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Comment nommer un personnage littéraire?

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 07.08.2013 à 12 h 00

Hermione Granger par Mahammad Guliyev via Wikimédia LicenseCC by

Hermione Granger par Mahammad Guliyev via Wikimédia LicenseCC by

Vous connaissez Hermione Granger, Philip Marlowe, le Comte Dracula? Eh bien, ils auraient pu ne pas s’appeler comme ça du tout. Le site Mental Floss liste dix-sept personnages de la littérature qui ont failli porter un autre nom.

Hermione par exemple, fidèle amie d’Harry Potter dans la saga de J.K. Rowling, avait pour premier prénom Puckle. Ce qui «ne lui allait pas du tout» selon l’auteure, qui a rapidement cherché quelque chose «de moins frivole». Le fameux Philip Marlowe de Raymond Chandler, lui, a failli s’appeler Philip Malory, en hommage à l’auteur britannique Sir Thomas Malory. C’est grâce à l’épouse de Chandler, qui suggéra Marlowe, que le détective obtint son nom final.

Dracula enfin était d’abord le comte Wampyr avant que Bram Stoker ne découvre, dans ses recherches, l’existence d’un certain Vlad III, Vlad Tepes, voïvode roumain et prince de Valachie, en Roumanie au Moyen Age.  Le père de Vlad III –Vlad II – était surnommé Vlad Dracul (mot dérivé du mot dragon en valaque) car il était membre de l'Ordre du Dragon. Dracul signifiant également diable en roumain, vous imaginez comme le nom était pratique pour forger un personnage buveur de sang.

D’ailleurs, ni Dracula ni Hermione ni Marlowe n’auraient peut-être eu le succès ou la personnalité qu’on leur connaît sans leur nom, vue l’importance de l’onomastique en littérature.

Les personnages ne prennent vie qu’une fois nommés –d’où les propos de Flaubert, qui déclarait à Taine, au début des années 1860, qu'il ne pouvait encore écrire son grand roman, parce qu’il n’avait pas encore trouvé les noms de ses personnages.

Pour Roland Barthes, qui avait consacré un article à l’onomastique dans la Recherche (Proust et les noms, 1967) «l’événement (poétique) qui a “lancé” la Recherche, c’est la découverte des Noms». Le nom propre est un signe expliquait le sémiologue «et non bien entendu, un simple indice qui désignerait sans signifier, comme le veut la tradition courante, de Peirce à Russell. Comme signe, le Nom propre s’offre à une exploration, à un déchiffrement».

La plupart des grands auteurs se sont donnés un mal de chien –comme le rappelait Jean Pommier dans son article Comment Balzac a nommé ses personnages. Aujourd’hui, il existe des moyens plus simples, comme des générateurs de noms de personnages.

Mais vous ferez attention à ne pas choisir «Bertram Brathpit» pour un chauffeur routier de la Creuse ou «Sheila Yewnmonk» pour une princesse italienne. Quand on écrit un roman réaliste, il faut «faire gaffe à la véracité», explique François Bégaudeau dans son Anti-manuel de littérature.

«Par exemple: “Imbibé de bière chaude, Eugène de Rastignac commença à peloter Madame de Nucingen derrière le comptoir du PMU où Dominique de Villepin enregistrait son quarté”, ça ne marche pas. En revanche, on trouve tout à fait crédible que les Thibault de Roger Martin du Gard s’appellent les Thibault. Enfin moi je trouve ça crédible.»

Mais Bégaudeau autorise aussi «la fantaisie pure» à la Queneau ou «autre stratégie possible, la référence littéraire, l’écho à l’œuvre littéraire d’un écrivain qui s’en fout pas mal puisque mort». (Ne prenez pas les personnages de Bégaudeau: il n’est pas mort).

Enfin, quoi que vous choisissiez, vous ferez gaffe, puisque comme le grand Gustave l’assénait dans une lettre sur l’Education Sentimentale:

«Un nom propre est une chose extrêmement importante dans un roman, une chose capitale.»

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (740 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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