Vous connaissez Hermione Granger, Philip Marlowe,
le Comte Dracula? Eh bien, ils auraient pu ne pas s’appeler comme ça du tout. Le
site Mental Floss liste dix-sept
personnages de la littérature
qui ont failli porter un autre nom.
Hermione par
exemple, fidèle amie d’Harry Potter dans la saga de J.K. Rowling, avait
pour premier prénom Puckle. Ce qui «ne
lui allait pas du tout» selon l’auteure, qui a rapidement cherché quelque
chose «de moins frivole». Le fameux
Philip Marlowe de Raymond Chandler, lui, a failli s’appeler Philip Malory, en hommage à l’auteur britannique Sir
Thomas Malory. C’est grâce à l’épouse de Chandler, qui suggéra Marlowe, que le
détective obtint son nom final.
Dracula enfin était
d’abord le comte Wampyr avant que Bram Stoker ne découvre, dans ses recherches,
l’existence d’un certain Vlad III, Vlad Tepes, voïvode
roumain et prince de Valachie, en Roumanie au Moyen Age. Le père de Vlad III –Vlad II – était
surnommé Vlad Dracul (mot dérivé du mot dragon en valaque) car il était membre
de l'Ordre du Dragon. Dracul signifiant également diable
en roumain, vous imaginez comme le nom était pratique pour forger un personnage
buveur de sang.
D’ailleurs, ni Dracula ni Hermione ni
Marlowe n’auraient peut-être eu le succès ou la personnalité qu’on
leur connaît sans leur nom, vue l’importance de l’onomastique en littérature.
Les personnages ne prennent vie qu’une
fois nommés –d’où les propos de Flaubert, qui déclarait à Taine, au début des
années 1860, qu'il ne pouvait encore écrire son grand roman, parce qu’il
n’avait pas encore trouvé les noms de ses personnages.
Pour Roland
Barthes, qui avait consacré un article à l’onomastique dans la Recherche (Proust
et les noms, 1967) «l’événement
(poétique) qui a “lancé” la Recherche,
c’est la découverte des Noms». Le nom propre est un signe expliquait le
sémiologue «et non bien entendu, un
simple indice qui désignerait sans signifier, comme le veut la tradition
courante, de Peirce à Russell. Comme signe, le Nom propre s’offre à une
exploration, à un déchiffrement».
La plupart des
grands auteurs se sont donnés un mal de chien –comme le rappelait Jean
Pommier dans son article Comment Balzac a nommé ses
personnages. Aujourd’hui,
il existe des moyens plus simples, comme des générateurs de noms de
personnages.
Mais vous ferez attention à ne pas choisir «Bertram
Brathpit» pour un chauffeur routier de la Creuse ou «Sheila Yewnmonk» pour
une princesse italienne. Quand on écrit un roman réaliste, il faut «faire gaffe à la véracité», explique
François Bégaudeau dans son Anti-manuel de littérature.
«Par exemple:
“Imbibé de bière chaude, Eugène de
Rastignac commença à peloter Madame de Nucingen derrière le comptoir du PMU où
Dominique de Villepin enregistrait son quarté”, ça ne marche pas. En revanche,
on trouve tout à fait crédible que les Thibault de Roger Martin du Gard
s’appellent les Thibault. Enfin moi je trouve ça crédible.»
Mais Bégaudeau
autorise aussi «la fantaisie pure»
à la Queneau ou «autre stratégie
possible, la référence littéraire, l’écho à l’œuvre littéraire d’un écrivain
qui s’en fout pas mal puisque mort». (Ne prenez pas les personnages de
Bégaudeau: il n’est pas mort).
Enfin, quoi que
vous choisissiez, vous ferez gaffe, puisque comme le grand Gustave l’assénait dans une
lettre sur l’Education Sentimentale:
«Un nom propre est une chose
extrêmement importante dans un roman, une chose capitale.»
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