J.-B. Pontalis est mort, reste le silence

Jean-Bertrand Pontalis lors de l'inauguration de la rue Gaston-Gallimard à Paris, en 2011. LPLT via Wikimedia Commons.

Jean-Bertrand Pontalis lors de l'inauguration de la rue Gaston-Gallimard à Paris, en 2011. LPLT via Wikimedia Commons.

Jean-Bertrand Lefèvre-Pontalis, philosophe, psychanalyste, écrivain et éditeur est mort. Dans la nuit du 14 au 15 janvier, 89 ans jour pour jour après le 15 janvier 1924 qui l'avait vu naître.

Pontalis avait listé récemment, en 2009, une série de méthodes pour conjurer la mort. Il invitait avec humour à multiplier les activités, à s'adonner aux paradis artificiels, à accumuler l'argent, à conquérir les femmes. Et à écrire des livres.

C'est cela que le public retiendra: ses livres, de lui qui disait qu'écrire était un vice. Ces livres étaient faits de psychanalyse et de littérature, objets intellectuels fascinants: son plus célèbre: Vocabulaire de la psychanalyse, (écrit avec Jean Laplanche et qui sera traduit dans de nombreux pays) et beaucoup d'autres Loin, L' Amour des commencements, L' Enfant des limbes, Un homme disparaît...

C'est sans doute une mort justement, qui l'avait incité à écrire tout cela: celle de son père alors qu'il était enfant. «Tout ce qui est arrivé ensuite dans ma vie est sûrement lié à cet événement initial» disait-il. Cette multiplication de publications et d'activités pour combler une perte.

A travers les dogmes

Dans un hommage qu'il lui rend sur le Nouvel Observateur, Jacques Drillon dit de Pontalis qu'il était «le meilleur parmi les bons, le plus fin parmi les intelligents, le plus clairvoyant et le plus libre. Le plus doué aussi, sans emphase ni vanité, pourtant. Et enthousiaste, et rieur, et charmant…» Et un peu plus loin il raconte:

«En parlant de choses et d’autres avec lui à la terrasse d’un bistrot, les larmes vous montaient aux yeux, sans prévenir, sans raison. Il y a des gens comme cela. Ils font remonter de vieilles émotions oubliées. Rien ne leur échappe, ils voient tout, ne vous jugent jamais. On fait comme on peut, voilà ce qu’il pensait.»

C'est sans doute pour cela qu'il préférait, lui, élève pourtant de Jean-Paul Sartre, psychanalysé sur le divan de Lacan, grandement redevable aussi selon lui, à Merleau-Ponty, philosopher à travers les dogmes. C'est pour cela sans doute aussi qu'il écrivait, dans En marge des jours:

«Chercher à avoir raison, c'est vouloir avoir raison de l'autre, c'est l'arraisonner. Je ne récuse pas les théories. Je préfère naviguer dans leurs marges.»

Le pouvoir du langage

C'est ainsi qu'il avait fait de la psychanalyse et de la littérature une seule matière, la sienne, pétrie dans toute son oeuvre. Il ne dissociait pas les deux disciplines, estimait qu'un même «postulat» y était à l'oeuvre: «être, pour la première fois, entendu, reconnu, […], et dans le même mouvement, craindre d’être absorbé par la pensée et par le langage».

Il avait grandi dans les silences, avait fait de leur écoute et de celle des mots son métier et disait avoir toujours été intéressé par «l'entre-deux et les lieux mal définis. Ce que Freud appelait le ''royaume intermédiaire", comme l'inconscient, les rêves.»

Fin des mots, reste le silence.

C.P.