Pour ma précédente chronique sur le rêve du journalisme à but non lucratif, j'avais cherché une photographie à partir du mot "prayer", histoire d'illustrer finement l'attente messianique des fondations qui sauveraient la presse (malheureusement, ça va prendre un peu de temps).  Outre celle que nous avons publiée, j'avais trouvé celle-ci
et celle-ci
Laissons de côté l'aspect artistique qui après tout est une affaire de goût. Notons simplement que les deux images sont d'une qualité technique suffisante pour être reproduite sur tout support, numérique ou papier. Seule différence, le prix : - 120 € pour la première - 7,60€ pour la seconde

Différence : -93%, cela pour des droits de reproduction identiques et des fichiers de taille équivalente. Comment expliquer ce discount? Bienvenue dans le nouveau monde de la photo dite "de stock" issue de ce merveilleux concept qu'est le "crowdsourcing", en gros le recours à la multitude de contributeurs potentiels qui fait s'effondrer les prix.L'image à 120€ vient de l'agence Corbis. Sur ce mot-clé, j'avais le choix entre 5.000 images. Corbis a été créé il y a exactement 20 ans par Bill Gates qui avait alors eu la "vision" de panneaux numériques dans les maisons et les bureaux où chacun apprécieraient d'avoir des images changeant de temps en temps. OK, c'est Bill Gates, le geek suprême,  pas l'amateur du tirage argentique sur du papier baryté. Au fil des ans, Corbis a acquis les fonds et/ou des droits numériques sur des collections prestigieuses comme les archives Bettmann, le musée de l'Hermitage de Saint-Pétersbourg, la National Gallery de Londres,  ou des collections plus éclectiques comme celles d'Andy Warhol, d'Ansel Adams, ou le stock des photographes de l'agence Sygma, icône française du photojournalisme. En tout, 100 millions d'images disponibles.
Corbis est donc resté sur des principes tarifaires classiques : on vend peu, mais cher. Le système de rémunération des photographes varie en fonction du type d'images certaines sont donc des collections auxquelles sont attachés des droits exprimés en pourcentage, d'autres peuvent être des commandes payées quelques milliers d'euros par jour pour une production de quelques dizaines d'images -- il n'existe aucune norme, ni aucune moyenne dans ces systèmes de rémunérations qui restent très opaques.  La photo à 7,60€ vient de iStockphoto. Sur le même mot-clé, j'avais le choix entre 28.000 images (avec, heureusement, un efficace système d'affinage de la recherche). IStockphoto a été crée en 2000 par un entrepreneur canadien, d'abord comme un système gratuit, puis, le pragmatisme et la nécessité aidant, il lui a été adjoint un système de micro-paiement (j'ai acheté 26 "crédits" pour 33€ avec lesquels je pourrais acheter 6-8 images). En février 2006,  iStockphoto a été racheté par le géant  Getty Images pour 50 millions de dollars.  Getty a décliné le concept avec des recherches par mots-clés pouvant être effectuées dans une douzaine de langues et sur un corpus de 4 millions d'images, toutes crées par des pros ou semi-pros.
La photo ci-dessus est assortie d'un label indiquant qu'elle a été achetée plus d'un millier de fois. Rapide calcul : prenons un prix de vente moyen de 6 € sur lequel iStockphoto reverse un tiers à l'auteur, soit 2€, par mille, cela fait 2000€ nets pour le photographe. Pour une seule image. Cela tendrait à démontrer qu'il existe bien une économie pour la photo de stock à bas prix mais largement diffusée. Mais sur les 50.000 photographes contributeurs à iStockphoto, combien vivent de leur ventes? Environ 200 photographes auraient accumulé plus de 25.000 ventes et seulement 5 plus de 200.000 ventes.  Istockphoto se défend en affirmant payer 1,1 millions de dollars par semaine  en royalties, mais un coup d'œil sur le forum d'iStockphoto révèle une certaine indigence avec des photos qui rapportent plus souvent 6 $ par image et par an que 30$, de l'aveu même de leurs auteurs... Conclusion, à moins de 10.000 images qui "tournent", un photographe aura beaucoup de mal à couvrir ses frais tout en se payant un salaire correct.... IStockphoto est l'incarnation de la nouvelle économie du net : des prix ridicules compensés par des ventes en grand nombre... et une offre innombrable. A partir de là, on peut voir les choses sous deux angles. Le premier consiste à dire que sous l'ancien système (des photographes vendant parcimonieusement et cher), peu de publications modestes et encore moins des sites web, n'auraient les moyens de s'offrir des photos correctes (et légales). L'autre point de vue souligne la dévalorisation abyssale de la photographie qui devient une "commodity" vendue au kilo et qui paupérise encore un peu plus les auteurs. Cette dernière notion est d'ailleurs de plus en plus évanescente car la prochaine arme fatale des grands diffuseurs de photographie va consister à puiser dans l'insondable réservoir de la photo amateur qu'une bonne gestion peut transformer en mine d'or. Les marges vont exploser. Nous y reviendrons.  FFx

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Subtitle: 
(Premier article d'une série sur l'économie de la création)
Sous titre d'appel: 
Premier article d'une série sur l'économie de la création, par Frederic Filloux
Date: 
Tue, 2009-04-21 (All day)
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