«Terminator 3» © Columbia TriStar Films
Dès ses balbutiements, le cinéma s’est intéressé au spectacle de la destruction à grande échelle. Au fil des décennies, la thématique s’est complexifiée. De la démolition matérielle tombée du ciel (la vengeance divine), on est passé à la pandémie (l’homme autodestructeur engendre sa propre fin), puis le septième art a imaginé le monde d’après, au choix, un univers post apocalyptique barbare, une nouvelle civilisation dominante non humaine ou un désert absolu excepté un unique survivant. Certains films ont même montré l’impossible, l’impensable: la fin de la Terre, sa disparition totale et définitive. Mais d’autres envisagent une passation de pouvoir entre notre espèce et une nouvelle, vouée à nous dominer jusqu’à sa propre apocalypse. Dès lors, on peut s’interroger sur qui pourrait nous remplacer. Voici donc le septième et dernier volet de notre sélection non exhaustive du cinéma de l’apocalypse.
Un des scénarios les plus communément admis voit l’avènement des machines. En 1978, à la télévision, ce sont les Cylons qui tentent d’organiser un putsch pour déboulonner l’humanité de son piédestal.
Dans Galactica (et son remake Battlestar Galactica en 2004), ces robots créés par les hommes se rebellent et mettent à sac la planète, obligeant les Terriens à quitter fissa leur Home Sweet Home.
Errant dans la galaxie à la recherche d’un nouveau lieu accueillant, les survivants sont pourchassés par les Cylons, déterminés à les exterminer. Cette vision d’une technologie maligne, désireuse de s’affranchir de son créateur, représente un motif récurrent de la littérature SF tout autant que du cinéma.
L’omniprésence contemporaine des machines et la dépendance que l’homme a développé vis-à-vis d’elles expliquent pour une bonne part la paranoïa qu’elles provoquent. L’idée que l’élève finit par dépasser le maître donne du grain à moudre à cette théorie.
Inventées et paramétrées par l’homme pour l’homme, ces machines inspirent cependant la crainte quant à leurs capacités intuitives grandissantes. De publicités qui vantent des appareils aptes à choisir à votre place la photographie à prendre, aux humanoïdes nippons, troublants de réalisme, l’intelligence artificielle est déjà partout. De là à imaginer qu’elle puisse un jour nous surpasser et chercher à nous éradiquer, il n’y a qu’un pas que le septième art se plaît à franchir.
Mais le grand penseur cinématographique de l’intelligence artificielle et de son potentiel désir d’en découdre avec l’homme se nomme James Cameron. Lorsqu’il réalise Terminator en 1984, les machines ne sont pas encore devenues omniprésentes, comme elles le sont aujourd’hui, et pourtant son film marque les esprits.
Si le monde post apocalyptique dirigé par les robots n’est qu’entrevu dans les deux premiers Terminator, il est l’enjeu narratif majeur de la franchise. L’humanité, coupable d’avoir créé un monstre technologique devenu incontrôlable, doit faire face à la volonté d’émancipation de la créature sur son créateur.
Terminator et tous les films mettant en scène une intelligence artificielle en rébellion revisite le mythe de Frankenstein. L’ère moderne introduit simplement la donnée technologique et donne une identité à la nouvelle menace qui pèse sur l’homme, à savoir la machine.
Si l’homme s’est imposé parmi les primates comme dominant son environnement, Franklin J. Schaffner, en adaptant le roman de Pierre Boulle, inverse le rapport de force dans La Planète des singes.
Dans un avenir indéterminé, la Terre est dominée par des singes. Bipèdes, civilisés (préceptes religieux, mythologie, architecture, pouvoir hiérarchique...), les primates ont asservi les hommes, devenus muets, primitifs, en un mot: animal.
Ce monde inversé bouscule nos classifications habituelles. Alors que l’humanité se suppose dominante sur toutes les autres espèces, car elle a su maîtriser et asservir la nature à ses besoins, la proposition du roman (et du film) tourneboule les idées reçues. Les dominants, quelle que soit leur puissance, n’ont pas vocation à le rester indéfiniment (la disparition des dinosaures en est une preuve flagrante).
L’apocalypse est la fin du monde des êtres humains. Relativisant notre suprématie, La Planète des singes invite le public à une certaine humilité, au cas où les oppresseurs deviendraient les opprimés.
La planète des singes (1968) - trailer par enricogay
Nettement moins crédible mais tout aussi glaçante pour notre avenir, la proposition de Michael Spierig dans Daybreakers (2009) fait froid dans le dos.
A la suite d'une pandémie, la population mondiale, dans son immense majorité, est devenue suceuse de sang. Les vampires, désormais dominants, considèrent les hommes, au mieux comme de la vermine à exterminer, au pire comme une source alimentaire. De maître du monde, ce qu’il reste de l’humanité ne représente plus qu’un garde-manger ambulant. Asservis, molestés, déconsidérés, les humains sont les figures expiatoires des péchés qu’ils ont commis du temps de leur grandeur. Retour de bâton sacrément violent pour ceux qui ont longtemps cru que leur situation de dominance était acquise.
daybreakers _ bande annonce VF par metropolitan_filmexport
D’autres exemples illustrent cette réification de l’homme (considéré comme un esclave ou de la nourriture), comme la série télévisée V qui narrait le débarquement d’aliens sur Terre. Sous couvert de discussion diplomatique entre les deux races, les êtres humains étaient enlevés et venaient grossir les réserves alimentaires des extraterrestres.
Générique de la Série 'V' 1994 M6 par BASF13
Cette vision utilitariste du corps humain reflète notre peur la plus profonde. Imaginer que notre chair peut être profanée à des fins gastronomiques se double d’un assujettissement préalable de la race humaine: élevée comme du bétail, nourrie en vue d’être ingérée, abattue à la chaîne comme un vulgaire animal. Ces choix scénaristiques replacent l’homme à son rang de mammifère et de proie potentielle, ils industrialisent notre mort, comme nous l’avons fait pour d’autres au cours de notre histoire.
Ces films post apocalyptiques qui annihilent le règne humain au profit d’une nouvelle race flirtent parfois avec une anticipation crédible ou optent pour une variation totalement farfelue, mais l’essence de leur réflexion demeure la mort annoncée de notre civilisation.
Car si le monde ne tombe pas en miette ce 21 décembre, nos sociétés, elles, disparaîtront un jour. Reste à savoir qui nous dominera le moment venu...
Ursula Michel
Dossiers : ils ont filmé la fin du monde, cinéma, cinéma de l’apocalypse, terminator, La planète des singes
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Concernant Battlestar Galactica, Les Cylons ne détruisent pas la terre, mais un ensemble de planètes, dont Caprica. Les rescapés vont déambuler dans l'espace à la recherche d'une planète mythologique appelée terre. Quand ils la trouvent, il découvrent qu'elle est peuplée par le néandertalien, un ancêtre de l'homme moderne.
Dans plusieurs épisodes de doctor who, on évoque la fin de l'humanité sur terre, ayant essaimée parmi les autres astres, et muté( la fin de l'homo sapiens sous sa forme actuelle) pour s'adapter aux nouveaux environnements et ayant oublié jusqu'à l'existence de la Terre, et sur Terre d'autres espèces intelligentes se développent les unes après les autres au cours des millions d'années qui suivent, et fondent leurs propres civilisations et essaiment à leur tour( il y en aurait eu aussi avant "l'humanité").
Il me semble que dans la machine à explorer le temps de Wells, l'humanité telle quelle a disparue et a donné place à 2 espèces, l'une industrielle et sombre se nourrissant de l'autre agricole et au soleil, une métaphore pour l'époque pour cités industrielles et campagnes.
Il existe aussi des histoires qui parlent de la disparition de l'être humain pour causes naturelles ou de guerre, et qu'il est "recréé"( à partir de brins d'adn reconstitués) par des extra-terrestres ou des machines intelligentes.
Il y a aussi une forme de fin du monde non explorée, celle de l'asservissement et où l'humanité perd sa liberté, sa destinée, comme avec le fameux film Colossus( Le Cerveau d'acier) de 1970 où une machine décide de diriger l'humanité "pour son bien".
Notons une série actuelle qui traite de ce genre, falling skies mais aussi Terra nova à sa manière, et aussi des plus anciennes comme babylon V( ou toute la terre est contaminée par un virus créé par des ennemis extra-terrestres), Red Dwarf( l'humanité a disparue à part le héros placé en cryostase pendant 3 millions d'années), Andromeda(la terre détruite par des bombes extra-terrestres), etc..
Et si on commençait à discuter des films d'animation on en sortirait pas, comme Titan AE ou les mangas japonais des fois très imaginatifs sur de futures espèces colonisant la terre.
Quand on se penche sur la fin du monde en effet la "réflexion demeure la mort annoncée de notre civilisation". Quoi de plus logique? C'est une forme de catharsis face à la peur de l'inconnu et une réflexion sur l’égocentrisme et l'anthropocentrisme. Bien malin sera celui ou celle qui prédira le devenir de notre société. Quand on sort de ce carcan qu'est la fin du monde on trouve en SF des civilisations de plusieurs millions d'années... bien entendu il y a souvent une part de cynisme et beaucoup de dystopie mais il faut replacer les auteurs dans leur contexte, Ravage a été écrit en 1943, ce qui n’empêche pas Barjavel de porter aux nues l'amour (cf L’Enchanteur la légende revisitée de Merlin écrit en 1984). Mon auteur préféré est Clifford D. Simak, un humaniste... http://fr.wikipedia.org/wiki/Au_carrefour_des_%C3%A9toiles Bonne fin du monde et à samedi.