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La fin coupée de «Shining» n'est plus un mystère

Le script de cette scène supprimée par Kubrick en 1980 entre les projections de presse et la première américaine vient d'être publié.

Le plan final de «Shining».

[Comme il y a le mot «fin» dans le titre, vous vous en doutez: cet article contient des spoilers de Shining]

On savait déjà qu’il existait déjà deux fins à Shining: celle du livre de Stephen King, publié en 1977, qui se termine sur l’explosion de l’hôtel Overlook; et celle du film de Stanley Kubrick, sorti en 1980, qui se conclut sur la mort de Jack Torrance (Jack Nicholson), perdu sous la neige dans le labyrinthe de l’hôtel, puis sur un travelling avant, sur fond de Midnight, the Stars and You, sur une photo exposée dans le hall, qui le montre à une réception donnée à l'hôtel soixante ans plus tôt.

Mais sauf à être un kubrickophile acharné, on ne savait peut-être pas que le film lui-même avait une fin alternative, dont le site The Overlook Hotel, dirigé par le réalisateur de Toy Story 3 Lee Unkrich, vient de publier les quatre pages de script.

La scène coupée, qui survient juste après le plan de Nicholson mort de froid, montre Stuart Ullman (Barry Nelson), le directeur de l’hôtel, rendre visite à l’hôpital à Wendy Torrance (Shelley Duvall), la femme de Jack, et lui expliquer que la police a enquêté à l’hôtel et n’a rien trouvé de particulier, ce qui fait qu’elle a probablement «imaginé» ce qu’elle a vécu.

Il quitte ensuite l’hôpital en donnant au petit Danny (Danny Lloyd), le fils de Jack et Wendy, la balle de tennis qui l'avait attiré dans la mystérieuse chambre 237. Le film se conclut sur le plan sur la photo dans l'hôtel, puis avec le carton suivant:

«L’hôtel Overlook allait survivre à la tragédie, comme il l’avait déjà fait de si nombreuses fois. Il est toujours ouvert chaque année du 20 mai au 20 septembre. Il est fermé l’hiver.»

«Rassurer le public»

Slate.com relève qu’à l’époque, les critiques américains, déjà pas forcément tendres avec le film dans l’ensemble, étaient divisés sur l’intérêt de couper cette séquence. Celle-ci avait en effet été retirée du film après les projections de presse, comme le montre cette dépêche de l’Associated Press citant un communiqué de Kubrick:

«Après plusieurs projections à Londres la veille des débuts du film à New York et Los Angeles, quand j’ai pu voir pour la première fois la montée d’excitation fantastique du public quand le film atteint son point culminant, j’ai décidé que cette scène n’était pas nécessaire.»

Une attitude qui témoigne du fait que Kubrick n’hésitait pas à couper ses films jusqu’au dernier moment (vingt minutes dans 2001, l’odyssée de l’espace après une première ratée) ou à en changer la fin à un moment ou à un autre de leur élaboration (il supprima le combat de tartes de Dr. Folamour, par exemple, ou choisit de laisser vivre le soldat Joker de Full Metal Jacket, qui devait mourir d'une balle perdue).

Plusieurs personnes ont témoigné de l'attitude de Kubrick envers cette scène coupée, notamment dans le livre de référence écrit par le critique français Michel Ciment. La coscénariste du film, Diane Johnson, a ainsi expliqué son existence par le «faible» du cinéaste pour les personnages de Wendy et Danny, et son désir de «rassurer le public sur le fait que tout était de retour à la normale». Shelley Duvall avait elle estimé que c’était une «erreur» de couper cette séquence qu'il avait mis une journée entière à tourner et qui était de facture «hitchcockienne».

Julian Senior, responsable de la promotion à la MGM et à la Warner, a lui raconté comment il avait failli se fâcher avec Kubrick en lui suggérant sa suppression, avant que le cinéaste le rappelle en lui demandant de contacter un monteur pour aller la couper sur les copies en circulation.

Deux noms coupés au générique

Si la scène a été coupée, les noms des deux acteurs qui y font une apparition, un policier et une infirmière, figurent d'ailleurs toujours au générique de fin.

Un des rares souvenirs de cette scène avec trois photos floues publiées dans le livre The Stanley Kubrick Archives, même s’il existe des rumeurs selon lesquelles une copie complète aurait survécu. Au point qu’en 2011, un cinéma new-yorkais qui projetait Shining avait dû démentir une rumeur selon laquelle sa copie contenait les deux minutes en question.

J.-M.P.

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