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Ils ont filmé la fin du monde: quand le ciel nous tombe sur la tête [3/7]

Ursula Michel, mis à jour le 15.12.2012 à 14 h 09

«Independance Day» © Twentieth Century Fox France

«Independance Day» © Twentieth Century Fox France

Dès ses balbutiements, le cinéma s’est intéressé au spectacle de la destruction à grande échelle. Au fil des décennies, la thématique s’est complexifiée. De la démolition matérielle tombée du ciel (la vengeance divine), on est passé à la pandémie (l’homme autodestructeur engendre sa propre fin), puis au monde d’après (univers post apocalyptique barbare, une nouvelle civilisation dominante non humaine ou un désert absolu excepté un unique survivant). Certains films ont même mis en scène la fin de la Terre, sa disparition totale et définitive. Voici donc le troisième volet de notre sélection non exhaustive du cinéma de l’apocalypse et explosons quelques villes, spectacle tant attendu de l’apocalypse. Les Américains sont en la matière les maîtres absolus.

Il ne suffit plus de faire flamber une tour ou de renverser un paquebot pour faire frémir une salle obscure. Les éléments naturels (volcan, tornade, tsunami, tremblement de terre) ont un temps fourni un carburant scénaristique, mais le toujours plus du cinéma grand spectacle mène forcément à des films plus jusqu’auboutistes, plus excessifs, bref plus apocalyptiques. Toutefois, il serait faux de penser que ces représentations apparaissent à la fin du XXe siècle.

Dès 1933, un film s’essaie à l’exercice de destruction massive. Dans Déluge de Felix E. Feist, un cataclysme naturel s’abat sur les Etats-Unis. Un terrible tremblement de terre ébranle la Californie provoquant un formidable tsunami qui submerge New York.

Si ces images ne paraissent pas inédites, compte tenu des nombreuses visions apocalyptiques de ces dernières années, elles impressionnent dans le contexte cinématographique des années 1930. Techniquement irréprochable, le film a dû produire un effet difficilement concevable aujourd’hui.

Soixante ans plus tard, c’est encore un Américain qui se colle à l’apocalypse, mais une fois n’est pas coutume, la nature n’est pas en cause. La menace vient d’en haut, une récurrence absolue du film de fin du monde (nous y reviendrons): ce sont les aliens qui sont cette fois responsable de notre perte.

Dans Independance Day (1996), Roland Emmerich imagine une invasion extraterrestre musclée qui met à sac Los Angeles, New York et Washington, etc. Mais, choix intéressant, pour une fois la destruction s’internationalise, faisant de fait monter le film dans la catégorie apocalyptique. Tandis que la fin du monde avait jusqu’alors une certaine tendance à rester sur le territoire de l’oncle Sam, Emmerich ouvre les vannes d’une méta-destruction.

Malgré cette volonté d’ouverture, le reste du monde est un amas de clichés touristiques (Tour Eiffel, Place Rouge, Colisée...), vite énuméré, vite oublié.


Independence Day (1996) - Theatrical Trailer... par Eklecty-City

L’année suivante, la Terre est de nouveau en danger (les années 1990 étant un véritable jeu de massacre contre la pauvre planète) avec Deep Impact. Mais pas de bestioles aux manettes cette fois. Deep Impact, malgré sa piètre qualité scénaristique, fonde ce qui aujourd’hui encore demeure le fléau ultime pour éradiquer la race humaine au cinéma, à savoir les éléments déchaînés.

Mixant le désastre spectaculaire qui réduit en miette les grandes métropoles américaines tout en n'oubliant pas la mondialisation de son propos (une quasi première), le film met en scène l’ennemi apocalyptique numéro 1: le raz de marée. Le potentiel destructeur de ce cataclysme offre aux réalisateurs des images glaçantes et fascinantes. Replaçant l’homme à sa juste place face à la nature (un insecte tout au plus), la killer wave draine avec elle un imaginaire hautement religieux.

Le déchaînement des éléments est une punition divine, un châtiment venu du ciel qui peut s’incarner au choix dans une pluie de météorites, une éruption volcanique ou des tornades surpuissantes.


UN PARFUM DE FIN DU MONDE DANS " DEEP IMPACT " par BRITANNICUS

Les metteurs en scène Michael Bay et Roland Emmerich (les deux faiseurs de films apocalyptiques) filent parfaitement cette métaphore religieuse. A l’image de la société américaine, Hollywood produit un cinéma de fin du monde où Dieu existe. Que ce soit dans Armageddon, Le Jour d’après ou, à son paroxysme, 2012, l’homme expie ses péchés. Si Dieu ne s’impose jamais comme un personnage à part entière, son ombre plane à travers la soumission et la culpabilité ressenties par les héros. La notion de sacrifice (catholique par excellence) sert de point d’orgue à Armageddon (1998).


Armageddon (1998) - Official Trailer [VO-HD] par Eklecty-City

Dans Le Jour d’après, c’est un père absent qui cherche une forme de rédemption en essayant désespérément de sauver son fils. Dans 2012, c’est l’humanité menacée qui ne trouve pas mieux que de construire des arches, d’y planquer un couple de chaque espèce animale et vogue la galère quand le niveau des océans montera.

Sans doute le plus chrétien de cette triade, 2012 s’inspire directement de la prophétie maya, ne joue pas sur le symbolisme religieusement latent des actions de ses protagonistes, mais bien sur une adaptation de l’Ancien Testament. Updating de l’arche de Noé, 2012 assène systématiquement sa dévôterie, réduisant l’impact du motif apocalyptique, lui confisquant son universalité.


2012 - Bande-annonce VF par CoteCine

Un autre continent, l’Asie est gros pourvoyeur de fins du monde. Pour des raisons historiques (Hiroshima et Nagasaki) et tectoniques, le Japon est au cœur de la production apocalyptique, et cela depuis longtemps. Du Godzilla, qui saccage des villes depuis 1954 aux nombreux mangas qui traitent de la destruction nucléaire du pays (Akira, Ken le survivant entre autres), la thématique «fin du monde» est une constante dans l’art japonais. Le pays du soleil levant a même imaginé sa disparition quasi totale en 2006.

Avec Sinking of Japan, tous les ingrédients de l’apocalypse sont réunis, mais comme les Américains en leur temps, les Japonais ont une légère tendance à l’autarcie. Tandis que le cinéma hollywoodien intègre progressivement le reste du monde dans ses scénarios catastrophes, le Japon continue à produire des films nippo-japonais.

Leur identité insulaire et leur histoire récente si singulière (le seul pays à ce jour à avoir été visé par deux bombes atomiques) explique sans doute ce penchant. Et même si l’apocalypse cinématographique japonaise ne dépasse pas leurs frontières, on peut raisonnablement leur concéder une imagination sans borne pour s’auto-anéantir.

A l’ouest du Japon, le pays du matin calme est lui aussi très en phase avec les problématiques apocalyptiques et l’obsession du tsunami (The Last Day, de Je-gyun Yun). Et pour cause, la vague du siècle s’apprête à raser la Corée du sud. Son caractère monumental (on constate d’ailleurs que la taille de ces vagues ne cessent d’augmenter au fur et à mesure de l’affinement des possibilités techniques de trucage), la matérialisation de la menace (à la différence des ouragans, difficiles à concrétiser à l’écran) et son tragique réalisme (le Net fourmille de vidéos du tsunami de décembre 2004 ou plus récemment celui qui a dévasté le Japon) expliquent sans doute cet engouement incroyable.


The Last day Bande-annonce 1 par toutlecine

Ursula Michel

Article mis à jour le 15 décembre à 14 heures: une première version attribuait à tort Independance Day à Michael Bay

Ursula Michel
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