Quel pays a le meilleur goût en littérature?

Un enfant lit un livre, le 21 janvier 2013 en Chine. REUTERS/Stringer.

Un enfant lit un livre, le 21 janvier 2013 en Chine. REUTERS/Stringer.

En France, au sommet de notre liste de best-sellers, à part Tchoupi, trônent Marc Lévy et Guillaume Musso. Depuis le temps, on s’y habitue. On se dit que le mauvais goût en littérature est sans doute l’autre chose du monde la mieux partagée. Eh bien, on a tort.

Dans la liste que dresse Flavorwire des best-sellers de différents pays figurent notamment les best-sellers chinois. Au pays des usines de Barbie et de l'économie socialiste de marché, la littérature étrangère a de plus en plus de succès. Et le chef d’œuvre de Jonathan Franzen, Freedom, sur la liberté individuelle et la contamination des relations intimes par le libre-échange économique, fait partie des romans plébiscités en 2012, relève Flavorwire:

«D’abord, nous avions découvert qu’Anne... la maison aux pignons verts [un livre canadien pour enfants, NDLR] avait été élu l’un des romans les plus importants dans ce pays cette année, à l’instar de L’Amour au temps du choléra, de Hunger Games et d’Une Place à prendre de J.K. Rowlings. Nous assistons désormais à la montée de L'Ancien Régime et la Révolution de Tocqueville et Finnegans Wake de James Joyce en haut des listes de meilleures ventes.

Et bien que nous ne puissions trouver une liste définitive des meilleures ventes de livres en 2012, le China Daily explique que "les traductions ont continué de se maintenir en haut des ventes —et les cinq plus importantes l’an dernier furent Freedom, de Jonathan Franzen, L’Amour au temps du Choléra, de Gabriel García Márquez, De la Chine de Henry Kissinger, River Town de Peter Hessler et Soulstealers: The Chinese Sorcery Scare of 1768, de Alden Kuhn.»

Ce sont sans doute les interdictions qui ont longtemps pesé sur de nombreux livres qui, une fois levées, expliquent cet intérêt marqué, notamment, pour la littérature occidentale. Se penchant sur les chiffres de ventes phénoménaux en Chine de l’Ulysse de Joyce, le New York Times interviewait récemment un historien spécialiste du pays, Jeffrey Wasserstrom. Ce dernier estime que c’est bien l’aridité passée qui explique la soif actuelle:

«J’ai par exemple été frappé, depuis quelques années, de la popularité des traductions des œuvres de Roland Barthes en Chine, au sein, il faut le reconnaître, d’une minorité intellectuelle. A en juger par les tirages de certains de ses livres, dont des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers, se sont vendus, il se pourrait que certains de ses titres comme les Fragments d’un discours amoureux se soient vendus à davantage d’exemplaires en chinois qu’en français et en anglais réunis».

En Angleterre, parmi les livres les plus vendus figurent en revanche les trois tomes de Fifty Shades et ceux des Hunger Games. Idem pour les Etats-Unis. A croire que la démocratie nuit fortement au bon goût littéraire.

C.P.

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