Il y a seize ans - à l'époque de sa triomphale «Leçon de piano», c'était la reine du monde. Première femme à remporter la Palme d'or, et à allier de la sorte appréciation critique et succès public, la Néo-Zélandaise Jane Campion avait pris place dans le club très fermé des grands cinéastes universellement reconnus. Pourtant, ses films suivants (une adaptation de Henry James «Portrait de femme»; une aventure mystique mal comprise «Holy Smoke»; et un surprenant thriller érotique «In the Cut») l'avaient éloignée du grand public... Son retour avec «Bright Star», une véritable splendeur, illumine ces premiers jours de la compétition officielle au Festival de Cannes.

Ceux qui aiment John Keats connaissent déjà la silhouette tendre et mélancolique de Fanny Brawne, fiancée de ce génie qui succombe à la tuberculose à seulement 25 ans dans une petite chambre romaine au pied de la place d'Espagne, après avoir écrit une série de recueils éblouissants, parmi les plus beaux de la littérature anglaise. Le titre, «Bright Star» («Brillante étoile»), est emprunté à un poème, une célébration de Fanny, rencontrée lorsqu'il a 23 ans et aimée avec une intensité bouleversante::

«Reposant sur le beau sein mûri de mon amour,
Sentir toujours son lent soulèvement,
Toujours en éveil dans un trouble exquis,
Encore son souffle entendre, tendrement repris,
Et vivre ainsi toujours - ou défaillir dans la mort.»

Jane Campion a consacré une bonne partie de son œuvre à parcourir avec ses personnages féminins le chemin souvent ardu, parfois étrangement solitaire, qui les mène à la découverte de leur identité profonde («Sweetie», «Un Ange à ma table», «Portrait de femme») et de leur sensualité («La Leçon de piano», «In the Cut», «Holy Smoke»). Si «Bright Star» fait l'effet d'un film-somme, où elle parvient à une simplicité narrative et à une splendeur esthétique nouvelles, c'est que les deux thèmes s'y mêlent de façon inextricable.

Fanny Brawne (Abbie Cornish, une révélation) se découvre toute entière dans la rencontre avec Keats (Ben Whishaw, vu dans «I'm not there» de Todd Haynes). L'amour la révèle à elle-même, avec ses mille nuances inattendues: la sensibilité poétique, la bonté, le sens du sacrifice... Jane Campion accompagne ce cheminement intérieur sans d'effets tapageurs, avec une forme de pureté qui reflète celle des personnages. Sa caméra discrète capte les premiers regards, la tendresse qui pointe et plus tard l'ombre de la tragédie qui s'abat sur les infortunés amants. Pas de fanfreluches, de lourdeurs de film d'époque: l'image est presque nue pour mieux scruter les visages et les âmes. Grand film d'amour, «Bright Star» est aussi un grand film poétique, qui réussit le tour de force d'incarner à l'écran l'écriture de Keats, de la faire ressentir charnellement un peu comme «Amadeus» de Milos Forman le faisait pour la musique de Mozart. Et quand le générique de fin se déroule - sur un poème magnifiquement dit par Ben Whishaw - pas un bruit dans la salle, pas un claquement de fauteuil... C'est qu'on veut boire jusqu'au bout cette coupe enchantée de l'amour et de la littérature. Vite, une deuxième Palme d'or pour Jane Campion!

Jonathan Schell

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CANNES 2009
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Subtitle: 
Jane Campion renoue avec le cinéma qui a fait son succès critique et populaire.
Date: 
Fri, 2009-05-15 (All day)
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