Culture

Robert Sabatier ou le souvenir d'enfance

Temps de lecture : 2 min

Le créateur d'Olivier, l'orphelin de Montmartre, est mort ce jeudi à 88 ans.

Robert Sabatier le 30 janvier 1995. REUTERS/Charles Platiau
Robert Sabatier le 30 janvier 1995. REUTERS/Charles Platiau

Robert Sabatier, écrivain, poète, doyen de l'Académie Goncourt, est mort. Sa famille l'a annoncé jeudi au Figaro.

Sabatier avait 88 ans, mais il était né deux fois.

Une première fois le 17 août 1923 à Paris. Orphelin à l'âge de 12 ans, d'abord de père puis de sa mère, qu'il adorait, Sabatier était parti apprendre le métier de typographe en Haute-Loire. Et puis il était rentré à Paris, avait peu à peu fait son trou dans le monde de la littérature, publiant des poèmes, des romans, devenant bientôt directeur littéraire chez Albin Michel. Et plus tard: invité récurrent des Grosses têtes sur RTL.

Robert-Olivier

En 1969, il naît une deuxième fois, sous le nom d'Olivier, héros des Allumettes suédoises. Doté du même prénom que le célèbre orphelin de Dickens, le petit Olivier est un Robert de papier et de mots. En 1970, dans une interview, Sabatier l'évoque ainsi:

«C'est tout à fait moi, c'est tout à fait mon enfance que j'ai racontée très simplement, de façon autobiographique.»

De roman, Les Allumettes Suédoises deviendra saga, et un immense succès populaire. Trois millions d'exemplaires vendus: l'équivalent, en chiffres, d'Et si c'était vrai de Marc Lévy. Pour un livre qui était arrivé deuxième aux prix Goncourt, Femina et Interallié.

Sabatier assurait:

«Si on m'avait dit qu'un de mes livres de poèmes tirerait à un million d'exemplaires, j'aurais été ravi. On doit en être à deux cents exemplaires... D'autre part, j'ai un de mes livres, Les années secrètes de la vie d'un homme, que je trouve supérieur. Mais Les Allumettes suédoises, c'est beaucoup plus facile, plus public.»
C'était facile, c'était du roman populaire, mais c'était du formidable roman populaire. Pas du Marc Lévy. Il y avait dans Les Allumettes suédoises de quoi séduire n'importe quel enfant. Ceux qui étaient de la génération de Sabatier, et qui retrouvaient dans les descriptions du Paris populaire, de Montmartre et ses personnages, ceux qu'ils avaient connus.

Mais ceux aussi des générations futures.

J'ai découvert Les Allumettes Suédoises grâce à l'adaptation télévisée. C'était en 95, je n'avais pas dix ans, et le Montmartre de Sabatier avait des airs de carte postale surannée. Le feuilleton en trois parties, réalisé par Jacques Ertaud, vous arrachait les larmes plus efficacement que la mort du Dr Green dans Urgences. La seule fois où j'ai davantage pleuré devant une télé c'est en regardant L'Incompris.

Et ma mère m'a acheté les livres. Les personnages étaient des fantômes qui n'existaient déjà même plus dans les récits parentaux, désuets.

Mais Olivier était un gamin de toutes les époques. C'était un gamin qui souffrait —les enfants croient toujours souffrir. Lui était vraiment mal aimé, ballotté de famille en famille, délaissé, abandonné. Mais la plupart des enfants, même quand ils n'ont rien d'Oliver Twist parisiens, se sentent à un moment donné mal aimés et abandonnés. Olivier cumulait. Mais pas comme le Rémi Sans Famille d'Hector Malot qui avait été trouvé, vendu, paumé. Pas comme Twist élevé dans un orphelinat et grandissant parmi les voyous.

Olivier était un gamin normal, sur la tête duquelle le monde s'était effondré. Olivier était comme son lecteur —ses quelques millions de lecteurs.

C.P.

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