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Frederic Filloux
Frédéric Filloux, éditeur de la Monday Note, est un contributeur régulier de Slate.fr
Stories from Frederic Filloux
Le «miracle» de la photo de stock
(Premier article d'une série sur l'économie de la création)
Pour ma précédente chronique sur le rêve du journalisme à but non lucratif, j'avais cherché une photographie à partir du mot "prayer", histoire d'illustrer finement l'attente messianique des fondations qui sauveraient la presse (malheureusement, ça va prendre un peu de temps). Outre celle que nous avons publiée, j'avais trouvé celle-ci
et celle-ci
Laissons de côté l'aspect artistique qui après tout est une affaire de goût. Notons simplement que les deux images sont d'une qualité technique suffisante pour être reproduite sur tout support, numérique ou papier.
Seule différence, le prix :
- 120 € pour la première
- 7,60€ pour la seconde
Différence : -93%, cela pour des droits de reproduction identiques et des fichiers de taille équivalente.
Comment expliquer ce discount?
Bienvenue dans le nouveau monde de la photo dite "de stock" issue de ce merveilleux concept qu'est le "crowdsourcing", en gros le recours à la multitude de contributeurs potentiels qui fait s'effondrer les prix.
L'image à 120€ vient de l'agence Corbis. Sur ce mot-clé, j'avais le choix entre 5.000 images. Corbis a été créé il y a exactement 20 ans par Bill Gates qui avait alors eu la "vision" de panneaux numériques dans les maisons et les bureaux où chacun apprécieraient d'avoir des images changeant de temps en temps. OK, c'est Bill Gates, le geek suprême, pas l'amateur du tirage argentique sur du papier baryté. Au fil des ans, Corbis a acquis les fonds et/ou des droits numériques sur des collections prestigieuses comme les archives Bettmann, le musée de l'Hermitage de Saint-Pétersbourg, la National Gallery de Londres, ou des collections plus éclectiques comme celles d'Andy Warhol, d'Ansel Adams, ou le stock des photographes de l'agence Sygma, icône française du photojournalisme. En tout, 100 millions d'images disponibles.
Corbis est donc resté sur des principes tarifaires classiques : on vend peu, mais cher. Le système de rémunération des photographes varie en fonction du type d'images certaines sont donc des collections auxquelles sont attachés des droits exprimés en pourcentage, d'autres peuvent être des commandes payées quelques milliers d'euros par jour pour une production de quelques dizaines d'images -- il n'existe aucune norme, ni aucune moyenne dans ces systèmes de rémunérations qui restent très opaques.Â
La photo à 7,60€ vient de iStockphoto. Sur le même mot-clé, j'avais le choix entre 28.000 images (avec, heureusement, un efficace système d'affinage de la recherche). IStockphoto a été crée en 2000 par un entrepreneur canadien, d'abord comme un système gratuit, puis, le pragmatisme et la nécessité aidant, il lui a été adjoint un système de micro-paiement (j'ai acheté 26 "crédits" pour 33€ avec lesquels je pourrais acheter 6-8 images). En février 2006, iStockphoto a été racheté par le géant Getty Images pour 50 millions de dollars. Getty a décliné le concept avec des recherches par mots-clés pouvant être effectuées dans une douzaine de langues et sur un corpus de 4 millions d'images, toutes crées par des pros ou semi-pros.
La photo ci-dessus est assortie d'un label indiquant qu'elle a été achetée plus d'un millier de fois. Rapide calcul : prenons un prix de vente moyen de 6 € sur lequel iStockphoto reverse un tiers à l'auteur, soit 2€, par mille, cela fait 2000€ nets pour le photographe. Pour une seule image. Cela tendrait à démontrer qu'il existe bien une économie pour la photo de stock à bas prix mais largement diffusée. Mais sur les 50.000 photographes contributeurs à iStockphoto, combien vivent de leur ventes? Environ 200 photographes auraient accumulé plus de 25.000 ventes et seulement 5 plus de 200.000 ventes. Istockphoto se défend en affirmant payer 1,1 millions de dollars par semaine en royalties, mais un coup d'œil sur le forum d'iStockphoto révèle une certaine indigence avec des photos qui rapportent plus souvent 6 $ par image et par an que 30$, de l'aveu même de leurs auteurs... Conclusion, à moins de 10.000 images qui "tournent", un photographe aura beaucoup de mal à couvrir ses frais tout en se payant un salaire correct....
IStockphoto est l'incarnation de la nouvelle économie du net : des prix ridicules compensés par des ventes en grand nombre... et une offre innombrable. A partir de là , on peut voir les choses sous deux angles. Le premier consiste à dire que sous l'ancien système (des photographes vendant parcimonieusement et cher), peu de publications modestes et encore moins des sites web, n'auraient les moyens de s'offrir des photos correctes (et légales). L'autre point de vue souligne la dévalorisation abyssale de la photographie qui devient une "commodity" vendue au kilo et qui paupérise encore un peu plus les auteurs. Cette dernière notion est d'ailleurs de plus en plus évanescente car la prochaine arme fatale des grands diffuseurs de photographie va consister à puiser dans l'insondable réservoir de la photo amateur qu'une bonne gestion peut transformer en mine d'or. Les marges vont exploser. Nous y reviendrons.Â
FFx





























Comments
Réponse à El Gato
Je suis obligé de revenir sur quelques points de cette intervention, si vous me le permettez.
"les photographes professionnels ne se sont jamais aussi mal portés et la photographie professionnelle me semble condamner à devenir un marché de niche"
C'est ce qu'il était et devrait rester, tout comme en peinture ou en sculpture. Il n'y a rien de plus normal car le talent n'est pas donné à tout le monde, ce qui n'empêche pas le commun des mortels d'être capable de réaliser des photos d'actualité tout aussi bien qu'un journaliste. Il suffit d'être au bon endroit au bon moment (d'avoir évidemment un minimum de notions de cadrage) et l'économie numérique permet la diffusion rapide de ce type de support. Je pense que le photographe de presse professionnel devient obsolète, pas le photographe professionnel.
"L'économie numérique valorise les tuyaux, mais détruit la valeur des contenus"
Envoyer un photographe de presse sur une manifestation ou chez deux présidents qui se serrent la pince et devoir payer pour les frais et une photo qui mettra 5 minutes à être emballée dans la boîte et peut-être encore 5 autres minutes à être traitée sous Photoshop je trouve que ça ne vaut pas la dépense. Des tas de gens vous feront une photo de qualité équivalente et elle vaut 2 euros. De plus, certains de ces semi-amateurs sont mieux calés techniquement et seront encore capables de vous envoyer la photo rapidement en ligne pendant qu'un dinosaure de la presse passera des heures à vous expliquer qu'il n'y a rien de mieux que son vieux Canon EOS 1D et que les nouvelles technologies saymal et samarchpa. C'est franchement ridicule de voir ces dizaines de photographes de presse s'agglutiner devant une poignée de mains, prendre des centaines de clichés, pour au bout du compte avoir presque tous quasiment la même photo publiée dans des centaines de journaux. Quel gaspillage de temps et d'énergie alors qu'il se passe plein de choses dans le monde! Je ne vois pas où est la qualité...
"Le processus est différent de celui qui menace l'économie du film et de la musique parce que la photographie n'est pas menacée par la copie privée"
C'est totalement faux. Ce n'est pas parce que certains se servent allègrement de supports photos publiés sur Internet sans se soucier des droits qu'il faut penser qu'Internet est une zone de non-droit. Les licences Creative Commons sont là pour ça et servent à faire connaître le travail aussi bien d'amateurs éclairés que de professionnels. Il en va de même pour l'écrit. J'ai constaté régulièrement que mes écrits étaient pillés au début, beaucoup moins maintenant, car j'ai poussé les rédactions pour lesquelles je travaille à réclamer leurs droits sur la reproduction d'articles et je suis moi-même intervenu auprès de rédactions peu scrupuleuses pour leur rappeler que le copier coller d'articles entier sans même faire référence à l'article original constituait une violation de la propriété intellectuelle. Ce n'est pas différent pour les œuvres photographiques et c'est le principe de base de la photo de stock: recevoir des royalties à chaque utilisation d'une œuvre.
"sous-entendu tant pis si les photographes médiocres disparaissent. C'est la loi du marché"
Et c'est une excellente chose. Je ne crois pas que laisser le domaine de la photo se faire envahir par des milliers de photographes
en herbe soit très sain pour un marché qui doit rester aux mains de grands professionnels pour ce qui est de la photo d'art, sans empêcher les grands reporters de ramener de magnifiques photos que les grandes agences photographiques vendront à prix d'or et c'est mérité. Les autres se contenteront de la photo de stock et je trouve alors que les vaches seront bien gardées.
En conclusion je pense que la photo de stock permet de préserver un marché de qualité aux vrais professionnels tout en donnant l'opportunité à des amateurs et/ou semi-professionnels de s'exprimer, de se faire connaître, par leur travail. Les victimes sont les photographes de presse, mais la plupart ne rêvent que de jouer aux paparazzis et ce marché leur est largement ouvert vu la popularité de ce type de photos. D'ailleurs c'est que devient la presse papier: un grand lupanar à paparazzis pour étancher la soif de voyeurisme du public.
Cyril F
@Cyril F
C'est ce qu'il était et devrait rester, tout comme en peinture ou en sculpture. Il n'y a rien de plus normal car le talent n'est pas donné à tout le monde, ce qui n'empêche pas le commun des mortels d'être capable de réaliser des photos d'actualité tout aussi bien qu'un journaliste. Il suffit d'être au bon endroit au bon moment (d'avoir évidemment un minimum de notions de cadrage) et l'économie numérique permet la diffusion rapide de ce type de support. Je pense que le photographe de presse professionnel devient obsolète, pas le photographe professionnel.
Il n'y a pas de peintre (ou alors ce sont des peintres en bâtiment) ou de sculpteur professionnel. C'est une autre économie, un micro-marché.
Envoyer un photographe de presse sur une manifestation ou chez deux présidents qui se serrent la pince et devoir payer pour les frais et une photo qui mettra 5 minutes à être emballée dans la boîte et peut-être encore 5 autres minutes à être traitée sous Photoshop je trouve que ça ne vaut pas la dépense.
Cette photo là n'est pas directement menacée par Internet. Le photographe a aussi une fonction sociale. Dans votre exemple, la fonction sociale dépasse largement l'utilité de l'image. Vous imaginez Sarkozy serrant la main dans la cour de l'Élysée à un dictateur de passage sans photographe ? Sarkozy serait vexé et le dictateur furieux ne signerait pas le moindre contrat d'armement. Laisser entrer des photographes amateurs de passage dans la rue du faubourg Saint Honoré serait contraire à toutes les règles de sécurité et vexerait probablement beaucoup nos dirigeants. Pour être intégrer dans un pool, il faut montrer patte blanche.
Est-ce que cela vaut la dépense ?
Des tas de gens vous feront une photo de qualité équivalente et elle vaut 2 euros.
Permettez-moi de penser que cette phrase traduit une certaine ignorance de la réalité de l'exercice. Il est vrai que ce type d'images relève généralement de l'exercice de foire, mais c'est bien pour cela qu'il n'est pas à la portée de tout le monde. Pour 5' de travail effectif, les photographes doivent poireauter parfois 1/2 journée, si ce n'est plus. C'est d'ailleurs aussi en cela que c'est un métier et que l'on ne peut rémunérer 2 euros leur prestation. J'ajouterai que certaines grandes photos n'en ont pas moins été réalisées dans ces conditions limites, dans les temps morts avant et après la poignée de main. L'ennui suscite parfois la créativité. ;-) Et arriver à faire dans de pareils conditions une photographie intéressante suppose pas mal d'expérience.
Quel gaspillage de temps et d'énergie alors qu'il se passe plein de choses dans le monde! Je ne vois pas où est la qualité...
La poignée de main de l'Elysée, le people et le grand reportage font partie d'une même économie. Ce sont d'ailleurs les mêmes photo-journalistes qui réalisent toutes ces images. La poignée de main et le people servent à produire le grand reportage, qui serait quasiment impossible à financer sur ses seules ventes.
pendant qu'un dinosaure de la presse passera des heures à vous expliquer qu'il n'y a rien de mieux que son vieux Canon EOS 1D et que les nouvelles technologies saymal et samarchpa.
Je vous trouve bien dur avec ce vieux photographe, alors que dans le même temps vous voulez des photographes "artistes". Est-ce que vous contesteriez à un peintre le droit de travailler avec des pinceaux et de l'huile au motif que la palette graphique c'est quand même autre chose ? Par ailleurs, si ce vieux photographe est incapable de délivrer ses images dans les délais, il perdra son boulot, mais ça n'a rien à voir avec l'économie numérique.
Ce n'est pas parce que certains se servent allègrement de supports photos publiés sur Internet sans se soucier des droits qu'il faut penser qu'Internet est une zone de non-droit. Les licences Creative Commons sont là pour ça et servent à faire connaître le travail aussi bien d'amateurs éclairés que de professionnels.
Ce que j'ai voulu signaler, c'est justement que les problèmes de la photographie n'étaient pas liés aux reproductions illégales des images sur Internet. On constate un effondrement de la valeur économique de la photographie parce qu'un grand nombre d'amateurs se sentent gratifier de par la seule utilisation de leurs images, mettant ainsi à mal le modèle qui permettait à des photographes de vivre de leur pratique.
Et c'est une excellente chose. Je ne crois pas que laisser le domaine de la photo se faire envahir par des milliers de photographes
en herbe soit très sain pour un marché qui doit rester aux mains de grands professionnels pour ce qui est de la photo d'art, sans empêcher les grands reporters de ramener de magnifiques photos que les grandes agences photographiques vendront à prix d'or et c'est mérité. Les autres se contenteront de la photo de stock et je trouve alors que les vaches seront bien gardées.
Vous avez désespérément besoin de photos gratuites ou presque pour illustrer vos articles sous-payés, et de ce fait vous réorganiser la réalité économique du marché en fonction d'une échelle de valeur qui justifierait votre pratique. Les grands reporters et leurs magnifiques photos sont désormais bien trop chers. Il faut leur payer leur voyage, les loger, les nourrir, parfois même payer leurs images. La nouvelle réalité économique, c'est le contrat que Géo propose à ses lecteurs:
Le principe du droit d'auteur, c'est que celui-ci doit être associé au succès de son œuvre. Cette notion s'inscrit dans notre histoire. C'est le combat d'un Beaumarchais, la mauvaise conscience collective que nous ressentons aujourd'hui en voyant les prix exorbitants qu'atteignent les œuvres de peintres morts de faim ou presque à la fin du XIX et au début du XXème siècle qui est à l'origine de la construction de notre droit.
Alors on peut contester la nécessité de rémunérer les auteurs, mais au moins assumons le. Ne prétendons pas que les tarifs des microstocks associent les auteurs au succès de leurs œuvres.
La construction d'une œuvre, ça prend une vie, en photographie comme dans les autres arts. Il y a de très belles photographies réalisées par des amateurs. Mais si Doisneau avait du rester chez Renault pour nourrir sa famille, il n'aurait pas pu réaliser son œuvre. Bien évidemment, c'est une absence que nous aurions ignoré. Comment regretter des images qui n'ont jamais existé ?
On a les photographies que l'on mérite.
El Gato
La photographie professionnelle agonise
Je contribue à hauteur de 3500 articles par année sur Internet, chacun devant être illustré par une image. Vous croyez que j'arriverais à ce résultat (pour au bout du compte gagner une misère, mais j'essaye d'en vivre) sans les photos de stock et les licences Creative Commons?
Tout est dit dans cette intervention que je résumerai par: "J'ai le plus grand mal à vivre de mon travail, alors vous imaginez s'il me fallait en plus rémunérer les auteurs dont j'utilise les œuvres..."
L'effondrement de la photographie professionnelle est exemplaire des effets néfastes de l'économie numérique pour les auteurs.
La photographie ne s'est jamais aussi bien portée. On a jamais vendu autant d'appareils photos. Le marché des disques durs explose pour stocker toutes ces images, et plus l'appareil photo est perfectionné, plus vite l'amateur de belles images se verra contraint à renouveler son ordinateur pour traiter ses fichiers numériques. La présence d'une fonction photographique toujours plus sophistiquée sur les téléphones portables est devenu un des éléments commerciaux qui incite les consommateurs à renouveler sans cesse leur appareil. Ils choisissent des abonnements plus coûteux pour adresser à leurs proches les photographies qu'ils viennent de réaliser.
Dans le même temps les photographes professionnels ne se sont jamais aussi mal portés et la photographie professionnelle me semble condamner à devenir un marché de niche. Je pense que d'ici à 10 ans, 90% des auteurs photographes qui vivent, mal, aujourd'hui de leur art auront disparu. L'évolution me semble inéluctable car les prix pratiqués n'ont plus aucun rapport avec le coût de production, le renouvellement du matériel et de la force de travail. Et je ne vois aucune raison pour que ça change, bien au contraire. C'est d'autant plus paradoxal que la photographie n'a jamais été autant à la mode et que le nombre d'individus qui rêvent de devenir photographe professionnel n'a jamais été aussi élevé.
L'économie numérique valorise les tuyaux, mais détruit la valeur des contenus.
Le processus est différent de celui qui menace l'économie du film et de la musique parce que la photographie n'est pas menacée par la copie privée, mais par la nature même de l'économie numérique. Elle a introduit une concurrence entre des professionnels pour qui la photographie c'est aussi un moyen de se nourrir, et des amateurs qui ne cherchent que la gratification symbolique de l'utilisation de leur images. Internet n'a pas introduit plus de concurrence sur le marché, il a détruit le marché dès lors qu'un grand nombre d'opérateurs sont prêts à payer pour que l'on utilise leurs images. Je dis à payer parce que vendre (quand elle n'est pas donnée) sa photo à un prix symbolique (1, 2 ou 3 euros), c'est payer pour que son travail soit utilisé. Pour ce montant, les photographes ne se font rémunérer ni pour l'investissement de leur matériel, ni pour le temps passé, ni pour les frais de déplacement, ni pour leurs frais de séjour. Ils subventionnent l'utilisateur de leur image et ils en sont ravis.
Internet n'est qu'un des marchés de la photographie, et c'est un marché récent. On pourrait donc imaginer que les dégâts restent limités à l'Internet, sans remettre en cause l'équilibre économique de la profession. Mais l'effet a été dévastateur sur l'ensemble du marché, car l'image que vous achetez pour une poignée d'euros, vous pouvez l'utiliser également pour vos plaquettes, brochures publicitaires, PLV etc. Comme on est dans la gratification symbolique, plus l'annonceur utilisera l'image, et donc plus le photographe subventionnera son activité, et plus la gratification symbolique de l'auteur sera grande.
Pour parler plus vulgairement, plus vous allez l'empapaouter et plus il sera content.
L'image photographique a perdu toute valeur économique. Cette multiplication des images à des prix dérisoires commence d'ailleurs également semble-t-il, à lui faire perdre son statut d'oeuvre de l'esprit auprès des tribunaux spécialisés dans le droit d'auteur.
Intervention de Maître Lagarde au congrès de l'UPC.
Ceux qui se croient les bénéficiaires du système actuel (utilisateurs ou photographes amateurs) affirment généralement que ce n'est pas grave, la qualité continuera à être rémunérée, sous-entendu tant pis si les photographes médiocres disparaissent. C'est la loi du marché. Dans la pratique, la différence entre le prix réel (celui qui intègre le coût de production) et les prix pratiqués par les photothèques qui vendent des images libres de droit est telle que le client finira toujours par préférer une image médiocre à une image rémunérée à un prix qui intégrerait le coût de production.
Les photothèques qui essaient de monter un modèle vertueux, avec une sélection rigoureuse des images qui leurs sont soumises, une vérification de leur indexation, bref de ne proposer que de la qualité pour obtenir une rémunération correcte des images, finissent par déposer le bilan ou passer au microstock. Ainsi Photoshelter (www.photoshelter.com), après avoir essayé de fonctionner pendant deux ans selon ce modèle, a renoncer à commercialiser les images et ne fait plus que de l'hébergement. Ils avaient énormément de visite des clients, ceux-ci les félicitaient même pour la qualité des images, mais à la fin préféraient utiliser une image médiocre pour une poignée d'euros pour des raisons compréhensibles.
Il restera quelques niches: Les photographies anciennes, car si le document est exceptionnel, la concurrence n'existe pas.
Les photographies de commande qui s'inscrivent dans des coûts qui rendent marginale une rémunération décente du photographe. Par exemple, si la production doit être perturbée pendant une journée dans une usine pour la réalisation d'une plaquette, le client ne voudra pas prendre le risque que le photographe se plante. De même, une photographie avec le PDG dont le temps est précieux ou une photographie avec des mannequins dont le temps est facturé à un prix très élevé.
El Gato
Il serait temps
Ah ben il serait temps de se pencher sur la photo de stock... effectivement, peu arrivent à en vivre mais, ayant travaillé dans un quotidien, quel soulagement de ne plus avoir à faire avec des photographes tous aussi caractériels et prétentieux que leurs collègues journalistes, raison pour laquelle j'adore contribuer aux blogs pour l'écrit et aux stocks pour la photo. Premier point venu de l' "intérieur".
Second point, la presse se plaint sans cesse de ne pas arriver à boucler les fins de mois alors que la qualité de son contenu est en baisse (reproduction bientôt à 100% de communiqués de presse sans aucune analyse et même les communiqués bourrés de fautes sont reproduits tels quels) et ses frais faramineux (d'impression principalement). Certains journalistes sont surpayés, les photos coûtent beaucoup trop cher pour ce qu'elles valent aujourd'hui et la frontière entre amateurisme et professionnalisme n'est pas plus floue que depuis l'avènement des Castorama. Je m'explique: quand on ne trouvait pas de peinture ou d'outils aussi facilement qu'aujourd'hui on faisait appel à un professionnel pour poser son papier peint. Aujourd'hui n'importe qui peut le faire et ça ne fait sursauter personne. Les outils de photographie sont devenus abordables et non plus réservés à une élite, les leçons aussi, et avec un peu de passion et un minimum de talent on fait de très bonnes photos de stock (d'ailleurs je préfère largement celle d'Istockphoto à 7,60 euros).
Tout ça pour dire que la multiplication des vecteurs d'information sur Internet n'est pas un danger mais une évolution et que la photo de stock permet cette multiplication avec le dessin de nouveaux schémas de fonctionnement auxquels les réacs de la presse n'arrivent pas à s'habituer.
Je contribue à hauteur de 3500 articles par année sur Internet, chacun devant être illustré par une image. Vous croyez que j'arriverais à ce résultat (pour au bout du compte gagner une misère, mais j'essaye d'en vivre) sans les photos de stock et les licences Creative Commons? Et ma profession de fournisseur de contenu a de l'avenir. Par contre, la presse de papy est morte, navré. A 42 ans j'arrive à le comprendre, donc j'imagine que de nombreux journalistes le peuvent aussi.
La profession de photographe de presse ne serait pas en danger si lesdits photographes ne se complaisaient dans le confort de leur bureau en bonne place à la rédaction. Ces gens ne se remettent pas en question et, pour ne pas les accuser à tort, ne sont pas aidés par une presse totalement en manque d'imagination qui repose toujours sur ses mêmes vieilles ficelles. Sur Internet, sur les blogs, comme Slate, on se marre, on s'interroge, on partage, on vit. Quand avez-vous éprouvé le moindre sentiment dernièrement en lisant la presse traditionnelle? Un éclat de rire? Une envie de réagir?
Les gens ont du talent, la photo d'Istockphoto le prouve (et je trouve de très belles photos, parfois, en licence CC sur Flickr). Elle est magnifique, inspirante. La première photo sur Corbis me fait penser à un banquier qui prie pour que le dollar remonte. Normal qu'elle soit vendue si cher.
Cyril F