Sports / Culture

Linsanity: à Hollywood comme en NBA, les Asiatiques se font toujours rares

Temps de lecture : 2 min

Jeremy Lin vient de marquer un panier à trois points avec les New York Knicks contre les Dallas Mavericks au Madison Square Garden le 19 février 2012, REUTERS/Adam Hunger
Jeremy Lin vient de marquer un panier à trois points avec les New York Knicks contre les Dallas Mavericks au Madison Square Garden le 19 février 2012, REUTERS/Adam Hunger

Les Américains d’origine asiatique étaient qualifiés il y a quelques années de «nouveaux juifs» à cause de leur degré de réussite scolaire disproportionné et de leur prééminence dans les professions médicales. Mais s’il y a bien un domaine de la vie américaine dans lequel les «Asio-Américains» n’ont pas réussi à suivre l’exemple de leurs pairs juifs, c’est l’industrie du cinéma.

Comme l’avait raconté Neal Gaber dans son mémorable documentaire An Empire of their Own: How the Jews Invented Hollywood, les immigrés juifs ont en grande partie créé l’industrie du film américaine en fondant des studios comme Universal, 20th Century Fox et Paramount.

Pendant ce temps, Hua Hsu décrivait récemment le film de Wayne Wang Chan is Missing comme étant «toujours l’apogée du film asio-américain». En assistant au festival de Sundance cette année, je n’ai rien vu qui ait une chance de l’en déloger.

Mais il y avait au moins Linsanity[1], un documentaire qui parle lui-même d’une sorte d’exception asio-américaine. Les documentaires de Sundance ont tendance à aller du sérieux (Pandora’s Promise) au déprimant (The World According to Dick Cheney), voire au très déprimant (Salma, un film sur une femme musulmane enfermée par ses parents dans une cave pendant 25 ans). Le réconfortant Linsanity de Evan Jackson Leong est en fait l’un des deux seuls documentaires qui remontent le moral cette année à Sundance. C’est un mélange réussi de dramaturgie sportive et de success-story d’immigré.

Sa force repose en grande partie sur le fait que Leong, un sino-américain de sixième génération, a commencé à suivre Jeremy Lin avant que «Linsanity» n’apparaisse dans l’Urban Dictionnary. Cela signifie que les spectateurs sont avec Lin quand celui-ci était encore un inconnu.

On le suit alors qu’il se fait rétrograder trois fois en NBA Development League, le championnat de basketball secondaire des Etats-Unis. Le fait que Lin soit devenu célèbre est en fait un incroyable coup de chance pour le réalisateur, «le rêve de tout réalisateur» comme l’a affirmé Leong lors de la première du film.

Le film est narré par Daniel Dae Kim, connu pour ses rôles dans Lost et Hawaii Five-O. Kim a ensuite insisté au cours du festival sur les barrières que rencontrent les acteurs et athlètes asiatiques lors du lancement de la Fondation A3, une initiative de trois anciens employés de Facebook pour encourager l’afflux de capitaux dans les films asio-américains.

Le sport et les films sont deux domaines où les Asio-Américains ont eu du mal à rentrer. S’ils veulent vraiment se faire une place dans l’industrie du film, il est peut-être temps de créer des studios qui ont un réel intérêt dans le soutien de tels œuvres. En d’autres mots, de se construire leur propre empire.

Tim Wu

Traduit par Grégoire Fleurot

[1] «Linsanity» est le mot créé pour parler de la série de victoires des NY Knics emmenés par le basketteur Jeremy Lin en février 2012. Retourner à l'article

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