Boire & manger

La courge au tahini noir, pour arrêter d'en broyer

Temps de lecture : 2 min

Un plat automno-oriental pour se consoler du couvre-feu et des jours pâteux.

Courge orange et noire. | Tommaso Melilli
Courge orange et noire. | Tommaso Melilli

Ces dernières semaines, pendant que la deuxième vague du virus commençait à se manifester un peu partout en Europe, j'ai beaucoup pensé à combien cette époque rapide et imprévisible montre la caducité de nos opinions et de nos petites pensées sur ce qui nous arrive.

Les élans d'optimisme, les «tout reviendra comme avant», les courts moments où l'on espère que le virus est devenu plus faible et moins agressif, qui sont vite remplacés par un petit mal à la gorge qui nous fait paniquer pendant deux jours, les concessions minuscules que l'on prête au négationniste qui se cache au fond de nous, la fatigue et la peur d'être à nouveau enfermé·es quelque part… En général, les sentiments qui essayent de prendre la forme d'une position politique approximative. Mais je pensais aussi à plein de choses qu'on a estimé importantes et que, aujourd'hui, nous avons complètement oubliées.

Par exemple: vous vous rappelez de quand on parlait, tout le temps, toutes et tous de la série Orange is the New Black? Je me suis rendu compte avec un certain effroi que la septième et ultime saison de cette série est sortie seulement en août de l'année dernière, alors que dans ma perception cela appartenait à un temps où j'arrivais à peine à me faire pousser les moustaches.

On pourrait trouver plein d'exemples, mais celui-là est particulièrement pertinent parce que le titre de cette série a produit dans la culture du web une litanie interminable de mèmes et de reprises, basées précisément sur l'idée qu'une chose à la mode est destinée à être remplacé par une nouvelle.

La teneur de ces réflexions est très probablement due au fait que je vais avoir 30 ans dans deux semaines, et donc je deviens un peu vieux con –j'espère que ça va passer, ça aussi.

Entre-temps, pour conjurer une nouvelle ère de réclusion, je me suis dit qu'on pourrait cuisiner un plat un peu orange et un peu noir.

Le tahini noir est fait exactement comme le tahini blanc: c'est une pâte de sésame torréfié et moulu, dans ce cas faite avec des graines de sésame noir. Il en existe aussi une version palestinienne faite avec des graines de nigelle, qui s'appelle qizḥa. Elle est très rare mais incroyable.

La pâte de sésame noir se trouve dans toutes les bonnes épiceries orientales et souvent dans les boutiques bio (en revanche, celle qu'on trouve dans ces dernières est souvent pas terrible). Elle se travaille de la même manière que la classique, et a un goût plus intense et fruité, avec des notes de fruits bleu et de chocolat noir. L'association des olives noires avec de la courge est un secret bien gardé que je partage volontiers dans ces temps fragiles.

Courge orange et noire

Pour 4 personnes, en entrée

  • 1 courge d'Hokkaidō (ou potimarron, ou courge Delica)
  • 4 cuillères à soupe d'huile d'olive
  • 4 cuillères à soupe de tahini noir
  • Le jus d'un demi citron
  • 5 cuillères à soupe d'olives noires
  • Sel non raffiné

Chauffez le four à 180°C. Coupez la courge à moitié, videz-la des pépins et de la mousse qui les entoure et détaillez des quartiers de 2 centimètres d'épaisseur. Massez chaque morceau de courge, notamment sur la peau (ça aide à la rendre croustillante et agréable à manger). Posez les morceaux de courge sur un plat qui convient pour le four, un zig-zag d'huile d'olive, puis enfournez pendant 20 minutes.

Entre-temps, préparez la sauce au sésame. Mélangez la pâte dans son bocal avec une cuillère, pour amalgamer l'huile et la partie solide. Puis, dans un bol, posez trois cuillères de pâte de sésame noir, une pincée de sel, un demi verre d'eau et la moitié du jus de citron. Mélangez: vous allez remarquer que la pâte, contrairement à ce qu'on pourrait attendre, ne se détend pas mais elle durcit. Ce serait trop long d'expliquer pourquoi: rajoutez encore de l'eau froide petit à petit, tout en mélangeant, jusqu'à atteindre atteindre la texture d'un fromage blanc. Goutez et rectifiez en sel et jus de citron si nécessaire.

Sortez la courge du four, laissez refroidir quelques minutes (ou entièrement), puis servez avec les olives et en nappant de sauce.

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