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Petit guide pour insulter les gens de manière intelligente

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 03.09.2012 à 19 h 09

Déjection canine, par zigazou76

Déjection canine, par zigazou76

Vous traitez encore vos enfants (ou plutôt les enfants des autres) de petits merdeux? Et dire qu'il y a d'autres mots tellement plus riches pour vous soulager –sans vous faire insulter en retour puisque votre interlocuteur, très probablement, ne comprendra pas ce que vous lui dites. Vous pourriez par exemple traiter les enfants des autres (les enfants des autres sont souvent pénibles) de:

  • petits bréneux: «le bréneux est l'équivalent ancien du merdeux, littéralement comme métaphoriquement»
  • petites fientes: «excrément de l'oiseau. Donc une petite insulte assez pratique à utiliser comme variante à "petite crotte"»
  • petites carnes: «personnage malfaisant. Littéralement une carne est une carcasse d'animal mort, dont la viande adhère encore aux os»

Marc Lemonier livre toutes ces explications (sans spécifier sur qui on peut les utiliser) dans son Dictionnaire des Gros Mots paru chez Balland, dans la collection des dictionnaires qui avait vu se succéder les Dictionnaire des mots du sexe et autres Dictionnaire des mots des Flics et des voyous.

Le lecteur apprendra sans doute moins de mots dans ce dictionnaire que dans d'autres de la collection (se succèdent beaucoup de galopins, connards, guignols et gugusses) mais à le feuilleter et refeuilleter, il remarquera à quel point les insultes reflètent la richesse de la bêtise humaine. Sa profonde misogynie par exemple: pour g seulement, on rencontrera des garage à bites, garce, gourgandine, greluche, grognasse –insultes toutes appliquées aux femmes et à leur supposé libertinage excessif, dont les équivalents masculins n'apparaissent pas.

On pourra aussi assister à un ballet verbal d'homophobie, des gestapettes («homosexuels pronazis») aux fiottes («hommes efféminés»). L'auteur n'a pas labellisé «folle» comme injure homophobe en revanche. Mais feuj oui, allez comprendre*. Les injures racistes (des bridés aux espingouins et aux ritals) ont aussi une bonne place.

L'ennuyeux étant que ce dictionnaire a largement été conçu, précise la postface, grâce aux sites Internet, blogs et forums. Pour mieux éditorialiser le Net, il faudra éradiquer ce type d'insultes. Vous n'aurez qu'à traiter les gens de scrogneugneu («altération burlesque de "sacré nom de Dieu!"»). Ma mère, qui est quelqu'un de fort élégant, le fait. Parce qu'il n'y a pas que les enfants des autres qui sont des petits bréneux.

Charlotte Pudlowski

Verlan du mot juif, injure éventuellement raciste. Car tout est affaire de contexte», précise Marc Lemonier. Mais enfin si on me disait que je ne suis qu'une sale Charlotte, je ne me dirais pas que Charlotte est une insulte. Ni même si on me traitait de Lottechar! Retour

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (741 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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