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La playlist de Julie Beauzac


Julie Beauzac

L'autrice du podcast «Vénus s'épilait-elle la chatte?» dévoile une playlist féministe, à l'image de son podcast sur l'histoire de l'art.

La playlist de Julie Beauzac
Photo: Delphine Kermorvant, 2020.

J'aime TROP les podcasts. Bien avant d'en faire un, c'était une part importante de ma vie. J'en écoute dès que je me réveille et environ cinq par jour, tous les jours. En bonne gaucho féministe misandre, j'écoute principalement des podcasts féministes et militants, mais aussi du true crime et des trucs pour apprendre des trucs. C'est devenu mon premier réflexe quand je veux me documenter sur un sujet: chercher s'il existe un podcast qui rend les choses accessibles.

Parmi mes préférés, il y a Camille, qui s'interroge sur les questions LGBT et lesbiennes en particulier, à la fois dans la pop culture et dans nos imaginaires collectifs. C'est précis, documenté, accessible et ça met les mots sur des choses qu'on pressent mais qu'on n'identifie pas forcément. J'ai été très marquée par l'épisode «Le grand méchant queer», sur les stéréotypes négatifs associés à des personnages qui transgressent les normes de genre dans les films et les séries, que je trouve ultra éclairant sur les queerphobies profondément ancrées qui ne disent pas leur nom.

Détenues est un de mes coups de cœur récents et donne la parole à des femmes emprisonnées. Elles racontent leur histoire depuis leur incarcération jusqu'à leur sortie et comment elles ont vécu ces moments coupés de tout: la sidération, la cohabitation forcée avec des inconnues, l'isolement, les difficultés des parloirs et comment on se réhabitue à une vie «à l'extérieur». J'ai été sidérée par le témoignage de Bianca, dont la vie est digne d'une série, incroyablement lucide et critique, et celui de Gabrielle, femme trans d'abord incarcérée avec des hommes, mégenrée en permanence, qui met en évidence la violence de la transphobie institutionnelle. À travers tous ces témoignages, montés sans commentaires, Détenues pose en filigrane une question sociétale majeure: quelle est l'utilité, s'il y en a une, de la prison?

Rends l'argent de (queen) Titiou Lecoq est une série sur un domaine encore assez peu vulgarisé de l'hétéropatriarcat: l'argent dans les couples hétérosexuels. Pour simplifier un peu, la conclusion est à peu près la suivante: les femmes financent le quotidien, tandis que les hommes accumulent du patrimoine. Le constat n'est pas surprenant, assez désespérant, mais en même temps la démonstration est limpide, documentée, bien expliquée. Je ne suis pas sûre que ce soit la vocation de cette série, mais je trouve que c'est un très bon encouragement pour sortir de l'hétérosexualité.

J'ai été retournée par Im/patiente, la série de Maëlle Sigonneau et Mounia El Kotni sur les injonctions sexistes entourant le cancer du sein. Maladie majoritairement «féminine», elle vient avec un lot d'absurdités patriarcales et capitalistes destinées à masquer à tout prix la perte d'attributs «féminins» par excellence: les seins et les cheveux, mais aussi se maquiller pour avoir «bonne mine» et maintenir une activité sexuelle à tout prix. Maëlle Sigonneau, à travers son parcours de patiente, raconte de l'intérieur l'accumulation de ces injonctions et le traitement sexiste réservé à sa maladie, souvent au détriment de sa douleur et de sa fatigue. Elle est accompagnée par l'anthropologue Mounia El Kotni, avec qui elle décortique ces mécanismes patriarcaux. Après le décès de Maëlle en août 2019, Mounia a terminé la série à partir des notes qu'elle a laissées et de ce qu'elle voulait dire. C'est poignant et lumineux, à écouter avec le cœur bien accroché.

Et enfin, j'adore Vulgaire de Marine Baousson, cette génie. Ça parle de trucs aussi improbables que l'impératrice Sissi ou la vinification et on apprend plein de choses en rigolant. Moi, j'adore les podcasts qui durent des heures, mais Vulgaire est un des rares formats courts que j'écoute régulièrement, comme un petit bonbon savoureux de connaissance et de drôlerie.