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Le CNC, modèle de hollandisme?

Jean-Michel Frodon, mis à jour le 23.05.2012 à 18 h 28

Aurélie Filippetti monte les marches de Cannes le 21 mai 2012. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Aurélie Filippetti monte les marches de Cannes le 21 mai 2012. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

La présentation du bilan annuel du cinéma français durant le Festival de Cannes est un rituel bien établi, qui aurait pu donner lieu à un exercice d’autocongratulation particulièrement convenu, compte tenu des résultats en 2011 –résultats par ailleurs moins idylliques que ce que professionnels et responsables se plaisent à le laisser croire.

Mais l’exercice a été renouvelé, grâce à l’élection de François Hollande, et à la venue à Cannes de la nouvelle ministre de la Culture et de la communication, Aurélie Filippetti. Ce matin du 22 mai était celui de sa première rencontre publique avec les corps constitués du cinéma. Son discours, s’il ne traduisait pas une grande aisance à haranguer les foules, s’est surtout caractérisé par la formulation appuyée de quelques points essentiels, qui étaient exactement ceux qu’il importait de souligner à ce moment.

C’est ainsi que la ministre a dit et redit qu’elle est une femme politique, et que c’est bien à ce titre –et non comme caution jeune et féminine ni au titre de son œuvre littéraire– qu’elle entend tenir sa place au gouvernement. Corollaire de cette affirmation, la place hautement revendiquée de l’action politique, déclaration d’autant plus précieuse que la totale absence d’action politique aura été la regrettable caractéristique du ministère précédent, sous la direction d’un homme aux qualités nombreuses qui n’était pas du tout, lui, un homme politique.

Et de la politique, c’est précisément ce qui est nécessaire lorsque les pesanteurs extrêmes des logiques économiques aggravées des habiletés à courte vue des effets d’annonce menacent de défaire la longue œuvre de l’action publique dans le domaine des arts et de la culture.

Autre maître mot du discours ministériel: «l’intérêt commun». Dans un milieu où les corporatismes sont redoutablement organisés, il est très nécessaire d’afficher cet horizon, en attendant de vérifier que c’est bien vers lui qu’on cheminera.

Enfin, le discours d’Aurélie Filipetti aura, dans le droit fil de la doxa hollandiste, martelé l’importance de la concertation, et assuré les présents qu’ils seront associés aux réformes à venir.

La ministre a pris la parole après l’intervention du président du CNC, Eric Garandeau. Celui-ci est passé rapidement sur le bilan global, bien connu de l’auditoire cannois, pour insister sur les affrontements qui attendent son administration. Ils concernent essentiellement des attaques venues de Bruxelles, où règne une idéologie ultralibérale pourfendue sabre au clair par le patron du CNC.

Mais il s’en est également pris aux dérives mercantiles et technocratiques (RGPP comprise) qui menacent en France même, pour proclamer la prééminence des créateurs dans la politique qu’il lui revient de coordonner. Qui s’étonnerait d’un tel discours de la part d’un dirigeant issu de l’environnement sarkozyste méconnaîtrait la puissance de séduction et de conviction qui peut naître dans l’exercice de l’action publique dans le domaine du cinéma. Pratiquement tous ceux qui ont affaire à lui depuis son entrée en fonction reconnaissent à Eric Garandeau un engagement sans réserve aux côtés des intérêts du cinéma, qui transcende sans équivoque les clivages partisans, mais qui s’est exprimé avec une netteté nouvelle dans ce nouveau contexte.

C’est aussi, et la ministre comme le président du Centre l’auront l’un et l’autre suggéré, que les processus d’expertise, de décisions et de suivi se font au CNC selon un modèle de concertation entre fonctionnaires, acteurs privés et émanations de l’ensemble des secteurs –culturels, syndicaux, etc.– concernés qui n’a aucun autre exemple dans l’administration française. Et voici qu’on songeait soudain que le fonctionnement de ce Centre national du cinéma et de l’image animée ressemble d’assez près au modèle promu par le nouveau président de la République en termes de concertation et de contrôle partagé.      

J.-M. F.

Jean-Michel Frodon
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Critique de cinéma
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