Culture

«Moi, député», le film dont la campagne américaine n'avait pas vraiment besoin

Temps de lecture : 2 min

Ou quand des petits malins californiens traînent dans la boue les culs terreux de Caroline du Nord (et du Sud).

Will Ferrell (et la projection de l'image de Zach Galifinakis) dans «Moi, député»
Will Ferrell (et la projection de l'image de Zach Galifinakis) dans «Moi, député»

Moi, député est anodin, parfois drôle, et assez inquiétant. Unique effort d’Hollywood pour accompagner les prochaines élections, le film met aux prises dans une circonscription de Caroline du Nord le représentant démocrate campé par Will Ferrell et un candidat républicain joué par Zach Galifinakis.

Le premier est nul et malhonnête, un grossier crétin. Le deuxième est pire. Il a été choisi par des frères milliardaires, transparentes transposition des frères Koch qui, aux Etats-Unis, financent l’extrême droite depuis 50 ans.

Les frères Motch veulent contrôler cette circonscription pour la vendre aux Chinois afin de pouvoir les surexploiter sur place, sans avoir à payer les coûts de transport des produits transformés.

Dénoncer la version étatsunienne de la démocratie

Moi, député dénonce certains travers de la version étatsunienne de la démocratie, l’omnipotence des lobbies, le pouvoir de l’argent, le recours racoleur à la religion, le mélange entre vie publique et vie privée exhibée par tous les médias, et dans l’ensemble un degré de bassesse et de vulgarité consternant.

Il le fait avec une incontestable énergie, servi par une équipe de gagmans pilotés par le réalisateur, notamment signataire des Austin Power, et les scénaristes-producteurs Adam McKay, Chris Henchy et Shawn Harwell.

L’importance des acteurs

On peut soupçonner les deux acteurs principaux, et leurs comparses Dylan McDermoot, John Lightgow et Dan Ackroyd, tous farceurs chevronnés, d’avoir apporté une substantielle contribution.

Talents comiques officiant surtout à la télévision, ces plaisants personnages auraient d’emblée accepté l’idée que leur film serait étiqueté «interdit aux mineurs non accompagnés» (PG17) pour s’en donner à cœur joie dans la représentation des excès, verbaux et en actes. Ils ne manquent pas de verve, comme en témoigne aussi une bande annonce qui a le mérite d’utiliser en grande partie des scènes qui ne figurent pas dans le film.

Un film inquiétant

Moi, député est un film inquiétant en ce qu’il repose sur l’idée acquise d’une pourriture irréversible du système, sans aucune différence entre Démocrates et Républicains, dont il ne resterait qu’à rire entre gens blasés.

Le thème récurrent du «coup de balai», vieille antienne des populistes de tout poil (mais surtout au poil brun) est d’ailleurs entonné par celui des deux qui se révélera porteur de valeurs saines. Un personnage dont personne ne fait même semblant de croire qu’il représente quelqu’un de présent dans le jeu électoral.

Une fin antipathique

De pure convention, l’ultime retournement réussit l’antipathique exploit de se moquer encore de ce à quoi pourrait ressembler une candidature honorable, tout en rassurant tout le monde avec un happy end bidon.

Surtout, cette fin n’effacera pas le malaise de voir trainés dans la boue par des petits malins californiens les bouseux de Caroline du Nord (et du Sud).

Alors que l’actuelle campagne électorale aux Etats Unis semble déjà bien assez caricaturale et travaillée des pires pulsions obscurantistes, le cinéma ne gagne pas à grand chose à chercher à surenchérir encore sur des gens qui, pour raison de sécurité, ont interdit les parapluies mais pas les armes à feu aux abords de la convention républicaine de Tampa.

Jean-Michel Frodon

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Jean-Michel Frodon Critique de cinéma

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