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«Anges et démons», le film qui fait peur au Vatican

Le nouvel opus de Ron Howard/Dan Brown/Tom Hanks sort la semaine prochaine.

Date: 
Thursday 7 May 2009
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D'abord, il y a eu le «Da Vinci Code», son succès phénoménal depuis sa parution en 2003 (61 millions d'exemplaires vendus à travers le monde, 44 traductions), et sa vision peu orthodoxe de l'histoire de l'Eglise catholique...  Une popularité mondiale confirmée par les 750 millions de dollars de recettes rapportés par l'adaptation au cinéma signée Ron Howard en 2006. Voilà comment - par la magie des chiffres - le même Ron Howard s'est embarqué dans la réalisation d'«Anges et démons», le film qui fait enrager le Vatican... Parue en 2000 aux Etats-Unis, cette première aventure du héros du «Da Vinci Code», Robert Langdon (Tom Hanks) - prof à Harvard et spécialiste du déchiffrage de symboles - se passe à Rome, pendant les heures critiques qui séparent la mort d'un pape de l'élection de son successeur.

Quatre cardinaux - les preferiti, autrement dit les favoris à la succession - sont kidnappés et exécutés en quatre points de la ville. Ambiance tendue, d'autant que plane la menace de l'explosion annoncée d'une bombe susceptible de produire un trou noir en plein Vatican. Cette histoire de bombe est d'ailleurs une bonne métaphore de l'angoisse qui a saisi l'Eglise dès le tournage et qui bat son plein ces temps-ci, à l'approche de la sortie mondiale du film (le 13 mai en France, le 15 aux Etats-Unis et dans plusieurs pays d'Europe).

Le «Da Vinci Code» n'y allait déjà pas de main morte dans sa reconstruction de l'histoire de l'Eglise catholique, puisque le livre reposait sur l'idée que Jésus et Marie-Madeleine avaient fondé une véritable dynastie de sang, survivant aujourd'hui, protégée par le Prieuré de Sion et mise en péril par la hiérarchie ecclésiastique, et notamment l'Opus Dei. A l'époque, le cardinal Tarcisio Bertone en déconseille la lecture sur Radio Vatican, et on ferme les portes de l'Eglise St Sulpice - haut lieu de l'intrigue - au tournage du film... Rien à voir, pourtant, avec la virulence déployée par l'Eglise ces temps-ci contre «Anges et demons». D'abord parce que l'histoire se déroule sur ses terres, dans deux églises romaines (Santa Maria del Popolo, Santa Maria della Vittoria) où se trouvent des œuvres d'art qui sont autant de clefs de l'intrigue, et dans l'enceinte même du Vatican. Une des dernières scènes montre même une immolation par le feu dans la crypte de la basilique Saint-Pierre!

Les autorités vaticanes ont donc eu beau jeu de refuser les autorisations de tournage les unes après les autres et même, à en croire le réalisateur, de peser de tout leur poids sur la mairie de Rome pour compliquer la tâche de l'équipe... «Quand on arrive à Rome», a déclaré récemment Ron Howard dans une conférence de presse, «la position officielle est que le Vatican n'a aucune influence. Tout avançait donc sans problème jusqu'à ce que, deux jours avant le tournage, on nous fasse savoir que par des voies détournées le Vatican avait exercé son influence et que le tournage n'était plus possible...»

Résultat: la production se retrouve obligée de reconstituer la monumentale place Saint-Pierre - un lieu-clef de l'intrigue puisque la foule y attend la fameuse fumée blanche - à Hollywood. L'effet à l'écran est assez remarquable pour ce qui concerne l'architecture - l'intérieur du château Saint-Ange, de Santa Maria della Vittoria (où se trouve la célèbre Extase de Sainte Thérèse du Bernin) et la fausse place Saint-Pierre.  Mais on n'en dira pas autant de la fausse chapelle Sixtine, qui ne fait pas vraiment illusion!

Qu'a donc de si outrageant «Anges et demons» pour que l'Eglise marque à ce point sa désapprobation? On y croit pendant une bonne partie de l'histoire que le complot - et les meurtres sauvages - sont le fait des Illuminati, une société secrète du XVIIIème siècle fondée par un théologien féru de philosophie des Lumières. C'est la théorie du complot chère à Dan Brown qui joue ici sur des fantasmes bien connus.

Les Illuminati font l'objet depuis des siècles de rumeurs insistantes (ils auraient survécu, se seraient radicalisés, et agiraient comme de véritables marionnettistes aux commandes du monde moderne). L'Eglise du roman fonctionne elle-même comme une sorte de mafia, toute occupée d'intérêts matériels et de secrets séculiers, oublieuse de sa mission spirituelle. Sauf que dans un deuxième temps (que ceux qui souhaitent préserver le suspense arrêtent là leur lecture!), il apparaît qu'il n'y a finalement pas de complot, mais la folie d'un seul homme, le camerlingue, en charge du Saint-Siège pendant l'intermède entre la mort d'un pape et l'élection du suivant.

Dans le roman - on comprend assez bien la colère ecclésiastique! - Carlo Ventresca se révèle être à la fois le fils du Pape et son meurtrier. Le film recule devant l'obstacle et transforme Carlo en Patrick McKenna (Ewan McGregor), devenu orphelin à la suite d'un attentat en Irlande du nord, pris sous son aile par un archevêque qui devient plus tard pape. Le camerlingue du film est donc bien le fils du pape mais un fils spirituel et non biologique. Et s'il le tue, c'est par peur que l'Eglise soit détruite par des querelles internes.

C'est ainsi que le film se démarque nettement du roman.  Dans leur «Da Vinci Code», Howard et son scénariste Akiva Goldsman avaient respecté le livre à la lettre, par peur sans doute de gâcher la recette du succès. Ici, aidés par David Koepp (auteur pour Brian DePalma de «L'Impasse», en 1993), ils prennent leurs aises. Ils se permettent - dans une veine très anglo-saxonne et protestante - d'égratigner l'autre camp en donnant le rôle du méchant à un catholique irlandais. Ils jouent avec l'image désastreuse du pape Benoît XVI en évoquant le pape mort au début du film comme une figure "universellement populaire" à la Jean Paul II, et son possible successeur comme un "traditionnaliste sévère".

Ils casent au détour d'une scène une référence au débat qui agite les catholiques américains autour de la recherche sur les cellules-souches. Et ils font de leur grand méchant, Patrick McKenna, une sorte de George W. Bush qui forge un axe du mal dans l'espoir de souder une population désorientée et divisée. En fin de compte, «Anges et demons» le film n'a rien de nuisible pour l'Eglise catholique... «La religion est imparfaite parce qu'elle est le fait des hommes, et tous les hommes sont imparfaits», explique un cardinal à ce grand sceptique de Robert Langdon. Et c'est le mot de la fin.

Jonathan Schell

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Comments

Eh bien en fait : non

Il faudrait, en réalité, enquêter un peu là-dessus car les versions se contredisent, jusqu'à la version de Tom Hanks qui affirmait lui-même au JT de France2 il y a quelques jours que le Vatican n'ouvre simplement pas les portes des églises et notamment de Saint-Pierre, et ne l'a fait pour aucun film. Il semble aussi, d'après F. Miclo, que Ron Howard lui-même affirmait le contraire il y a seulement quelques semaines, déclarant n'avoir jamais demandé une autorisation quelconque au Vatican...

meme pas peur

Faut pas demander au Vatican d'ouvrir ses portes et d'apporter la main à un boulot qui sabote son image. Je ne suis pas très intéressé par la religion mais faut se mettre à leur place, participer à son propre lynchage n'a pas un coté vraiment ludique.

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