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La parole est à la défense


Matilde Meslin

Le métier d'avocat est loin de se résumer à l'image qu'en donnent les films et séries. Chaque affaire soulève des questions, chaque client marque.

La parole est à la défense
L'avocate Gisèle Halimi en compagnie de l'actrice Delphine Seyrig, le 11 octobre 1972 à Bobigny, lors du procès de Marie-Claire Chevalier, poursuivie pour avoir avorté. | Michel Clément / AFP

On les imagine en robe noire et épitoge d'hermine, plaidant avec éloquence pour l'acquittement de leur client face à une audience silencieuse et captivée. Mais le métier d'avocat est bien plus riche et complexe que cette image d'Épinal véhiculée par les films et les séries. Pour celles et ceux qui l'exercent, chaque affaire, chaque client soulève des questions.

La plus évidente d'entre elles est celle de la morale: comment défendre quelqu'un qui a commis des actes abominables? L'avocat de l'assassin d'enfant Christian Beaulieu évoque ce dilemme moral dans un épisode de Transfert. Pour d'autres, le cas de conscience est ailleurs: dans un épisode de Mon client et moi, Me Martin Pradel et Me Henri Leclerc abordent deux affaires dans lesquelles ils ont dû questionner la place de leurs convictions politiques dans leur travail. Pour l'avocate générale d'un procès pour inceste que relate Élise Costa dans Fenêtre sur cour, c'est une interrogation plus personnelle qui émerge face à ce dossier: être elle-même une victime la rend-elle meilleure ou pire représentante du ministère public?

Certains avocats vivent avec une affaire pour le restant de leurs jours. Me Pierre Blocquaux, avocat commis d'office auprès du tueur en série Michel Fourniret lors du procès de 2008, raconte combien la défense de ce client manipulateur a laissé des traces indélébiles au micro de Clémence Hacquart dans un épisode de Magma. Pour Me Michèle Arnold, conseil du tueur en série Jean-Thierry Mathurin (complice du «tueur de vieilles dames» Thierry Paulin), la première rencontre avec son client reste gravée dans sa mémoire. C'est dans l'un des tout premiers épisodes de Cerno, l'anti-enquête, qu'elle revient sur ce face-à-face, un jour de 1987.

Parfois, ce n'est pas le client qui marque l'avocate mais l'avocate qui marque l'histoire. C'est le cas lors du «procès de Bobigny» en 1972: en défendant cinq femmes accusées d'avoir participé à un avortement illégal, Gisèle Halimi fait bouger les lignes quant à la perception de l'avortement en France et avancer la cause des femmes. Dans un épisode de Vulgaire, Marine Baousson relate cette histoire avant de lire (en entier) le plaidoyer de Gisèle Halimi à ce procès.

Autant d'histoires d'avocats qui soulignent la dimension émotionnelle de ce métier où la conviction et l'échange sont souvent primordiaux.

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