Culture

SAS: les talents de Gérard de Villiers ne sont pas un scoop du New York Times

Temps de lecture : 2 min

Montage de trois couvertures de SAS, de Gérard de Villiers.
Montage de trois couvertures de SAS, de Gérard de Villiers.

En consacrant à Gérard de Villiers, l'auteur des SAS (romans de gare et d'espionnage) un long portrait, le New York Times épate tout le monde.

En effet, cet écrivain français n'écrirait pas seulement des livres d'espionnage à l'écriture facile, mais de véritables mines d'informations géopolitiques pour les diplomates.

«Le supplément magazine du grand quotidien américain assure que de nombreux espions et diplomates confient leurs secrets à Gérard de Villiers pour les voir mis en scène de manière légère dans ses romans, seul moyen de les sortir de l’ombre», s'enthousiasme Rue89. Avant de repérer ce «scoop»:

«Selon le New York Times, l’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine confie qu’avant de voyager, il lit toujours le SAS concernant le pays où il se rend. On en frémit rétrospectivement pour la politique extérieure de la France...»

Snobisme

Nous aurions ignoré les talents géopolitiques de Villiers jusqu'alors car, relève Ouest France, cet auteur est «snobé par les intellectuels». D'ailleurs, raconte le New York Times, ses livres «provoquent souvent de petits sourires suffisants de la part des lettrés français». A tel point que le blog du Monde Big Browser écrivait, en rapportant la parution de l'article américain sur lui:

«Il est l'un des auteurs les plus prolifiques, les plus populaires et les plus méprisés par l'élite littéraire française. C'est donc tout naturellement outre-Atlantique que Gérard de Villiers, l'inventeur de la série des SAS, a été couronné roi du roman d'espionnage d'anticipation

Mais si le snobisme consistait à dénoncer en permanence le snobisme français?

Gérard de Villiers est depuis longtemps connu en France comme fin connaisseur des relations politiques et renseigné par des sources haut placé. Dès 2007, Libération avait ainsi publié un article intitulé: «SAS Merci des renseignements».

Gérard de Villiers confiait alors travailler «comme un journaliste». «Et comme journaliste il enquête sur le terrain et possède plutôt de bonnes sources. Le général Philippe Rondot, héros malheureux de l'affaire Clearstream, n'en étant pas la moindre», précisait Jean-Dominique Merchet, lui-même journaliste spécialisé dans les questions militaires (Secret Défense). Et plus loin: «Les professionnels du renseignement ne lisent pas les SAS comme vous et moi. Ils y reconnaissent leurs collègues, leurs dossiers, leurs habitudes.»

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Le scoop dans l'article d'alors, ce n'était pas Hubert Védrine lisant Villiers, mais Nicolas Sarkozy le remerciant de l'envoi de l'un de ses livres, le gratifiant d'un «cher ami».

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