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Conquête de la Lune: et si Google avait existé...

À quoi aurait ressemblé le 20 juillet 1969 à l'heure d'Internet?

Date: 
Monday 20 July 2009
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Ce 20 juillet 2009, à 9h56 minutes et 20 secondes, heure de Houston, le premier homme a marché sur la Lune. Un immense succès technologique pour la Nasa. Et un immense succès médiatique pour GoogleSpace.

Depuis deux ans, la filiale «non-profit» du géant de l'internet gère la diffusion des images et des données collectées lors des activités orbitales et extra-orbitales de l'agence spatiale. L'atterrissage sur la Lune et les premiers pas des deux astronautes étaient donc un enjeu de taille pour GoogleSpace. Celle-ci avait mis le paquet: pratiquement le quart des ses un million et demi de serveurs répartis dans le monde avait été mobilisés pour l'événement. C'est sans doute ce qui a permis au réseau de Google de tenir là où d'autres se sont écroulés. Selon des statistiques encore incomplètes, les sites de GoogleSpace ont dépassé le milliard de visiteurs uniques dans les douze heures qui ont suivi l'alunissage du module Eagle.

Les plus regardés ont naturellement été les flux vidéos en provenance de la Lune. Les dernières minutes de l'alunissage ont pu être suivies en direct grâce à des caméras haute définition installées sur le module lunaire, mais aussi au sol, puisque la Nasa avait réactivité les «vielles» camera HD installées sur la sonde Surveyor IV lancée il y a deux ans et qui se trouvait donc à moins de 200 mètres du point d'alunissage sur la Mer de la Tranquillité. On se souvient que la Nasa avait eu toutes les peines du monde à mettre à jour le Firmware (le logiciel embarqué) de la camera Sony qui devait filmer ces images historiques.

Une fois au bas de l'échelle du LEM (Lunar Excursion Module), Neil Armstrong a pu offrir au monde entier les images de ses premiers pas grâce une camera HD fabriquée par Red Digital Cinema et baptisée RedMoon. Pour les geeks, la RedMoon était dérivée du modèle EPIC FF 35 de la marque américaine. Collectant 30 fois par seconde des images d'une résolution de 24 millions de pixels, cette caméra positionnée à hauteur de poitrine sur l'astraonaute a donc eu une double utilité: d'une part diffuser de la télévision en haute définition pour les télés du monde entier (10.000 chaînes dans le monde ont relayé le signal vidéo), mais la qualité était suffisante pour extraire des images fixes à destination des médias et du public (via Flickr), que sélectionnaient quelques dizaines d'éditeurs photos détachés à Houston par Getty Images.

Comme beaucoup d'équipement spatial, la RedMoon était activée à la voix; Armstrong pouvait commander l'apparition sur l'intérieur de sa visière d'un Head-up Display (écran à tête haute), lui donnant le cadrage approximatif  de la RedMoon, qu'il ajustait d'une simple commande vocale «zoom-in» ou «zoom-out». C'est ce qui a donné les images exceptionnelles de ces dernières heures, sublimes malgré les écarts de lumières colossaux d'un paysage lunaire dépourvu d'atmosphère.

La Lune? Il y a une application pour ça!

Plus surprenant a été l'appétit des internautes pour les données télémétriques en provenance de la Lune. Il y a tout juste un an, Apple avait lancé son concours mondial de l'Iphone MoonApp qui récompenserait la meilleure façon de restituer les flots de données que la Nasa avait consenti à mettre à la disposition du public. (Il avait fallu l'insistance de Vivek Kundra le Chief Technology Officer de l'administration Obama pour que l'agence spatiale accepte d'ouvrir au public ses flux — lire dans Wired le récit de la mise en place du programme Data.gov).

Parmi toutes les applications d'iPhone, l'Astronaut Vital Monitoring a rencontré le plus grand succès. Téléchargée 9 millions de fois en trois mois, elle a permis de suivre en temps réel le rythme cardiaque de Neil Armstrong, sa pression sanguine, et le taux d'acidité sa peau, l'ensemble traduisant le niveau de stress de l'astronaute (c'est semble-il au moment de la descente du module lunaire alors que la jauge de carburant flirtait avec le zéro que la tension a été à son comble). Habitués à une grande transparence, les astronautes ont quand même dû se faire violence pour accepter de voir toutes leurs paramètres corporels mis à la disposition du monde entier (Apple a quand même retoqué une application basée sur le flux des données du système rénal des astronautes et finement baptisé Miction Control).

Plus esthétiques et très prisées ont été les cartographies en 3D que les ingénieurs de GoogeEarth ont appliqué à la Lune. Les internautes ont pu disposer d'un globe lunaire d'une résolution de dix mètres pour suivre toutes les phases de la mission, y compris le rendez-vous orbital du retour entre le module lunaire et le vaisseau Apollo.

L'acheminement en temps réel de ces gigaoctets d'information a posé un sérieux problème à la Nasa. Alors que les appareils d'imagerie et de collecte de données réalisaient des progrès phénoménaux, l'agence spatiale peinait à mettre au point un moyen d'acheminement performant. En un curieux clin d'oeil historique, la solution est venue de Vint Cerf, considéré comme un des pères de l'internet (et aujourd'hui travaillant chez... Google), qui a adapté les protocoles de transmission qu'il avait imaginé pour l'Interplanetary Internet. La Nasa a proposé à Cerf une architecture constituée par des satellites de relais et de transmission de donnés à large bande (Broadband Tracking Data Relay Satellites) qui ont fourni les capacités adéquates.

La sous-traitance à Google Inc. ne s'est pas faite sans controverse. Lorsqu'en 2006 Eric Schmidt le PDG, et surtout Larry Page et Sergey Brin, les deux fondateurs de Google, ont proposé à la Nasa de gérer tous les flux de données de ses vols vers la Lune, tout le monde a crié à la commercialisation de la conquête spatiale. La blogosphère s'est enflammée à grand coup de parodies décrivant les publicités envahissant la surface lunaire. Des négociations ont alors démarré avec l'agence spatiale afin de dépouiller l'opération de toute dimension publicitaire. La Nasa y voyait la possibilité d'une promotion — financièrement hors de portée pour elle — de ses activités. La porte de sortie s'est matérialisée sous la forme d'une filiale à but non lucratif, GoogleSpace, qui a obtenu d'amortir ses coûts de structures sur une toute petite partie des droits d'exploitation des données, mais qui ne peut en aucun cas faire de bénéfices. Mais dans l'espace, non plus, rien ne se perd: des spécialistes du marketing en ligne ont évalué à un milliard de dollars l'équivalent en exposition publicitaire implicite obtenu par Google dans cette mission lunaire.

Frédéric Filloux

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