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Le complot Kiarostami-Frémaux-Disney

Titiou Lecoq, mis à jour le 26.05.2012 à 22 h 57

Abbas Kiarostami et Rin Takanashi lors de la conférence de presse à Cannes de «Like Someone in Love», le 21 mai. REUTERS/Vincent Kessler

Abbas Kiarostami et Rin Takanashi lors de la conférence de presse à Cannes de «Like Someone in Love», le 21 mai. REUTERS/Vincent Kessler

Like someone in love d’Abbas Kiarostami – palme d’or en 1997 pour le Goût de la cerise.

Résumé officiel: «Un vieil homme et une jeune femme se rencontrent à Tokyo. Elle ne sait rien de lui, lui croit la connaître. Il lui ouvre sa maison, elle lui propose son corps. Mais rien de ce qui se tisse entre eux l’espace de 24h ne tient aux circonstances de leur rencontre».

Vous n’avez rien compris ? Normal. J’imaginais que ce résumé était volontairement abscons pour ne rien déflorer de l’intrigue. Sauf qu’après avoir vu le film, je ne comprends toujours pas ce résumé. Ni l’intrigue d’ailleurs. D’où le vieux pense-t-il connaître la jeune femme? Aucune idée. Pourquoi il la contacte? Aucune idée. Quel est leur lien? Aucune idée. En langage de critique classique on dirait que «ce film sait déjouer toutes les attentes dramaturgiques».

Mais Kiarostami oblige c’est magistralement filmé. Pas du genre tape à l’œil. Il crée des images, des scènes fascinantes. Le début du film est parfait, on nous fait comprendre les enjeux de façon subtile, Rin Takanashi est à la fois belle, fragile et lâche.

abbas

Et puis, au bout d’un moment, on commence à patiner. Pendant que le vieil homme sort une assiette pour se servir sa soupe de crevettes, je me suis rappelé que Ioudgine, ma consœur d’Arte, m’avait dit la veille que les bouilloires en plastique seraient cancérigènes et que dans le doute il vaut mieux en acheter une en inox. Le problème c’est que je ne vois pas trop quand j’aurai le temps d’en acheter une. Sauf si j’en trouve au Monop’ à côté de chez moi, dans ce cas je peux y passer après le médecin. Ah, tiens, le vieux monsieur a fini de manger sa soupe de crevettes, il va répondre au téléphone. Quand j’en suis à faire la liste de mes courses, ça n’est pas très bon signe. 

Au final, Like someone in love est un film somme toute charmant dont je n’aurai sans doute qu’un très vague souvenir dans quelques mois.

En sortant de la projection, je me suis demandé s’il n’y avait pas quelque chose de pourri au festival de Cannes. Je ne sais foutrement pas comment Thierry Frémaux a fait sa sélection cette année mais il faut arrêter de postuler qu’un film chiant et/ou dépressif et/ou sans scénario est forcément un chef d’œuvre.

Si les patrons du festival avaient voulu nous dégoûter à tout jamais de la catégorie «films d’auteur», ils ne s’y seraient pas pris autrement. Des films verbeux malgré leur absence de dialogue, des longueurs qui feraient passer une piscine olympique pour une baignoire.

De là à penser qu’il s’agit en réalité d’un complot du cinéma hollywoodien pour anéantir à jamais chez les spectateurs toute velléité d’aller voir autre chose que Pirates des Caraïbes 10, il n’y a qu’un pas. J’attends que Mediapart nous sorte une note secrète mettant en évidence une collusion entre Thierry Frémaux et Walt Disney Imagineering.

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