Dr House, diagnostic de fin (4)

L'épisode 8, de la saison 8. DR

L'épisode 8, de la saison 8. DR

Le monstre a, lui aussi, un cœur. Il est seul sous la neige quand tous les autres cherchent et trouvent la chaleur de l’amour. Allons-nous fondre quand il reste des vies à sauver? Deux épisodes à haute valeur métaphorique ajoutée.

Attention, cet article contient des spoilers et raconte certains passages des épisodes 7 et 8 de la saison 8.

Il y a du lycanthrope en House. Les internistes autopsient rarement dans les caveaux de famille. Lui, si. Ce 7e épisode le retrouve à genoux devant le cadavre (assez bien conservé) d’un jeune enfant de quatre ans (au moment de sa mort). Les prélèvements sur le cartilage nasal ne donnent rien. Les ongles en revanche (on sait qu’il leur arrive parfois de croître après le décès) sont une mine: intoxication au plomb. Enfin, c’est ce que croit House.

Et, pour dire le vrai, nous adhérons. Car –et ce n’est pas spoiler– nous sommes à cet instant précis Gregory House. Serait-ce spoiler que d’avouer que nous sursautons avec lui quand son téléphone sonne dans le désert de ce cimetière? Nous sommes House comme nous aurions pu être l’épatant Pr Louis Delage (Pierre Fresnay; Un grand patron, réalisation du Dr Yves Ciampi, musique de Joseph Kosma). Il s’agissait alors à Cochin d’une nouvelle technique de greffe de rein pour entrer plus vite, rue Bonaparte, à l’Académie. L’âge d’or en noir et blanc.

Dans ce cimetière américain, House entend qu’on lui parle de la très jeune fille dont il ne veut pas s’occuper. Aujourd’hui il préfère les morts. Quoique vierge, elle va donner la vie. On sait que c’est là un grand classique. Dans les sphères gynéco-obstétricales, cela conduit généralement à une impasse tumorale: le choriocarcinome. Nous parlons du placentaire bien sûr, pas du testiculaire. Il en va de la sorte quand on se pique de faire le diagnostic de grossesse sur la seule foi d’un dosage biologique des hormones féminines. Ici l’échographie reste utile.

Vade retro Plainsboro

On ne racontera pas la suite, surtout quand le sang expulsé du choriocarcinome est suivi de ce regard de jeune fille que n’oublient guère les spectateurs de The Exorcist (1973). L’intoxication au plomb n’en était pas vraiment une, évidemment. Elle ne faisait que guider, sur fond de divorce et d’alcoolisme, vers une affection génétique transmise via la mère. Pour résoudre cette énigme, House devra s’enfuir une nouvelle fois du Princeton-Plainsboro. Ce qui lui vaudra d’être reconduit en prison.

Plus la fin de House approche, et plus l’évidence nous est révélée: hôpital et prison sont à front renversé. On soigne dans le premier quand la seconde punit mais la vérité-vraie est toujours ailleurs. Le détenu le sait, l’hospitalisé le pressent. C’est ce qui explique l’irréfragable propension du claudicant-dépendant à sortir de ses murs hospitaliers. A dire vrai, il n’est pas le seul.

Tous les spécialistes français de médecine interne (ils ne sont pas très nombreux et exercent pratiquement tous à l’hôpital) vous confieront volontiers qu’eux aussi sont atteints du syndrome de Gregory: faire le mur pour mieux comprendre. Sortir enfin de cet univers clos où l’on surveille (parfois en punissant). Partir quelques instants sur les lieux où s’est nouée la pathologie sur laquelle ils planchent et doivent mettre un nom. Il y a du Holmes en eux, du Maigret, du Rouletabille, voire du petit reporter. Mais la règle est la règle. Ce privilège est réservé aux légistes, ces artistes souvent méprisés car travaillant à l’ombre de la police.

C’est bien cette dimension métaphorique qui est prégnante dans ce septième épisode de la dernière saison. L’acmé est atteinte dans les profondeurs obscures  d’un caveau de famille. Le légiste House veut par effraction voir de ses propres yeux. Et tous les légistes, toujours muets, savent ce qu’au fil du temps, il peut en coûter. Ici on ne jurerait pas qu’House ne pleure pas. Devant lui, le père de cet enfant mort aura les yeux de ceux qui boivent. D’ailleurs il boit, et il ne s’en cache pas, au goulot d’une flasque. Du gin vraisemblablement. Et il pleure volontiers, jusqu’au moment où House lui dit que son enfant est en paix. A ce moment House n’est plus House et et la série entre dans une nouvelle dimension. Mais ne spoilons pas plus avant.

Au risque de passer pour un triste cérébral, on observera que le huitième épisode est encore une métaphore. Celle de l’Amérique baptiste qui nourrit une paranoïa croissante au moyen d’armes individuelles de destruction massive. Pour mieux se protéger dit-elle, à commencer par ses femmes et ses enfants. Jusqu’au moment où cette psychose débonde devant les caméras des télévisions tachées de sang.

Loup-garHouse

On dit que les personnalités paranoïaques courent les rues aux Etats-Unis, que l’on n’y recense plus, depuis les pères fondateurs, les râteliers et les armes à feu. Le huitième épisode témoigne du caractère hautement contagieux de l’ensemble. Numéro de virtuoses autour d’une fausse arme de poing qui se révèlera méchamment vraie. Bientôt la neige tombera. Tous les autres trouveront la chaleur de la sexualité et le réconfort de l’amour. Cuddy est partie. House restera seul ce soir, avec son sabre.

Au fait, et le malade? De même que les hypocondriaques ont généralement une fin, les paranoïaques peuvent avoir des ennemis. Pour ne pas spoiler, on ne dira pas précisément de quoi il retourne. Difficile en revanche de ne pas entendre résonner le croup, cette «toux aboyante». Croup, pas le chien des sorciers écossais, mais bien l’onomatopée franco-anglaise qui signe une maladie dont nos contemporains croient à tort s’être débarrassés. Une maladie qui doit beaucoup aux hygiénistes allemands Théodor Klebs et à Friedrich Löffler. Mais qui doit plus encore au médecin français Pierre Bretonneau et à la trachéotomie.

Quand il est considéré comme bon, le médecin est généralement perçu comme bizarre. C’est cette série qui le dit et  House l’est. A l’envi. Et il y a aussi du loup garou en lui. Mais un loup garou qui n’alimente pas la paranoïa. Il fait peur, certes, mais cet animal est au service de notre santé.

Jean-Yves Nau

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