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Vote électronique: Mail @ NKM (2)

A :     Nathalie Kosciusko-Morizet
De :     frederic.filloux @ slate.fr

Objet :  votre réponse sur le vote élecronique
__________________________________________

Chère Nathalie,

Un de vos 5.001 amis (j'adore ce chiffre) sur Facebook m'a signalé votre réponse à la discussion lancée sur Slate à propos du vote électronique. Je résume. Mon papier du 7 juin, qui défendait l'étude d'un vote électronique, avait suscité de nombreuses réactions. De façon un peu surprenante, le poids des défenseurs du bulletin de vote — qui défendent avant tout la symbolique du vote physique — apparaissait dominant. D'autres opposants à l'idée d'un vote dématérialisé avançaient des arguments techniques réels. Soit.

J'en viens à votre réponse (ou celle du conseiller qui a pris le temps de la rédiger). Elle est un peu décevante.

Passons sur le côté condescendant quand vous évoquez «un marronnier». Beaucoup d'innovations qui passent aujourd'hui pour acquises étaient, auparavant, jugées comme tel. Plus regrettable: elle traduit davantage une solide aversion au risque, dominée avant tout par une préoccupation politicienne tactique, que la vision d'une personne censément aux avant postes de la modernisation de la société. Bref. Continuons la discussion (en tout cas avec les lecteurs de Slate qui ont en général le commentaire articulé).

Vous dites: «Lorsque j'ai été chargée, comme Secrétaire générale adjointe, d'organiser les primaires pour les régionales à l'UMP, j'avais en mémoire la cacophonie de l'élection qui a porté Martine Aubry à la tête du PS, en novembre 2008. Précisément tout ce que je voulais éviter. Les contestations multiples, conséquences de l'absence de fiabilité des résultats, ont débouché sur une division des socialistes. Division qu'ils ont d'ailleurs payée cher, confère leur piètre score aux Européennes.»

— Bam. Réponse politicarde en béton précontraint. Vous auriez pu prendre des exemples étrangers sur le sujet (un claquement de doigt et on vous apportait une synthèse sur le sujet). Non. Vous rappelez la piteuse primaire socialiste en matière de décompte (manuel) des bulletins pour mieux souligner les résultats du PS aux Européennes (c'est bon, on avait noté). Puis vous détaillez la formule hybride mise en place pour les primaires de l'UMP (vote électronique / possibilité de vote direct dans une permanence). L'opération a été un succès, selon vous, le parti a gagné en temps, en argent, et il n'y a pas eu de contestation. Je passe.

Vous concluez: «Pour autant, ce qui est envisageable dans le cadre d'un parti peut-il être reproduit dans le cadre des grands scrutins nationaux? L'enjeu est de taille. La logique d'affrontement partisan inhérente à la démocratie impose que le résultat d'une élection soit reconnu par tous. Se déplacer au bureau de vote reste un symbole fort de notre engagement républicain. Il permet de garantir que notre vote s'exerce sans pression et c'est bien cette garantie qui fonde en grande partie la légitimité de nos élus. Le vote par Internet, tant que nous n'aurons pas apporté de solution à cette question, ne pourra donc remplacer, à grande échelle, l'isoloir. En revanche lorsque l'élection concerne un groupe clairement identifié et aux intérêts communs, alors je vote sans hésitation pour Internet.»

Si je résume votre expression (laquelle a la structure et l'humanité d'un devoir de Sciences-Po): hormis pour un scrutin sans réel enjeu démocratique (comme dans un parti, quel qu'il soit) vous épousez complètement les arguments conservateurs défendant la fameuse symbolique du bulletin et vous rejetez au passage l'idée même d'un vote électronique. Très bien.

Mais est-ce vraiment le rôle d'un membre du gouvernement que de flatter ainsi tous les conservatismes? Les opposants au vote par Internet ont certes des arguments viables, mais ce n'est pas le sujet. Dans ce genre de débat, le sujet, c'est l'impulsion que doit donner le politique. On vous aurait souhaité en policymaker, désireux de mettre son empreinte sur un projet, sans doute pas fondamental, mais qui participerait quand même de la modernisation de la vie démocratique et dont l'impact serait, en outre, quantifiable à chaque scrutin (plus de jeunes actifs et nomades impliqués dans le choix de leurs élus).

Vous êtes, chère NKM, titulaire d'un secrétaire d'Etat intéressant — au périmètre sans doute trop restreint par rapport aux besoins du pays, (c'est un autre sujet) — mais ne vous (nous) noyez pas dans la migration d'IPv4 à IPv6 qui se fera de toute façon avec ou sans votre influence ou dans les autres sujets technoïdes que vous récitez avec une précision scolaire.

Trouvez-vous un projet qui ait de l'allure et ne faites pas de votre petit ministère un pensum, une étape obligée dans la construction d'une carrière.

Best.

— FF

Image de une: Nathalie Kosciusko-Morizet au salon des Seniors. Jonathan Rebboah via Facebook

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Comments

Il y a quelques semaines dans

Il y a quelques semaines dans Dimanche + (émission politique de Canal +), il y a eu un reportage sur la visite de NKM et de Valérie Pécresse à l'université de Californie (Harvard, je crois). Et un moment le président d'Harvad demande à VP qui elle attendait pour continuer la visite. VP répond qu'elle attend NKM, la secrétaire d'état au développement de l'économie numérique.

La réponse amusée du président d'Harvard a été : "nous n'avons pas besoin de personne comme elle chez nous. Nous nous développons tous seul comme des grands" (en gros).

Effectivement les USA et la SIlicon Valley sont des acteurs majeurs du développement de l'économie numérique. Quel est effectivement le rôle et l'utilité de NKM dans notre paysage numérique ? De toute façon les standards et l'économie numérique ne se développe pas sous l'impulsion du gouvernement mais sous l'impulsion des industriels.

Un poste qui aurait pu être économisé sur le dos du contribuable.

L'essentiel est ailleurs

Cet article me semble peu intéressant car,au lieu de développer des arguments convaincants, il cherche à nous persuader par des affirmations modernistes; Comme si tout ce qui était moderne représentait un progrès ipso facto et ceux qui pensent différemment sont bien sûr des conservateurs, des politicards étriqués et/ou des carriéristes. J'en veux pour exemple la conclusion qui est un modèle du genre. Un autre argument me semble particulièrement boiteux: En quoi le vote électronique participerait-il à la modernisation de la vie politique, ici électorale? Si l'offre politicienne ne s'avère pas attrayante pour un certain nombre d'électeurs, je ne vois pas ce qui pousserait "les jeunes actifs et nomades" à voter davantage, même électroniquement, les votes blancs et nuls n'étant pas même pris en compte dans les résultats définitifs. Votre modernisation me semble s'appuyer sur des gadgets et des signes extérieurs de la modernité (façon Jack Lang) plus que sur une modernisation profonde de la vie politique qui nous manque tant et qui passe principalement par les idées et accessoirement par la technique.

Cordiales salutations,

jHenry44

Je trouve votre réponse bien

Je trouve votre réponse bien impolie, d'autant que vous ne répondez pas au point essentiel NKM et les commentateurs vous ont adressés: par quoi remplacer l'isoloir?
Comment vérifiez que c'est la bonne personne qui est devant l'ordinateur et que son choix n'est pas surveillé?
Ce sont exactement les mêmes problèmes qui se posent que pour le vote par correspondance. C'est d'ailleurs pour cela que ce dernier est limité.

réponse un peu scandaleuse

Je suis scandalisé par votre réponse et votre analyse binaire des commentaires à votre article précédent. Pour résumer, ceux qui sont pour la prise en compte de la dimension symbolique de l'acte électoral sont des conservateurs, contre l'utilisation d'internet. Laissez-moi vous dire que votre analyse est digne du 19 ème siècle où les défenseurs du progrès technique voyaient les "conservateurs" défendre leurs traditions. Les canuts de Lyon contre la mécanisation, ceux qui s'opposaient au chemin de fer etc. Le 20ème siècle a prolongé cette opposition au bénéfice final du progrès technique.

Seulement la nouveauté au 21 ème siècle c'est non seulement le progrès technologique mais surtout le fait que sa valeur dépend des usages et de leur progrès. Vous, vous opposez le symbolique au technologique. Manifestement vous ne comprenez pas de quoi il s'agit et la plupart des commentateurs ne sont pas dans l'analyse simpliste que vous affirmez. "vous épousez complètement les arguments conservateurs défendant la fameuse symbolique du bulletin et vous rejetez au passage l'idée même d'un vote électronique. Mais est-ce vraiment le rôle d'un membre du gouvernement que de flatter ainsi tous les conservatismes" dites-vous. Sans commentaires.

"Les tenants du bureau de vote ont cent fois raison. L'acte du vote est symbolique et cette symbolique se nourri du rituel inscrit dans les mémoires et les générations. La démocratie n'est pas seulement un comptage numérique. Seulement ils ont tort parce que les conditions de cette symbolique changent et que sans "communauté" d'identification pas de démocratie responsable"

Ca c'est un extrait de mon commentaire antérieur. Je l'ai d'ailleurs confirmé je suis un fervent défenseur des usages d'internet sur lesquels je travaille depuis près de 15 ans mais sur de nouveaux usages qui prennent en compte le caractère symbolique. C'est ce qui fait la différence entre une société mécanique d'hommes machines et une société humaine aux prises avec ses affaires dont par exemple la démocratie.

Ainsi l'élection n'est pas le dénombrement des fourmis ou le comptage des opinions. Même les sondages prennent plus de précaution.

Jusqu'ici le caractère symbolique de l'acte de vote était lié à des lieux à caractère républicain c'est à dire au moins des lieux communautaires (communauté nationale ou locale). Il faut que se reconfigure la conception des communautés politiques, que ce soit pour l'Europe, que ce soit pour les mobilités et les multi appartenances qui se développent. Ca c'est un vrai problème et internet contribuera à imaginer des solutions et d'abord symboliquement comme votre destinatrice semble l'avoir compris, elle. "lorsque l'élection concerne un groupe clairement identifié et aux intérêts communs, alors je vote sans hésitation pour Internet". Internet permettra de reconstituer des lieux symboliques communautaires. Alors là le vote ou son équivalent ne présentera guère de difficultés hormis quelques problèmes techniques élémentaires, la régulation collective étant assurée par ailleurs.

Au fond votre conception, purement technique, est de l'ordre de la télématique munissant chaque individu d'un compteur pour voter à la demande. A la limite une puce RSID permettra d'installer des capteurs aux bons endroits.

Vous pensez que promouvoir l'usage d'internet sans considérer les usages sociaux auxquels ils doivent répondre est possible. C'est l'erreur des technoïdes qui sévissent sur et autour d'internet, héritiers du 19ème et du 20ème siècle plus que bâtisseurs du 21ème.

Penser les communautés politiques du 21ème ça c'est lié à l'Europe, aux collectivités territoriales, à la refondation de la démocratie notamment participative qui ne se réduit pas au vote, aux communautés non territoriales et autres modes de vie en préparation. Là internet a un rôle majeur à jouer bien au-delà de ce problème technique de comptage à distance. La question du vote électronique est une question de progrès technique dans la résolution des problèmes du passé, pas de l'avenir. En déduire que je suis contre internet dénote d'une incompréhension radicale.

Je suppose que notre secrétaire d'Etat doit être entourée de toute la gent technocrate, technophile et des réseaux technoïdes qu'il faut. Peut être faudrait-il l'encourager à travailler sur l'évolution des usages sociaux donc à dimension symbolique, grâce à internet ce qui est autre chose que de développer des applications techniques.

Tiens une question qui n'est pas encore traitée à Sciences po je suppose. Quelle différence entre un réseau et une "communauté politique", là ou les questions de démocratie appliquée se posent.

Roger Nifle Humanisme Méthodologique et Prospective humaine
http://journal.coherences.com

TATATA.... M FILLOUX.

Vous êtes trop fin pour vous avancer ainsi. A trop voir la fin, vous sembler vous être perdu en chemin.

Je me suis déjà exprimé sur le sujet à l'occasion de votre premier article mais ici, vous commettez deux impairs que vous laisseriez jamais passer à un contradicteur.

A "isoloir", vous répondez "symbolique du vote physique".

Si la part de symbole n'est pas négligeable, vous n'apportez aucune réponse à la question de la disparition de l'isoloir qui est LA garantie du vote personnel.

A "réticence", même fondée, vous qualifiez "conservatisme" et répondez "impulsion".

Dans nombre de domaines, on peut "tenter des coups" quitte à revenir en arrière en cas d'échec.

Sur le plan démocratique, c'est "one shot". Personne, ni vous, ni moi, n'avons rien à gagner à risquer que, sur la base d'une sûreté remise en cause, à tort ou à raison, du process, nous ayons à vivre ce qui se passe en Iran aujourd'hui.

Un système de vote efficace repose sur la confiance absolue de tous les participants (électeurs, candidats) dans le processus électorale et dans les résultats qui en sont issus.

Le seul vrai risque est de la perdre.

Pour finir ou, enfin, commencer ce débat, un système de vote doit garantir, dans l'ordre : le libre accès à lieu de vote (votants, Bureau), le libre choix du candidat, l'identité du votant, le secret du vote, le dépouillement des votes, la collecte des résultats et leur intégrité jusqu'à leur intégration pour la proclamation des résultats. Enfin garantir une revue du mécanisme en cas de contestation.

- Libre accès au lieu de vote : Quid d'internet avec les coupures ciblées de courant ?
- Le libre choix : Quid du chef de famille supervisant le vote des autres membres ?
- L'identité du votants : "pose ton index sur la machine et laisse moi faire..."
- Le secret du vote : "dans un cybercafé, c'est plus convivial ?"
- Du dépouillement à la proclamation des résultats : plus d'intervention humaine, que ce passe-t-il ?
- Revue : repasser des listings qui ont pu être corrompus à la source ne sert à rien.

Finalement, en posant cette question, vous prenez le problème à l'envers.

Alors que le vote actuel garantit bien le secret du vote et la clarté du processus comptage, vous proposer un système qui annihile le secret du vote et rend, pour le profane, le processus de comptage opaque.

Je vous rejoins pour dire que vous auriez aimé, comme moi, que Madame NKM vous réponde (fasse répondre) comme cela.

Bien cordialement,

Orphudio

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