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Ils ont filmé la fin du monde: le no man's land de demain [6/7]

Ursula Michel, mis à jour le 18.12.2012 à 18 h 39

«La Route» / John Hillcoat © Metropolitan FilmExport

«La Route» / John Hillcoat © Metropolitan FilmExport

Dès ses balbutiements, le cinéma s’est intéressé au spectacle de la destruction à grande échelle. Au fil des décennies, la thématique s’est complexifiée. De la démolition matérielle tombée du ciel (la vengeance divine), on est passé à la pandémie (l’homme autodestructeur engendre sa propre fin), puis le septième art a imaginé le monde d’après, au choix, un univers post apocalyptique barbare, une nouvelle civilisation dominante non humaine ou un désert absolu excepté un unique survivant. Certains films ont même montré l’impossible, l’impensable: la fin de la Terre, sa disparition totale et définitive. Voici donc le cinquième volet de notre sélection non exhaustive du cinéma de l’apocalypse. Si les Mayas ont raison, ce qui nous attend, pour ceux qui survivront, n’est guère reluisant. L’enfer post-apocalyptique imaginé par les cinéastes mélange iconographie punk, revendications anarchistes et société ultra-violente. Bienvenue dans le no man’s land de demain.

Etrangement, quand le cinéma imagine le monde d’après le cataclysme, il ne propose que rarement une vision idyllique. Et pourtant, le retour à la nature de quelques survivants pourrait facilement évoquer le mythe d’Adam et Eve.

Mais l’homme moderne a perdu depuis longtemps son innocence, et quand le monde vient à sombrer, le vernis se craquèle et sous la docilité contemporaine apparente un visage bien différent se fait jour, celui d’une brute, épanouie dans une primitivité d’un autre âge.

Western moderne

Avant de s’intéresser aux pingouins (Happy Feet), George Miller s’était penché sur une autre race aux mœurs étranges, l’homme post apocalyptique. Dans Mad Max (1979), le héros, flic à voiture et à moto, tente de faire régner un semblant d’ordre dans un Wild Wild West sauvage (un pays non identifié), aux mains d’une horde de barbares.

Outre la violence et la loi du plus fort qui fait rage, le film est une référence. Voiture déglinguée (symbole de la stagnation technologique), espaces désertiques (la population ayant été drastiquement réduite) et des looks total cuir, voilà les ingrédients d’un film post Apo.

Ce décorum montera en grade lors des suites, comme dans Mad Max, au-delà du dôme du tonnerre (1985). Dans ce troisième épisode, une guerre nucléaire a fini d’achever la société, retournée depuis à une primitivité bestiale. Usant des codes du péplum (affrontement de quasi gladiateurs), du western et du punk, ce Mad Max, kitsch à souhait, propose les costumes et les coiffures parmi les plus improbables de l’histoire du cinéma. Cette iconographie, identifiable à la seconde, sera d’ailleurs reprise dans California Love, un clip hommage de 2 Pac à l’univers bling bling archaïque, initié par le personnage de Mel Gibson.


Mad Max - Bande-annonce [VOST] par Filmosphere

Prophétique

Après le choix du bush australien par George Miller (le désert étant le lieu de tournage fétiche des films post apo), Kevin Reynolds imagine en 1995 un monde d’après nettement plus océanique.

Dans Waterworld, il récupère les codes vestimentaires et la technologie archaïsante initiés par Mad Max, mais préfère prendre le large. La fonte des glaces a engendré une impressionnante montée des eaux. La plupart des terres ont ainsi été immergées, laissant les quelques survivants se débrouiller sur des rafiots ou des îlots artificiels.

Echec retentissant lors de sa sortie, Waterworld se regarde aujourd’hui comme une curiosité. Tandis que la thématique du réchauffement climatique n’en était qu’à ses balbutiements en 1995, elle semble plus pertinente en 2012. Privée d’espace terrestre, l’humanité ne peut que régresser. Technologiquement et surtout socialement, les hommes ne peuvent survivre à la disparition de leur écosystème.

A la différence des fins du monde rapides (bombe nucléaire, astéroïde, cataclysme naturel), la lente mais inexorable montée des océans joue sur la lenteur de l’apocalypse, le risque majeur étant de tenter de s’acclimater progressivement à cette noyade annoncée plutôt que la contrecarrer.

Work in progress

A quel moment débute la fin du monde? A l’annonce de la catastrophe à venir et son cortège de scènes de panique? Aux premières destructions? Au premier millions de morts? Alfonso Cuaron (dont on a déjà parlé), choisit avec Les Fils de l’homme le principe narratif du compte à rebours.

En annonçant le décès de l’humain le plus jeune de l’humanité dans un monde où les femmes ont cessé d’enfanter, il date la fin du monde dans un futur proche, pas plus de cent ans compte tenu de la longévité humaine. Dès lors, la société bascule dans le post apocalyptique avant même d’avoir été réellement détruite.

Explosions des règles sociales et légales (à quoi bon respecter des codes quand il n’y a pas d’avenir?), flux migratoires incontrôlés (chacun cherchant une ultime miette de jouissance avant l’extinction), violence exacerbée, tous les ingrédients sont réunis par Cuaron.

Mais bien plus qu’un film d’anticipation, Les Fils de l’homme brosse surtout le portrait de notre humanité, dont les conventions civilisées ne tiennent qu’à la pérennité de l’espèce. Pas de descendance, pas de futur, rien à laisser à personne... Constat déstabilisant. L’homme se sait mortel mais sa capacité à procréer lui permet de passer outre ce fait biologique et de chercher à progresser, à s’améliorer. Sans perspective d’ascendants, il perd ce qui fonde son humanité. L’apocalypse peut alors commencer.


les fils de l'homme par Hisaux

Et après

Si certains réalisateurs ont creusé l’idée d’une apocalypse mondialisée, le Britannique Neil Marshall s’est intéressé à une fin du monde plus géolocalisée avec Doomsday (2008).

Alors que l’Ecosse est aux prises à un terrible virus, le gouvernement anglais décide de mettre en quarantaine la région. Quitte à périr, autant limiter les dégâts. Un mur séparera dorénavant l’Ecosse du reste du Royaume-Uni. Mais quand la maladie refait son apparition à Londres trente ans plus tard, un commando est dépêché au pays des kilts pour essayer d’y trouver un remède.

L’ambiance derrière le mur d’Hadrien se veut un hommage à l’univers créé par George Miller. Barbarie, obscurantisme, primitivisme (ainsi que les costumes post punks), tout fait écho à Mad Max. Mais la comparaison s’arrête là. Car le choix scénaristique de Marshall tranche avec les visions post apocalyptiques classiques.

La fin du monde qui s’abat sur les Ecossais se révèle bien vite ne pas être l’épidémie mais son traitement par les responsables politiques. La mise en quarantaine d’un pays par un autre soulève de nombreuses questions éthiques. La fin justifie-t-elle tous les moyens? Peut-on sacrifier un peuple pour en protéger un autre? Critique acerbe du cynisme contemporain, Doomsday planque sous ses oripeaux de fiction une réflexion sur l’individualisme contemporain. Peut-être la véritable cause de notre extinction potentielle.


Bande Annonce - Doomsday [Français] par her12

L’hiver de l’humanité

Les grands romans (et dieu sait que l’apocalypse a inspiré les écrivains) n’engendrent pas toujours de grands films. Le cas La Route démontre qu’il est toutefois possible d’adapter avec succès un récit formidable.

En 2009, John Hillcoat propose sa version du livre de Cormac McCarthy. Après un cataclysme naturel, un homme et son fils tentent de rejoindre à pied le sud des Etats-Unis, persuadés qu’ils pourront y reconstruire une vie. Mais la route qui doit les y mener croise d’autres survivants désespérés, des meutes de brutes anthropophages, un environnement hostile...

Sans se démarquer des classiques post apocalyptiques dans la forme (paysages dévastés, civilisation en perdition, violence...), La Route ausculte le lien affectif entre un père et son enfant, dernier vestige d’un monde disparu.

Si la civilisation s’est délitée dans une anarchie généralisée, cela n’a pas impacté cette cellule familiale. Tandis que les films post apocalyptiques ont une tendance à insister sur l’inhumanité qui grandit sur les décombres des sociétés, La Route souligne que les conditions, aussi monstrueuses soient-elles, ne conditionnent pas nos actes.

La volonté farouche de rester un homme, envers et contre tout, démontre que le pessimisme face à un désastre majeur, ne va pas de soi. Leçon de morale et d’espoir quant à la nature humaine, le film montre un monde en fin de course qui ne se départit pas de sa dignité. Une rareté dans le genre post apo.

Le black-out

Ceux qui ont lu Ravage de René Barjavel ne seront guère surpris par le pitch de la nouvelle série créée par JJ Abrams. Dans Revolution (la saison 1 est en cours de diffusion aux Etats-Unis), une panne de courant mondiale plonge la Terre dans le noir, sans moyen, apparemment de retour à la normale. La vie se réorganise alors autour de la terre, valeur refuge quand la technologie n’est plus. Un semblant de gouvernement, autoritaire et autoproclamé, gère la société.

Si la vision de ce Moyen-Age new-age n’étonne guère, les causes de ce retour à une sorte de primitivité font figure d’exception dans les diverses apocalypses cinématographiques.

L’électricité, révolution majeure du XXe siècle, a profondément changé notre rapport au monde. Avoir dompté la nuit, avoir créé un réseau de communication (téléphone, télévision, Internet) et de transport inégalé (aéronautique), voilà les grandes avancées qui nous paraissent aujourd’hui parfaitement acquises et naturelles.

Abrams nous rappelle que notre modernité n’est pas toute-puissante et qu’une simple panne peut nous replonger dans un archaïsme, tant technique que social. La technologie ne serait donc pas soumise à nos desideratas, mais bien une force qui nous gouverne et peut, sans crier gare nous conduire à notre perte.

Les mondes post apocalyptiques, ouvertement pessimistes, n’augurent rien de bon pour l’avenir de l’humanité. Pour certains, si une crise majeure survient, elle sera invariablement suivie d’une régression sociale et morale. Mais d’autres réalisateurs ont évoqué la possibilité d’un renversement de pouvoir.

Et si le dominant devenait le dominé; et si l’apocalypse ne sonnait pas le glas de notre existence mais simplement la perte de notre suprématie; et si les hommes n’étaient plus les maîtres de la Terre, qui dominerait?

Ursula Michel

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Journaliste
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