L’annonce d’une interruption, pour un temps indéfini, du projet de troisième volet de Bridget Jones au cinéma, aurait pu laisser croire que l’héroïne britannique à la langue bien pendue s’apprêtait enfin à vivre sa vie, se marier et avoir beaucoup d’enfants, tranquillement avec Darcy (Mark, pas Fitzwilliam). Hélas, une telle joie ne pouvait durer face à la manne financière potentielle. La maison d’édition Knopf vient d’annoncer la sortie d’un troisième tome du roman de Bridget Jones —sans lien avec le film à venir— en novembre prochain.

Aussi solides que soient les motivations financières pour sortir un nouveau livre —les deux premiers romans, Le Journal de Bridget Jones et Bridget Jones: l’Âge de raison, se sont vendus à plus de 15 millions d’exemplaires dans quarante pays— les raisons artistiques semblent, étonnamment, tout aussi convaincantes.

Le livre est attendu depuis quelques mois déjà, et la romancière Helen Fielding a accordé une interview à la BBC en novembre dernier, qui pousse à l’optimisme —et à une certaine impatience. Elle a aussi soulevé une question cruciale: de quel roman de Jane Austen l’histoire sera-t-elle inspirée cette fois-ci?

Dans l’interview, Fielding a expliqué que les changements technologiques des quatorze années qui se sont écoulées depuis le deuxième livre l’inspiraient. «Je me suis rendue compte au printemps dernier que j’avais un nouveau sujet, de nouvelles choses à dire, et de nouvelles choses qui me faisaient rire», a-t-elle dit:

«Il y a des choses qui n’existaient pas encore quand j’ai écrit le dernier Bridget —comme les mails en fait. Et les textos. Je veux raconter la façon dont on vit désormais avec les textos et Twitter, et une toute nouvelle idée d’une autre phase de sa vie.»

Quant à connaître le nombre de calories actuel de Bridget, sa consommation d’alcool et de cigarettes —qui apparaissaient régulièrement, dans le style du décompte d’un journal intime, dans les deux premiers livres— Helen Fielding a constaté:

«Il s’agit plus désormais du nombre de followers qu’elle a sur Twitter: 0. Toujours rien. Toujours personne.»

Les meilleurs passages des deux premiers romans n’avaient rien à voir avec les retournements de situation absurdes, (arrestation pour drogue en Thaïlande? vous plaisantez?), ni même avec les clins d’oeil à Jane Austen, mais tout à voir au contraire avec la voix narrative très particulière de Bridget. Des termes hilarants comme «emotional fuckwit» [handicapé émotionnel en français, avec une touche de connard dedans] étaient lâchés, au milieu de toutes les abréviations diaristiques («t.» pour «très» et ainsi de suite), créant un rythme à même de s’installer rapidement dans votre tête. L’intégration des nouvelles technologies semble idéale pour une Bridget si malicieux et égocentrique.

Mais Fielding pourra-t-elle résister à l’éternel recyclage de Mark Darcy et Daniel Cleaver? Elle a refusé de dire si la paire d’amants surgirait de nouveau, expliquant simplement:

«Certains personnages seront toujours là et certains auront peut-être disparu… Les gens gardent une place dans votre vie, mais chacun va de l’avant.»

Et sur le fond, il semble que le nouveau livre sera très similaire aux premiers. «De la même manière que le premier volet de la saga examinait la façon dont une trentenaire célibataire était perçue comme une vieille fille pathétique, alors que le célibat pouvait être regardé autrement», remarque Fielding, le troisième livre «examine des phases ultérieures de la vie, où on vous colle une étiquette, mais vous n’avez pas à la respecter, car c’est dépassé et ridicule».

Comme le souligne le Guardian, il pourrait s’agir là d’une excuse pour fouler un sol déjà connu, notamment le triangle amoureux mentionné plus haut. Mais si au contraire le roman offre un regard pertinent sur les défis auxquels est confrontée une femme d’âge mûr, à l’ère des rencontres amoureuses en ligne, cela pourrait bien suffire à légitimer le retour de Bridget. Et il est fort probable qu’elle ait alors un enfant: Fielding dit que le roman se déroule après les événements relatés dans le troisième film qui doit sortir, lui-même fondé sur les chroniques de Bridget datant de 2005 et 2006, dans lesquelles elle tombe enceinte.

Ce qui pourrait finalement signifier que Jane Austen aura cette fois droit à un répit: ses héroïnes sont toutes au début de leur vie. Seule possibilité: une Bridget plus adulte, jonglant avec les difficultés d’être parent, et de s’en sortir financièrement, pourrait coller assez bien avec Raison et Sentiments...

Quoi que Fielding décide de faire (ou de ne pas faire) avec sa bien-aimée Jane Austen, je suis d’une certaine manière, et à ma propre surprise, curieuse de savoir ce que devient Bridget, plus d’une décennie après que nous l’avions laissée.

Alex Heimbach

Traduit par Charlotte Pudlowski