Méthodes pour surmonter le syndrome de la page blanche

Capture d'écran de l'écrivain en panne dans «Twixt», de Francis Ford Coppola / Slate.fr

Capture d'écran de l'écrivain en panne dans «Twixt», de Francis Ford Coppola / Slate.fr

Face au syndrome de la page blanche –cette angoisse de ne plus pouvoir, de ne plus savoir écrire– chaque écrivain sa technique. A l'occasion du National Novel Writing Month, le site Flavorwire en répértorie quelques-unes.

La poétesse et écrivaine Maya Angelou explique par exemple qu'elle essaie d'écrire quand même:

«Il se peut que j'écrive, deux semaines de suite "le chat s'est assis sur le tapis, c'est comme ça, c'est pas un rat". Et il se pourrait bien qu'il s'agisse des mots les plus ennuyeux et les plus laids qui soient. Mais j'essaie. Quand je suis dans une période d'écriture, j'écris quoi qu'il arrive. Et à la fin, c'est comme si une muse quelconque était convaincue de mon sérieux, et disait "D'accord, d'accord. Je viens."»

D'autres, comme Neil Gaiman, ou Hilary Mantel, préfèrent au contraire se distraire puis y revenir plus tard. Steinbeck faisait mine d'oublier les lecteurs pour prétendre n'écrire que pour sa soeur, sa mère, moins intimidantes. Mark Twain divisait l'immensité de l'écriture en petites tâches chacune abordable, petit à petit. Hemingway s'arrêtait toujours lors de passages qu'il saurait comment continuer ensuite, dont il connaissait le déroulement futur, pour ne jamais être bloqué à l'arrivée devant la page. 

Pour Ray Bradbury, le blocage est un signe. C'est que vous êtes en train d'écrire quelque chose de mauvais et que votre sympathique inconscient vous dit que ce n'est pas la peine de vous enfoncer.

«Vous êtes prévenu, n'est-ce pas? Votre inconscient vous dit "je ne t'aime plus. Tu écris des choses dont je me fous complètement". C'est que vous êtes alors dans l'idéologie, la bonne conscience sociale. Vous écrivez des choses qui vont faire du bien au reste du monde. Mais au diable le reste du monde! Je n'écris pas pour faire du bien au reste du monde. Si par hasard ça lui en fait, chouette. Mais ce n'est pas mon but. Mon but, c'est de m'éclater un maximum.

(...) Mettez-vous à écrire ce soir en vous demandant ‘"Est-ce que je m'éclate?" Et si vous avez le syndrome de la page blanche, vous pouvez le guérir en un instant: en arrêtant ce que vous êtes en train de faire et en faisant autre chose. C'est parce que vous avez choisi le mauvais sujet»

Dans son roman La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert, (qui figure parmi les quatre finalistes pour le Goncourt) Joël Dicker aborde en long et en large le syndrome de la page blanche. Le narrateur est un jeune écrivain new-yorkais que le succès de son premier roman empêche d'en écrire un deuxième: «L'inspiration s'en était allée sans crier gare», écrit Dicker. (Si, il est vraiment sélectionné pour le Goncourt. Il a même déjà reçu le Grand Prix du Roman de l'Académie française).

Tout le roman de Joël Dicker raconte les tentatives du héros d'écrire ce second roman et son déblocage progressif. Il s'y met finalement quand son meilleur ami est accusé d'un meurtre. Cet ami en question, son mentor en littérature, lui déclare:

«Vous vous êtes mis à écrire parce que vous deviez écrire un livre et non pas pour donner du sens à votre vie? Faire pour faire n'a jamais eu de sens: il n'y avait donc rien d'étonnant à ce que vous ayez été incapable d'écrire la moindre ligne. Le don de l'écriture est un don non pas parce que vous écrivez correctement, mais parce que vous pouvez donner du sens à votre vie. (...) Les écrivains vivent plus intensément que les autres, je crois. N'écrivez pas au nom de notre amitié, Marcus. Ecrivez parce que c'est le seul moyen pour vous de faire de cette minuscule chose insignifiante qu'on appelle vie une expérience valable et gratifiante.»*

Selon Joël Dicker, (ou son personnage) contre la page blanche, un remède donc: trouver un sens ontologique à l'écriture. Ou bien se choisir un meurtrier pour meilleur pote.

C.P.

*Ceci est du premier degré. Tout le roman est plein de réfléxions profondes sur la vie et la mort et l'écriture. Un bonus: «Parce qu'écrire a donné du sens à ma vie. Au cas où vous ne l'auriez pas encore remarqué, la vie, d'une manière générale, n'a pas de sens. (...) Etre écrivain, c'est être vivant.»