Culture

Comment Steinbeck a privé le Français Anouilh du Nobel en 1962

Temps de lecture : 2 min

John Steinbeck avec son fils (à gauche) et le président Johnson à la Maison Blanche, en 1966, via Wikipedia, License CC.
John Steinbeck avec son fils (à gauche) et le président Johnson à la Maison Blanche, en 1966, via Wikipedia, License CC.

Lorsqu'un prix Nobel est décerné, les archives sur les délibérations du jury demeurent secrètes pendant 50 ans. A l'issue de ces cinq décennies, le public découvre enfin comment tel ou tel candidat s'est vu sacré, délaissé, mis de côté...

L'auteur des Raisins de la colère John Steinbeck, lauréat en 1962 et dont le dossier a été rouvert le 2 janvier, n'a ainsi été retenu qu'au repêchage. «Des 66 individus proposés pour le Prix Nobel en 1962, peut-on lire sur le site de l'Académie, 15 étaient de nouveaux candidats. Le comité pour la littérature avait sur sa short-list l'écrivain John Steinbeck, le poète anglais Robert Graves et le dramaturge français Jean Anouilh. L'auteure danoise Karen Blixen et l'écrivain britannique Lawrence Durrell étaient aussi envisagés, mais il fut décidé que Lawrence Durrell ne serait pas primé cette année-là [il ne le sera d'ailleurs jamais, NDLR] et Karen Blixen mourut le 7 septembre 1962.»

Mais Steinbeck ne l'emporta pas haut la main. Loin de là. Le Guardian, citant le journal suédois Svenska Dagbladet, rapporte les propos de Henry Olsson, membre du comité cette année-là:

«Il n'y a pas de candidat évident pour le prix Nobel cette année, et le comité se trouve dans une situation peu enviable.»

Graves fut rejeté, car bien que romancier, il était d'abord perçu comme un poète:

«Olsson était réticent à l'idée de remettre le prix à quelque poète anglo-saxon que ce soit tant qu'Ezra Pound était encore en vie, persuadé qu'aucun talent n'était à la hauteur du sien; Pound fut néanmoins écarté par la suite, à cause de ses positions politiques.»

Anouilh, qui ne sera jamais nobélisé, venait sans doute trop vite après le dernier lauréat français, Saint-John Perse, en 1960. Steinbeck fut ainsi retenu.

Ses grands romans, Des souris et des hommes, Les Raisins de la colère, A l'Est d'Eden, étaient déjà derrière lui. Mais pour Anders Österling, la sortie récente de L'Hiver de notre mécontentement le remettait en selle:

«Entre Graves et Steinbeck, je trouve le choix très difficile —Graves est le plus âgé, et en même temps moins connu, tandis que la réputation de Steinbeck est évidemment plus étendue. Puisque la candidature de Steinbeck semble devoir remporter une adhésion sans réserve, je me considère libre de lui donner la préférence.»

Le choix fut critiqué avec virulence par la presse suédoise comme américaine. Steinbeck lui-même, rappelle le Guardian, à la question de savoir s'il méritait le Nobel, répondit: «Franchement, non.»

Newsletters

Splendeurs et misères d'«Illusions perdues»

Splendeurs et misères d'«Illusions perdues»

La brillante adaptation du chef-d'œuvre de Balzac par Xavier Giannoli réussit l'évocation d'une époque passée en suggérant le présent, mais surenchérit sur la noirceur au risque d'un dangereux déséquilibre.

«Succession» nous rapproche de l'expérience collective de «Game of Thrones»

«Succession» nous rapproche de l'expérience collective de «Game of Thrones»

Cette semaine, la grand-messe des séries. 

«Venom 2»: ils ont quand même réussi à faire pire que le premier

«Venom 2»: ils ont quand même réussi à faire pire que le premier

L'ennemi de Spider-Man, qui s'est retrouvé par miracle star de son propre film, a droit aujourd'hui à une suite. Et c'est comme l'adolescence, un peu moche, bête et pas toujours satisfaisant. 

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio